Nathaniel Hawthorne, Monsieur du Miroir et huit autres contes (suivis de Trois Lettres d'Hawtorne), éditions José Corti :

Les sept vagabonds ;
– Le Sort calamiteux de Monsieur Higgin Botham ;
– L'Esprit hanté ;
– Le jeune maître Brown ;
Wakefield ;
 Le Glas Nuptial ;
L'Enterrement de Roger Malvin ;
– Missis Hutchinson


     De ce Monsieur du Miroir, Nathaniel Hawthorne écrit : “Il n’est personne, dans tout le cercle de mes relations, que j’aie le plus attentivement étudié, et pourtant dont j’aie moins réellement connaissance, sous la surface qu’il lui plaît de présenter – que le monsieur susdit.” C’est en “Maître des Mystères” que Nathaniel Hawthorne convie son lecteur, à travers neuf nouvelles inédites, traduites par Pierre Leyris, à venir sonder les gouffres de l’âme, une fois franchi le miroir. La galerie des personnages qu’il a peints, avec un sens des lumières et des ombres prodigieux, compose, en définitive, le portrait accablant d’une humanité qui s’est vouée au Diable.


     Vagabondant à pied, au printemps de ma vie et dans l’été de l’an, j’atteignis un après-midi un point qui me donnait le choix entre trois directions. Droit devant moi, la grand-route étendait sa longueur poussiéreuse vers Boston, à gauche une branche allait vers la mer et elle eût allongé mon trajet d’un brin d’environ vingt ou trente milles ; tandis qu’en prenant à droite, j’aurais pu aller, parmi des collines et des lacs, au Canada, visitant en chemin la célèbre ville de Stamford. Sur un emplacement herbeux et plat, à côté du poteau indicateur, m’apparut un objet qui, bien que sa locomotion procédât d’un principe différent, me rappela l’habitation transportable de Gulliver parmi les Brobdingnags. C’était une énorme voiture couverte, ou plus exactement une petite maison sur roues, avec une porte d’un côté et une fenêtre protégée par des volets verts de l’autre. Deux chevaux, mâchonnant du fourrage dans les sacs en vannerie qui les muselaient, étaient à l’attache près du véhicule ; une délicieuse musique s’échappait de l’intérieur, et je conjecturai immédiatement que c’était là quelque attraction ambulante, arrêtée au confluent des routes pour intercepter les voyageurs de rencontre tels que moi. Un nuage de pluie montait depuis un bon moment dans le ciel à l’ouest et pendait maintenant si ténébreusement sur le chemin qui s’étendait devant moi, que la sagesse voulait que je me misse à l’abri là.








Traduit par
Pierre Leyris
288 pages
1992
ISBN : 2-7143-0462-1
100 F