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Algernon Charles Swinburne, Poèmes choisis
Collection Romantique N°27
Cest à un scandale que Swinburne doit sa réputation : celui de la publication en 1866 de Poèmes et Ballades, dont les censeurs victoriens se plurent à exagérer, et partant, à dénoncer, le paganisme, les excès blasphématoires et les débordements érotico-pervers : la critique se fâcha , remarqua Maupassant, la critique anglaise, étroite, haineuse dans sa pudeur de vieille méthodiste qui veut des jupes à la nudité des images et des vers, comme on en pourrait vouloir aux jambes de bois des chaises. À cet date, Swinburne était un poète déjà célèbre mais lesprit et la lettre de Poèmes et Ballades devaient, jusquà la fin de sa carrière poétique et même au-delà, associer le nom de Swinburne au décadentisme esthétique et chatoyant en vogue dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle.
La volupté, en tant que thème, occupe une place privilégiée chez Swinburne, en particulier, mais pas exclusivement, dans les premiers Poèmes et Ballades. Elle apparaît soit sous la forme dun fantasme sado-masochiste, soit sous celle dun désir étourdissant de fusion et danéantissement de lêtre. Dans tous les cas, la mort règne. Limage de la femme par ailleurs néchappe pas aux stéréotypes du décadentisme : elle est, avant tout, une créature fascinante et inquiétante.
Extrait de la préface de Pascal Aquien.
Ce volume contient une anthologie des principaux poèmes de Swinburne :
Rosamond (1860)
Atalante à Calydon (1865)
Chastlard (1865)
Poème et Ballades I (1866)
Chants davant lAube (1871)
Poèmes et Ballades II (1878)
Cent rondeuax (1883)
Vacances de la mi-été et autre poèmes (1884)
Poèmes et Ballades III (1889)
Astrophel et autres poèmes (1894)

ROSAMOND (1860)
La crainte est un coussin sous les pieds de lamour,
Orné de couleurs peintes, et pour lui confortable :
Vermillon suave, blanc exsangue, bleu
Pareil à la fleur, vert qui sunit à lété,
Tendre violet promis à la mer, et noir calciné.
Sous toutes formes colorées, crainte, présage et changement,
Prophétie souffrante et rumeurs boiteuses,
Prescience et divination,
Imprudente inscription, souvenir consigné,
Tous sont recouverts du manteau de lamour,
Qui les laisse rouler après sêtre ébroué,
Bousculés, emportés par le vent dans lair poussiéreux.

Extrait de Les Accents incantatoires de Swinburne par Patrick Kéchichian, Le Monde, 19 octobre 1990.
Certaines uvres du passé semblent demander au temps une décantation qui laissera retomber ce qui doit lêtre et subsister la meilleure part. Luvre poétique dAlgernon Charles Swinburne peut sans doute être rangée dans cette catégorie.
Doué dune puissante faculté créatrice, dune imagination fertile, le poète anglais a trouvé son inspiration et sa manière poétique dans lart et les idées de la seconde moitié du dix-neuvième siècle. De Baudelaire à Hugo, des préraphaélites aux adeptes de lart pour lart, il a emprunté ce qui pouvait le mieux correspondre à ses propres tendances et goûts.
Au-delà des fioritures du décadentisme, des excès néo-romantiques, et de lexploitation de son propre fond morbide et névrotique, la poésie de Swinburne résonne de magnifiques accents. On se reportera aussi aux belles analyses de Bachelard, à la fin de LEau et les Rêves, sur lélément marin dans ce quil nomme le complexe de Swinburne.
Le choix de poèmes présentés et traduits par Pascal Aquien dans la Collection Romantique, donne à entendre la richesse thématique et lample voix musicale et incantatoire du poète anglais.
Elfe sulfureux, angoissé, provocateur, adorant la fustigation des vagues et celle dun maître, panthéiste reniant les dieux, poète alliant romantisme ténébreux et visions morbides, Swinburne est lun des auteurs maudits par le puritanisme victorien.
Il possède lincomparable don de faire écho aux murmure des vagues comme aux cris de la peur.
Claude Michel Cluny, Lire, février 1991.

 
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