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William Beckford, Souvenirs d'Alcobaça et Bathala, éditions José Corti.
Ces souvenirs d'une excursion aux monastères d'Alcobaça et de Batalha dépassent de loin le genre traditionnel du journal de voyage, si populaire aux débuts du XIXe siècle. C'est à travers le jeu de la mémoire entre l'expérience vécue et celle, rêvée, que se situe toute la poésie de ce récit.
William Beckford s'est rendu à Alcobaça et Batalha en Juin 1794, pendant son séjour au Portugal d'octobre 1793 à Novembre 1795, retraite salutaire de deux ans, loin du mépris dans lequel on le tenait en Angleterre. À Sintra, il fait au contraire l'unanimité.
Quel que soit leur but avoué (comme par exemple étonner ses contenporains par les faveurs princières dont il avait joui dans sa jeunesse), ces lettres sont un véritable tour de force littéraire tant les descriptions qui y sont faites évoquent superbement l'âme et le paysage portugais.
Le délire de sensations qui coule dans ces lettres est d'autant plus émouvant qu'après 1794, plus rien ou presque ne viendra inspirer Beckford qu'il n'ait le désir de publier.

Dans l'un de ces enclos je remarquai un immense bassin circulaire de marbre diapré, entouré d'une balustrade de métal doré, sur laquelle siégeait fort gravement un conclave d'aras et de cacatoès. Le concert de leurs glapissements stridents, à mon approche, donna l'alerte à une multitude d'oiseaux plus petits, qui surgirent de chaque feuille et de chaque pousse de ces arcades de verdure, en nuées telles que je m'enfuis en courant comme si je m'étais rendu coupable d'un sacrilège, ou comme si je craignais d'être transformé par magie en bipède doté d'un équipement complet de bec, serres et plumes.
L'étrange lueur verte qui s'infiltrait vaguement dans les allées de ce berceau touffu, l'odeur aromatique partout répandue, les frémissements d'ailes, les ramages et les gazouillements au-dessus de ma tête et de tous les côtés, tout cela était si parfaitement ahurissant et magique, que je me demandai presque s'il me serait jamais permis de reparaître dans le monde ordinaire ou à la lumière ordinaire du jour. L'atmosphère molle, parfumée, voluptueuse de ce jardin apparemment enchanté, insinuait en moi une langueur et une apathie que je n'avais guère éprouvées jusque-là.

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