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William Beckford, Vies authentiques de peintre imaginaires,
Collection Romantique, éditions José Corti.
Il est jeune, il est surdoué, il est beau, il est sensible à tous les arts, il préfère la société des hommes à celle des femmes, les animaux aux êtres humains ; il vit plus souvent dans les étoiles que sur terre, il a vingt ans : il sappelle William Beckford. Il vient de publier Biographical Memoirs of Extraodinary Painters quil a écrit à dix-huit ans, âge où lon sort à peine du collège. À vrai dire il ny a jamais mis les pieds.
Sil paraît logique que Beckford soit lauteur de Vathek, on demeure perplexe quant aux raisons qui lont poussé à écrire ces Memoirs, satire cinglante et burlesque des écoles de peinture flamande et hollandaise. Cyrus Redding interrogeant sur ce point Beckford à la fin de sa vie, celui-ci lui répondit quil avait voulu rédiger un guide à lintention du personnel chargé de faire voir la fameuse collection patenelle de tableaux aux visiteurs et partant se moquer de lignorance des uns et des autres. Il sagit là dune boutade comme lécrivain aimait à en faire gober à ses interlocuteurs, assez naïfs pour le prendre au mot. Cest un fait que dans sa splendide demeure de Fonthill, le lord maire avait constitué une des plus célèbres galeries de tableaux du Royaume-Uni.
Louvrage paraît en 1790 sans nom dauteur car le jeune homme craint dessuyer un échec. Contrairement à toute attente, louvrage obtin la faveur du public au point de nécessiter lannée même de sa parution une seconde édition, mais cette fois portant le nom de lauteur. Sa famille est réduite aux soupirs.
Nous estimons que cette burlesque et spirituelle parodie écrite par un auteur encore adolescent, aide à mieux saisir loriginalité et la précocité de son génie. Elle nous paraît trouver sa places aux côtés des Journaux de Voyage et de Vathek.
(Extrait de la préface de Roger Kann)

Beckford à 21 ans par Romney

Aldrovandus Magnus
Cet illustre artiste fut un des premiers à porter la peinture à lhuile au niveau de la perfection. Comme on le sait, ce sont Hubert et Jan Van Eyck qui en ont en quelque sorte révélé le secret. Il leur en a coûté, cest bien connu, presque autant de peine que pour découvrir la pierre philosophale. Bien quils aient par là suscité ladmiration de lEurope entière, tous les meilleurs coloristes saccordent pour trouver ches Aldrovandu un talent en tous points supérieur à celui des deux maîtres. Mieux que chez eux, son vernis (composé principalement dhuile de noix) donne à ses peinture un éclat plus chaleureux, à leurs tons plus moelleux, aux touches de son pinceau un effet plus marqué.
Bruges réclame lhonneur de lavoir vu naître. Cet heureux événement survint le jours de la Saint-Simon 1473. Ses parents, de riches marchand, commerçaient avec les pays du Levant. Ils avaient résolu dy envoyer leur fils pour en apprendre la langue, moyen de le rendre des plus utiles à leurs intérêts.

Aldrovandu Magnus, André Guelf le Vieux, Soocrout, Sucrewasser de Vienne, etc., ne les cherchez pas plus longtemps dans votre dictionnaire de la peinture : ils sont le fruits de la pure imagination, et ô combien précoce, de lexcentrique Anglais William Beckford. La petite collection Romantique de José Corti nous offre aujourdhui un nouveau petit bijou. Ce que dénonce le jeune William à traves ces six vies de peintres, et en sentourant de toutes les garanties apprentes de lobjectivité, cest toute la peinture flamande et hollandaise qui, depuis laccession au trône de Guillaume dOrange, ravage les salons anglais.
J.-P.M., À suivre, décembre 1990.
À côté des chefs-duvre les plus sublimes la controverse entre les partisans de la peinture au blanc duf et celle à lhuile de noix ne manque pas dintroduire une distorsion aussi divertissante que salutaire entre réalité et fiction, entre vie et art dont les hauteurs et la transcendance empruntent autant au vrai quau faux, sans compter bien sûr les soupçons de plagiat adressés à lauteur lui-même. Après la publication du Vathek et des Voyages, les éditions Corti nous permettent enfin de rendre à William Beckford toute la singularité dun romantisme qui unit une extravagance à double fond à la sagesse de linitié.
Thierry Guinhut, Art press, janvier 1991.

 
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