|
 |
Le Revenant et autres contes du terreur du Blackwood magazine, Domaine Romantique, éditions Corti.
Blackwoods Magazine ? Qui se souvient encore ici de Blackwoods Magazine, hormis les lecteurs assidus dEdgar Poe ? Dans le titre même de plusieurs de ses contes (How to write a Blackwood article Article for Blackwood : a predicament Loss of breath : a tale neither in nor out of Blackwood
), le grand Américain fait référence à la très fameuse revue écossaise dont il était le lecteur assidu ; et si cest la plupart du temps dans une intention satirique, il nen reste pas moins que ces histoires macabres ou fantastiques ont exercé une influence déterminante sur sa création.
Car Poe conservera toujours à leur égard une attitude ambivalente : exaspération devant des ficelles que jugent beaucoup trop grosses son sens de la beauté et son goût raffiné ; irrésistible fascination pour des thèmes qui alimentent de façon troublante sa morbidité naturelle.
Un siècle et demi plus tard, alors que la question du bon et du mauvais goût ne se pose plus dans les mêmes termes, les contes de terreur de Blackwoods Magazine encore pour la plupart inédits en France gardent, au-delà de leur intérêt pour lhistoire littéraire, un pouvoir intact denvoûtement. Le choix présenté ici, limité aux années 1817-1832, témoigne de la surprenante variété des atmosphères et des thèmes abordés par un groupe dauteurs véritablement hors du commun, de James Hogg lauteur mythique des Confessions dun pécheur justifié à Walter Scott.

Par une sombre nuit de tempête, nous faisions route entre Bergen et Christiansand à bord dun petit cotre. Bien quil ne pût apercevoir de terre, notre capitaine pressentait quil sétait trop approché de la côte norvégienne, et le vent soufflait avec tant de violence que nous craignions à chaque instant dêtre drossés au rivage. Nous avions tenté pendant plus dune heure de maintenir notre bateau au large mais nos efforts savéraient inutiles, et il fallut bientôt admettre que nous ne pouvions pas garder le cap. Le ciel couvert, la brume et les averses irrégulières de grésil et de pluie se combinaient pour assombrir encore la nuit : on ne voyait rien excepté, au loin, le scintillement des vagues, lorsque leur crête se brisait en guirlandes décume. La mer était énorme ; et elle sabattait quelquefois sur le pont avec tant de fureur que les hommes étaient obligés de se cramponner aux agrès de peur dêtre emportés. Le capitaine était un homme irrésolu, hésitant, et devant les dangers qui nous entouraient, il perdait peu à peu confiance en lui-même. Très souvent, il donnait des ordres quil révoquait au même instant, sans cesser dabsorber régulièrement des liqueurs fortes. Rapidement, ivresse et peur leurent si bien hébété que léquipage cessa de prendre son avis ou de respecter son autorité, du moins pour ce qui concernait la conduite du bateau.
Vers minuit, la grand-voile se déchira, et lon découvrit peu après une voie deau dans la coque. Nous avions déjà embarqué une bonne quantité de mer par les écoutilles, mais celle qui entrait maintenant par-dessous était telle que chacun se dit que le navire allait couler dun moment à lautre. Notre unique chance de salut était dans la chaloupe, qui fut immédiatement mise à leau. Lorsque nous fûmes tous à son bord, à lexception du capitaine, qui était resté adossé contre le mât, nous lappelâmes en lincitant à nous rejoindre sans délai.

Les quatorze nouvelles qui composent le recueil abordent souvent des thèmes encore d'actualité : influence déterminante de l'enfance dans certains traumatismes, réquisitoire contre la peine de mort, (...).
Sur le plan littéraire, on mesure aussi toute la dette d'Edgar Poe envers le Blackwood Magazine. Inter CDI, Janv/fév 2000.
 
|
|