Avec cette Rose secrète, bien davantage qu’avec Trois Nôs irlandais (José Corti, 1994), nous sommes au cœur de la veine romantique de Yeats.
     Parue en 1897, l’œuvre contient Les Histoires d’Hanrahan le Roux, Rosa alchemica ainsi que le récit donnant son titre au recueil, l’ensemble étant puisé dans ce fonds celtique si riche en mystères et enchantements.
     Laissons à Pierre Leyris le soin de présenter ce qui pour lui en fait le prix : “William Butler Yeats : l’un des grands poètes qui ont racheté notre siècle en prouvant, dans le sillage de Blake, que l’Imagination humaine est divine quand elle se souvient d’où elle procède. Les Grecs avaient pour cela le beau mot d’anamnèse. Nourri du patrimoine universel, mais particulièrement des mythes immémoriaux et des contes populaires de l’Irlande, pour lesquels il avait autant de respect que d’amour, Yeats s’en est fait le continuateur inspiré en créant ces récits proprement merveilleux. Sont-ce des allégories ? Non : les allégories se ferment. Au lieu que les récits symboliques s’ouvrent à jamais”.

     Ce volume contient :
     – La Rose secrète
     – Les histoires de Hanrahan le Roux
     – Rosa Alchemica.


   Un homme aux cheveux bruns clairsemés et au visage pâle tantôt courait tantôt marchait le long de la route qui serpentait, venant du Sud, vers la ville de Sligo. Beaucoup l’appelaient Cumhal, fils de Cormac, et beaucoup l’appelaient le Fougueux Cheval Sauvage, et c’était un jongleur, et il portait une sorte de pourpoint mi-parti, et il avait des souliers pointus, et une besace rebondie. En outre, il était du sang des Ernaans et natif du Champ d’Or ; mais les lieux où il mangeait et dormait appartenaient aux cinq royaumes d’Eri, et son lieu de demeurance n’était pas sur la face de la terre. Ses yeux errèrent de la tour de ce qui fut plus tard l’abbaye des Frères Blancs à une rangée de croix qui se détachaient sur le ciel au sommet d’une colline un peu à l’est de la ville, et il serra le poing et l’agita à l’adresse des croix. Il savait qu’elles n’étaient pas vides, car les oiseaux voletaient alentour ; et il se dit que, selon toute vraisemblance, un autre vagabond tout pareil à lui avait été appendu à l’une d’elles ; et il murmura : “Si l’on vous pendait, ou si l’on vous perçait de flèches, ou si l’on vous lapidait, ou si l’on vous décapitait, ce serait déjà assez fâcheux.” (...)



     

Traduit par
Pierre Leyris
240 pages
1995
ISBN : 2-7143-0561-X
120 F

Collection romantique
N°56