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Publié la même année que Robinson Crusoe, (1719), Le Roi des pirates, de Daniel Defoe, relate les aventures très peu véridiques dun forban très réel, lui : le capitaine Avery. Aussi fameux quinsaisissable, il défraie la chronique, sattaquant aussi bien aux navires de la Compagnie des Indes quà ceux du Grand Mogol, dont il capture la fille. Le bruit court quà lautre bout du monde, sur lîle de Madagascar, sest constituée une colonie de pirates dont il sest proclamé roi. Épopée flamboyante ? Nullement. Ce pirate a lamour du travail bien fait, le souci des comptes bien tenus, lobsession de la sécurité, bref, la mentalité dun négociant consciencieux. Daniel Defoë pose ici le problème dun certain rapport à lactualité. Dans cette fausse autobiographie, le pirate-mercanti nest pas pris au sérieux. Pas plus que les écrivains ou journalistes peu scrupuleux qui exploitent le goût du sensationnel. Lauteur samuse. Il parodie les vies de criminels célèbres, démonte le mécanisme des récits à scandale et joue avec les règles de la fiction qui permettent de mentir en toute impunité : "Cette relation (...) ressemble plus à lhistoire du capitaine Avery quaucune autre publication à ce jour. Et sil nest pas prouvé que le capitaine a écrit lui-même ces lettres, léditeur affirme que nul autre que le capitaine lui-même ne pourra jamais les rectifier"

Quand jappris quavait été publié en Angleterre un livre ridicule intitulé Ma Vie et mes Aventures, jen éprouvai quelque désagrément, comme vous le pouvez bien penser, sachant pertinemment que pareil ouvrage ne pouvait contenir la moindre parcelle de vérité. Certes, ma singulière histoire pouvait fournir matière à un roman ; mais comme nul mieux que moi na le droit de la publier, aux fins de dénoncer ce livre et de lui opposer un démenti, je vous envoie ceci par lentremise dun ami de confiance qui, ayant loccasion de rentrer en Angleterre, a promis de vous le remettre sans faute. Ainsi deux choses au moins seront prouvées au monde : dabord, il aura connaissance des avanies et injustices que dautres mont déjà fait subir ; et puis, dans le même temps, il lira une version plus détaillée de ce quil convient pour linstant de dévoiler au public de mes tristes, quoique fructueuses, aventures.
Je ninfligerai pas à mes amis le récit de mes origines ni de mon entrée en ce monde ; je vous laisse le soin dintroduire à votre gré ce que vous estimez indispensable en loccurrence ; je vous conjure seulement de prendre ceci en compte, à savoir que la relation imprimée de ma vie, où lon donne tous les détails de mon mariage, de la duperie dont jaurais été victime, et qui maurait poussé à quitter ma famille et mon pays, nest que fable et pure invention conçue pour enjoliver - du moins lauteur le croyait-il - le reste de son histoire, ou den agrémenter la matière et lui conférer ainsi une ampleur qui naurait pu être le fruit de son imagination indigente.
Dans le présent récit, je névoque ni ma naissance, ni mon enfance, ni ma jeunesse, ni aucun épisode dalors ; étant pour moi la plus insignifiante, cette partie de ma vie lest aussi pour tous les lecteurs de cet ouvrage, car elle na dans lensemble pas plus dintérêt en soi que la moindre valeur instructive pour autrui. Je me contente dinformer le public, comme ci-dessus, du fait que les précédents récits parus sont totalement faux, et de commencer le mien à un moment susceptible dêtre mieux à propos et plus divertissant.
Jadmets que dans cet opuscule, je vais peut-être grossir certains détails de ma vie ou les présenter avec discrétion, de façon à dissimuler ce qui, dans mon actuelle situation, doit lêtre, discrétion et dissimulation étant nécessaires à ma propre sécurité.

 
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