À PARAÎTRE LE18 FÉVRIER 2000 :
Les Pilotes de l'Iroise d'Édouard Corbière



     Édouard Corbière, Les Pilotes de l'Iroise. Éditions José Corti.

    
 Destin curieux que celui d’Edouard Corbière, père de la littérature maritime, dont l’œuvre sombra sans bruit, et que la célébrité de son fils Tristan Corbière éclipsa totalement tel le retour du balancier de la fortune.
     La fin de l’Empire fait de lui un ex-officier de marine amer. Repris par le démon de la mer, il est second sur un brick à destination de l’Afrique. Après 20 ans de marine, en 1828, il pose son sac à terre. Provocateur, dédaigneux, il reproche à certains auteurs à succès tel Eugène Sue, leur manque d’authenticité. On lui renvoie à la face sa participation, réelle ou supposée, à la traite des noirs. En moins de 6 ans, il publie avec un grand succès plus de dix romans qui le sacre " maître du genre ".
     Les pilotes de l’Iroise sont avec Le Négrier (seul roman de Corbière qui est réédité avec succès très régulièrement) le roman le plus puissant de Corbière, un des plus sanglants aussi, sinon des plus frénétiques.
     Cavet, enfant trouvé par des pêcheurs ouessantins, est témoin de l’enlèvement de sa sœur par les Anglais. Il part à sa recherche, la haine au cœur. Aventures, tribulations le conduiront à devenir renégat. Il n’a en tête qu’une seule idée faire payer très cher aux Anglais leur crime.
Notons que malgré son succès la première édition fit scandale ce qui conduisit Corbière à remanier profondément les éditions suivantes. En modifiant le dénouement, en tempérant la noirceur de son héros, Corbière détruisait un des éléments forts du roman : Jeannette et Cavet n’étant pas frère et sœur, il n’y avait pas eu d’inceste.

     Jacques-Remi Dahan en repartant de cette première édition à voulu redonner à Corbière la place qui est la sienne, un des maîtres du roman maritime.


        

Couverture et frontispice de l'édition
originale 1832.



     Un jour que la brume d’automne, chassée par un vent d’Ouest assez fort, commençait à s’étendre sur les flots qui s’agitent presque continuellement entre l’île d’Ouessant et le terrible Raz-des-Saints, une petite barque de pilote, surmontée d’une misaine et d’un taille-vent, tournoyait au milieu des lames, dans le passage de l’Iroise, attendant les navires qui voudraient entrer à Brest ou relâcher à Camaret.
     En courant çà et là des bordées, tantôt au Nord-Nord-Ouest, tantôt au Sud-Sud-Ouest, le vieux patron du bateau s’entretenait gravement, la barre en main, avec les deux marins qui composaient son équipage. C’étaient tous trois de ces hommes simples, moitié cultivateurs, moitié matelots, comme la plupart de ces braves gens qui naissent sur les îlots et les rivages de la Basse-Bretagne. L’île d’Ouessant, posée avec son phare célèbre, à sept lieues de Brest, en sentinelle avancée de l’Océan, était la patrie du pilote Tanguy et de ses deux compagnons La conversation qu’ils avaient entamée en bas-breton, en courant leurs bordées, roulait sur différents objets, monotone et inconstante, comme les vagues qui battaient la petite barque.



     



© photo I. Kalo pour la couverture.


Edition établie parJacques-Rémi Dahan
février 2000
352 pages
ISBN : 2-7143-0710-8
F
Domaine romantique
Grand Format