John Keats, Sur l'Aile du phénix
     Collection Romantique, édition José Corti.


   
 Il existe déjà en français de belles études sur la vie et l’œuvre de John Keats ainsi que plusieurs éditions de ses poésies. Ce n’est que justice, car on atteint là à un des sommets de toute la poésie anglaise et pas seulement du mouvement romantique même si, de son vivant, Keats ne fut guère reconnu. L’épitaphe qu’il s’était choisie : "Ci-gît un dont le nom fut écrit sur de l’eau" ; son refus de toute forme d’allégeance de la poésie à toute autre mission que l’essentielle : révéler la beauté en appliquant la puissance de l’imagination à tous les aspects de la vie, lui ont permis de gagner définitivement son procès en appel.
     On trouvera dans cette anthologie la plupart des grands textes qui ont fait sa gloire : sonnets, odes, fragments épiques, poèmes narratifs. Bien que cette édition soit bilingue, le vœu secret du traducteur serait que l’on pût lire la version française comme une œuvre à part entière. Claude Dandréa fut constamment guidé, dans cette tâche redoutable et exaltante, par la musique et le rythme de l’original. Les sonnets sont donc traduits en alexandrins rimés (parfois en vers de 14 syllabes pour ne rien perdre du contenu). Les autres poèmes, en vers blancs, l’ont été toujours avec le souci d’un rythme poétique qui rende compte, autant que possible, de l’esprit et de l’harmonie du texte anglais.




John Keats

     Sommeil, ô suave embaumeur de la minuit muette,
     Toi qui enfermes de tes doigts délicats et bénins
     Nos yeux amoureux de l’obscur, dans leur calme retraite
     Loin du grand jour, enveloppés dans un oubli divin,
     O Sommeil des plus doux !, si tel est ta volonté, clos,
     Au milieu de cet hymne tien, mes yeux qui te réclament,
     Ou attends que l’amen soit dit, avant que tes pavots
     Ne versent sur mon lit l’apaisement de leuc dictame.
    







     Voici enfin l’impossible accompli : Keats, price des poètes, revivant dans la parlure française ! C. Dandréa (qui nous a déjà donné de superbes traductions de Marlow et Tennyson) a réussi où tous ont échoué. Il a fait un large choix, très judicieux, des plus grands textes du jeune génie. Les bonheurs de sa traduction illumine chaque page. Ce qui est merveilleux, c’est de retrouver dans la langue française la sensualité magique des vocables keatsiens, leur combinaisons voluptueuses d’atomes sonores, ce moelleux fruité des syllabes et des images qui fondent délicieusement dans les profondeurs de notre esprit.
     
Jean Mambrino, Études, janvier 1995.





     

Traduit par
Claude Dandrea
208 pages
1996
ISBN : 2-7143-0592-X
120 F

Collection romantique
N°64