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Pensées, jugements et notations de Joseph Joubert.
Joubert fut un homme de lombre : il ne publia jamais rien si ce nest quelques articles, erreurs de jeunesse. Bien quayant été secrétaire de Diderot, ami de Chateaubriand lun des rares dont celui-ci requérait le jugement, le seul dont il acceptait les remarques, souvent sévères , il aurait disparu sans laisser de livres si dautres, après sa mort, ne lavaient pris au sérieux en découvrant ses carnets et sa correspondance, quil tint tout au long de sa vie.
Peut-être craignait-il que linachevé fût incompatible avec lidée de publication ? Pensait-il à lantinomie entre lucidité et génie, il se savait lucide ? Et pourtant, comment espérer si ce nest par la mort lachèvement dun genre tel que les pensées, surtout si lon veut, au-delà de leur forme parfaite, découvrir quelles sont une expression en voie délaboration constante ; quelles méritent donc aussi dêtre saisies aux diverses étapes de leur gestation.
Comme Montaigne, Joubert est "impropre au discours continu" : "tourmenté par la maudite ambition de mettre toujours tout un livre dans une page, toute une page dans une phrase et cette phrase dans un mot ", il nest pas étonnant quil ait cru à son échec. Ce qui nempêcha pas les autres de trouver chez lui des " gouttes de lumière quil fallait recueillir".
Qui maurait dit que dans cette petite ville (Villeneuve-sur-Yonne) demeurait un homme que jaimerais tendrement, un homme rare, dont le cur est de lor, qui a autant desprit que les plus spirituels et qui a, par-ci, par-là, du génie ? F. R. de Chateaubriand.

Le beau, c'est l'intelligence redue sensible.
La musique a sept lettres, l'écriture a vingt-cinq notes.
Voir de trop haut, c'est trop souvent voir de trop loin.
Ces pensées qui nous viennent subitement et qui ne sont pas encore à nous.
Nous avons tous un sens intime moral, mais non pas un sens intime poétique.
Tout enfant qui n'aura pas éprouvé de grandes crainte n'aura pas de grandes vertus. Les grandes puissance de son âme n'auront pas été remuées. Le froid trempe le fer et la crainte trempe les âmes.
Ce sont les grandes craintes de la honte qui rendrent l'éducation publique préférable à la domestique, parce que la multitude des témoins rend seule le blâme terible et que la censure publique est, parmi les censures, la seul equi glace d'effroi les belles âmes.

Avec Montaigne comme avec Joubert, nous nous libérons de la tyrannie de la raison comme de celle des sentiments, nous vagabondons à notre aise dans ce que la littérature peut nous apporter de plus précieux : une esthétique de linachèvement et une éthique de lauthenticité. En somme, les impératifs de lhonnête homme.
Roland Jaccard, Globe, N°37.
La pensée de cet éternel mourant est très forte. Quand on lit daffilée ses notes, idées, réflexions, petits développements, on est toujours surpris par loriginalité des angles de vue et, par suite, de lexpression. Il fait sougé souvent à Lichtenberg, inventeur du couteau sans lame auquel manque le manche, mais avec quelque chose de moins fantasque. (...) La présente édition [revue pour la réédition de 1999, NdE] est une anthologie de Juubert où Rémy Tessonneau a groupé par thèmes les textes quil a choisis. Cest une bonne introduction à la connaissance dun des hommes les plus attachants (et des moins étudiés) de notre littérature.
Jean Dutourd, Le Point, 3 avril 1989.

 
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