|
 |
Dans son essai Didier Girard sattache avec passion à restituer toute lambivalence de Beckford. La légende a trop figé les frasques de lenfant gâté en quête de merveilleux. Elle a travesti la figure fragile et solitaire en une construction anecdotique et complaisante. La masse de documents et de textes inédits découverts et mis à jour par Didier Girard nous mène bien au-delà des quelques années de gloire éphémère de William Beckford.
Tel un Alain Cuny, à qui Antonin Artaud dressait ainsi son thème astral, Vous êtes fou et ce mouvement est dangereux. Mais vous êtes fou par exigence, William Beckford, visionnaire de son siècle, le XVIIIe, sy propulse sans précaution. Touché par la magie des rituels, il part à la recherche des secrets initiatiques. Il sy révèle superbe et tragique, "terroriste au palais de la raison", il se veut égal et rival dun Dieu, distant et farceur. Il pardonne tout sauf la médiocrité quil pourchassera sa vie durant se faisant le chantre de tous les excès. Mais aussi séduisante que soit limage de ses excès baroques et de ses extravagances fastueuses, elle ne doit pas occulter les blessures de ce "rêveur éveillé" et derrière la radicalité de lexpérience beckfordienne au sein dun XVIIIe siècle agonisant, surgit une sensibilité souveraine aux carrefours de toutes les créations, artistiques, littéraires, picturales et architecturales.

  |
|