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La représentation de Nathan le Sage à Avignon et à la Comédie française, marque bien lactualité et lintemporalité de Lessing.
La première grande comédie de la littérature allemande souvre sur le mot canaille et sachève sur le mot veuve. Son argument est apparemment simple : pendant la guerre de Sept ans, un officier de larmée prussienne, le major Tellheim, chargé de lever la contribution de guerre en pays saxon, en a généreusement avancé une partie. Ce geste a provoqué ladmiration dune jeune fille de la noblesse locale, Minna von Barnhelm, qui a conquis Tellheim. À la fin de la guerre, ladministration du roi de Prusse refuse de reconnaître la créance du major. Congédié, déshonoré, mal remis dune blessure au bras droit, Tellheim renonce à se marier et part vivre à Berlin. Les cinq actes mettent en scène linfortune de Tellheim, sa misanthropie, le dévouement de ses amis, et les ruses déployées par la jeune fille pour reprendre possession de son fiancé récalcitrant.
Ce qui fait le succès de Minna, cest la force de son épure, le rythme de sa progression, la montée dune ironie qui, bien au-delà de lhabituel châtiment des extravagances, prend acte de létrangeté des êtres et de la drôlerie du monde. Si ces personnages semblent parfois multiplier les obstacles qui les séparent du plaisir, un mot revient pourtant sans cesse dans leurs répliques, au sein dun espace qui nest jamais que celui dune halte provisoire : le mot geschwind, vite. Et cest sans doute aussi pour éviter que toute cette humanité ne lui file entre les doigts à grande vitesse, que Lessing installe au cur de sa pièce un suspens dans le suspens, une comédie de la comédie, qui exerce sur lensemble la force centripète dune ruse un peu perverse : imaginons Célimène ayant envie de retenir Alceste en faisant semblant de devenir à son tour victime et misanthrope, et prenant goût, en cours de route, au plaisir de la vengeance.


Certes Minna von Barnhelm est un jalon capital de l'histoire du théâtre allemand, mais ce n'est nullement un de ces monuments de la littérature dontla fastilieuse lecture obligée serait réservée aux seuls spécialistes, et tant mieux pour nous ! Amusé dès les premières scènes, pris par l'intrigue et l'enchaînement des péripéties qui ne laissent pas un moment retomber l'intérêt, la lecture [de la pièce] se déroule comme un allegro prestissimo. Elle connaît dès la parution un succès retentissant. Des années plus tard Goethe écrira : elle est la première uvre théâtrale tirée de la vie, d'un événement important, spécifiquement de son temps; son effet dut incalculable. Si l'événement important la guerre de Sept ans a tout perdu de son actualité, la pièce de Lessing a gardé une merveilleuse fraîcheur.
Patrick Cassou, Le Mensuel littéraire et poétique, n°257.

 
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