 |
Goethe, Trois contes et une nouvelles, éditions Corti
Dispersés au fil de son uvre, et tous insérés dans des ensembles plus vastes qui, même à la relecture, ne semblent guère suffire à en éclairer le sens, les trois contes de Goethe auxquels le présent recueil adjoint la Nouvelle de 1826, publiée en 1828, figurent parmi les plus étranges de ses créations, et celles qui ont suscité les débats les plus contradictoires.
Le premier de ces textes, surtout, intitulé Conte sans article comme pour mieux souligner lexemplarité du projet littéraire auquel il correspond, a plongé dès sa parution les amis du poète et ses très nombreux admirateurs dans une totale perplexité, doù Goethe na pas fait le moindre geste pour les tirer. Placés sous le signe dune extrême liberté dinvention, ces quatre récits, dont le statut nest pas exactement semblable, se présentent tous dès la première lecture comme autant dénigmes que lesprit du lecteur est invité à déchiffrer. Contrairement à la plupart des contes dorigine populaire, ces contes savants, ou du moins lettrés, produits dune volonté artistique, ne laissent pas satisfait de leur simple déroulement, quel que soit le plaisir quils peuvent donner dès labord ; parce que, de toute évidence, limagination y est disciplinée par des règles, et dune façon que lon pressentirait rigoureuse même si lon ignorait lidentité de lauteur, on ne peut faire léconomie de la question sur leur sens. Le lecteur moderne, contrairement à ceux de lépoque de Goethe qui sengagèrent presque tous sur la voie dune lecture allégorique, a beau être tout disposé à admettre que ce sens nest pas unique et que plusieurs significations sont ici superposées, labondance des symboles initiatiques, le caractère même dune narration qui souligne souvent la gravité des situations sans pour autant renoncer aux effets humoristiques, incitent inévitablement à sinterroger, non sans une pointe dimpatience, sur les intentions exactes de lauteur.
J.-Y. Masson

Ce volume contient :
Conte (le Serpent vert)
Le Nouveau Pâris
La Nouvelle Mélusine
Nouvelle (La chasse)
Près du grand fleuve grossi et débordé depuis les fortes pluies, le vieux passeur couché dans sa cabane dormait, fatigué du labeur de sa journée. Réveillé au milieu de la nuit par des voix bruyantes, il comprit que des voyaguers voulaient traverser le fleuve. Il vit devant sa porte deux grand deux follets qui planaeint au-dessus de la barque attachée au rivage ; ils lui assurèrent qu'ils avaient la plus grande hâte d'atteindre la rive opposée. Le vieil homme quitta la rive sans tarder, et passa le fleuve avec son adresse habituelle, cependant que les étrangers se parlaient vivement dans un langage inconnu et sibilant ; parfois, ils éclataient de rire, et sautaient tantôt sur les bords, tantôt sur les bancs, tantôt au fond de la barque.

 
|
|
|