Le Voyage de William Beckford est publié en deux tomes :
     Tome 1 : De Londres à Venise ; Tome 2 : De Venise à Naples.

 

     Le but du voyage, susceptible de durer une année, était de gagner l’Italie considérée comme le berceau de la civilisation classique. Au contact des nations étrangères visitées en cours de route, le jeune Anglais devait se désinsulariser, se familiariser avec ces étranges bipèdes, les Européens, parfois charmants, souvent irritants, toujours imprévisibles.
     En juin 1780 Beckford attérit chez les Flamands. Il en fait peu de cas, guère plus des Hollandais chez qui il poursuit sa route pour gagner les Pays-Bas, puis l’Allemagne, le Tyrol, enfin l’Italie, objet de ses rêves. Il aura mis six semaines pour parcourir les deux mille kilomètres qui séparent Ostende de Bassano, à la vitesse moyenne d’une quarantaine de Kilomètres par jour.
     Tandis que le voyage se poursuit à un rythme monotone, le jeune Anglais a tout loisir de donner libre cours à son penchant pour les rêves et la rêverie. Le récit qu’il nous en laisse, loins d’être fastidieux, nous livre au contraire le secret d’une âme passionnée, en proie à un mal naissant : le romantisme.
     Mais ce rêveur l’est-il vraiment ? On peut en douter si l’on songe à la multiplicité des observations qu’il recueille, notées soigneusement dans ses carnets. Pas un arbre, pas une plante, pas une fleur, pas une graminée, n’échappent à son regard d’aigle. Les humains, il les épingle également dans son souvenir pour peu qu’ils prêtent le flanc au ridicule.
     Il parcourt avec grand soin les galeries de peinture, les cabinets d’histoire naturelle, admirant des maîtres tels que Poelemburg ou Berghem.
     Pour un rêveur, Beckford apparaît à bien des égards tout à fait réveillé, même d’une lucidité fort au-dessus de son âge. À dix-huit ans, il livra le secret de ses contradictions à un ami : “Je me sers sans cesse de ma Raison ausiis bien que de mon Imagination. Ces deux facultés, ce sont mon Soleil et ma Lune. La première dissipe les vapeurs et clarifie la face des choses, l’autre jette sur la nature entière une légère brume : elle pourrait s’appeler la Reine des Illusions.”
     (Extrait de la préface de Roger Kann)



     La route jusqu’à Venise déroule ses multiples lacets à travers la plaine sans fin que j’avais observées des hauteurs de Mosolente. Après avoir dîné à Trévise nous avons roulé continuellement entre des jardins et des villas peuplées de statues. En deux heures et demie nous avons atteint Mestre. Après y avoir embarqué nos bagages, nous avons pris une gondole ; son balancement régulier nous parut délicieux après les rudes cahots de la chaise. Étendu sous une tente, je goûtai à mon aise la fraîcheur des brises et le spectacle des flots. Bientôt nous quittâmes le canal de Mestre ; il se termine par une île où s’élève une chapelle dédiée à la Saint Vierge. L’édifice émerge d’un petit bois que dominent de grands cyprès ; ses cloches tintaient au moment de notre passage. Nous avons jeté quelques paolis dans un filet fixé tout exprès au bout d’une perche pointée vers le large. Aussitôt après avoir doublé la pointe de l’îlot, nous avons aperçu un vaste bras de mer d’où surgissaient les dômes et les tours de Venise. Nous distinguions Murano, S. Michele, S. Giorgio in Alga et d’autres îles se détachant de l’archipel principal. Je les saluai comme de vieilles connaissances : de nombreuses gravures, des dessins, me les avaient depuis longtemps rendues familières.


   “La satisfaction n’est pas le lot de l’animal humain” écrit Beckford. La publication de ses deux récits de voyage à la librairie José Corti offre un exemple de ces petits assouvissements dont l’animal humain peut se réconforter. Édition moelleuse, couvertures en couleurs allant avec tout, format de poche plaquée de veste sur mesures, pages à couper au canif du déjeuner sur l’herbe. En tout, trois volumes à lire au crépuscule, l’éclairage de Beckford qui “aime infiniment considérer des objets nouveaux sous cette lumière incertaine qui se prête aux hallucinations.”
     Michel Cressole, Libération, 5 octobre 1989. 






Traduit par
R. Kann
Tome I :
de Londres à Venise
184 pages
ISBN : 2-7143-0274-2
85 F 12,96 Euros




Tome II :
de Venise à Naple
240 pages
ISBN : 2-7143-0344-7
90 F 13,72 Euros
Collection romantique
N°17 & 18