Trois récits fantastiques américains, éditions José Corti : Rip Van Winkle, La Légende du Val Dormant de Washington Irving et Peter Rugg le disparu de William Austin.



Washington Irving

     Les trois récits ici réunis pour la première fois en un seul volume et dans une traduction intégrale marquent la naissance concomitante de la littérature des États-Unis et du genre fantastique, une dizaine d’années avant les fictions d’Edgar Allan Poe.
     Rip Van Winkle et La légende du Val Dormant de Washington Irving, sont publiés en 1819 et 1820 à New York ; Peter Rugg, le disparu de William Austin, paraît de 1824 à 1827 à Boston : ces nouvelles fantastiques sont vite devenues des légendes nationales américaines ; apprises encore aujourd’hui aux écoliers, elles sont commentées inlassablement par la critique.
     En intégrant quelques-uns des motifs les plus suggestifs du fonds légendaire européen (le sommeil surnaturel, la Furieuse Armée, le Hollandais Volant, le Cauchemar), ces fictions associent originalement la thématique du fantastique à la mythologie politique américaine : la guerre de l’Indépendance, la naissance mythique du nouvel État et la croissance extraordinaire d’une nation.
     Des héros victimes d’un maléfice à l’époque coloniale disparaissent dans la nature pour revenir une génération plus tard : accueillis comme des revenants, ils sont eux-mêmes effrayés par les États-Unis, qu’ils tiennent pour une machination diabolique. Le Rêve Américain commence par un cauchemar.
     En tentant vainement de suivre des héros qui disparaissent avant la Révolution, ces récits font de l’événement historique fondateur, une éclipse. Le fantastique, genre de l’irreprésentable et de l’indicible, ouvre la littérature américaine en faisant de la naissance des États-Unis une tache aveugle de la représentation..

     Remarque : le film de Tim Burton, Sleepy Hollow, qui sort le jour de la Thanksgiving aux États-Unis et en 2000 en France est tiré du récit de Washington Irving dont il est question ici : La Légende du Val Dormant.


Lithographie illustrant "La légende du Val Dormant"
dans la première traduction française.


     De Rip Van Winckle :
     Quiconque remonta un jour l’Hudson en bateau n’a pu oublier les monts Kaatskill. Formés d’une branche disjointe de la grande famille des Appalaches, ils dressent, à l’ouest du fleuve, leurs flancs bombés jusqu’à une altitude respectable, dominant la campagne alentour. Chaque changement de saison, chaque altération du temps, et même chaque heure du jour modifie les couleurs et les formes magiques de ces montagnes ; aussi sont-elles considérées par toutes les braves ménagères loin à la ronde, comme d’excellents baromètres. Quand le temps est au beau fixe, leurs versants se vêtent d’azur et de pourpre, et l’on peut voir le soir leurs contours hardis trancher sur le ciel clair. Mais parfois, quand le reste du paysage est sans nuage, elles coiffent leurs cimes de capuchons de vapeurs grises, qui, dans les derniers rayons du soleil couchant, rougeoient et s’embrasent comme autant de couronnes glorieuses.
     Au pied de ces montagnes féeriques, le voyageur aura peut-être pu distinguer un léger panache de fumée montant d’un village dont les toits couverts de bardeaux luisent parmi les arbres, à l’endroit précis où les nuances bleutées des pentes se fondent dans le vert tendre de la campagne proche. C’est un petit village très ancien, bâti par une poignée de colons hollandais quand la province venait à peine d’être fondée, vers le début de l’administration du bon Peter Stuyvesant (qu’il repose en paix).



     Cette voix qui est celle de l’humanité qui se cherche et souffre dans l’angoisse de ne parvenir à se trouver qu’en de trop rares instants, nul doute que Washington Irving comme William Austin l’ont entendue et nous ont faits les complices de la révélation.
      Marcel Schneider, Le Figaro, 1er août 1996.
      
     Ces trois récits ouvrent la porte à une série de personnages endeuillées qui hanteront la littérature américaine de leur présence spectrale. Revers noir du rêve américain. Derrière Irving et Austin se profilent Hawthorne, Melville et combien d’autres.
     Patrick Cassou, Le Mensuel Littéraire n°242. 

     Derrière les images stylisées du film de Burton se cache un peiti conte gothique de 1819 avec lequel son auteur, Washington Irving, n" l'année de l'Indépendance (1783), lança sur les rails la littérature américaine. (...)
     Pour le genre, il s'inspira du roman gothique anglais, pour l'intrigue, d'un conte fantastique allemand, dans la veine d'Hoffmann, très en cour à l'époque : beau mélane qui présage d'autre melting-pot..
     Le Point, 4 février 2000.


Gravure de S. Hollyer illustrant "Rip Van Winckle".



     




Traduit par
A. Geoffroy
Présentation de
B. Terramorsi
408 pages
1997
ISBN : 2-7143-0599-7
150 F

Collection romantique
N°60