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Si Lacenaire nétait que la figure mythique du poète assassin incarné par Marcel Herrand dans Les Enfants du Paradis ou le personnage dun fait divers dont la vie extraordinaire puisse se résumer en images cinématographiques, il ne nous intéresserait pas ou guère.
Ce qui importe ce nest pas Lacenaire mais les Mémoires de Lacenaire, uvre en action, uvre dont lécho, de Lautréamont à Char, de Breton à Debord, est considérable.
Lédition originale de ses Mémoires comportait de nombreuses lacunes. Jacques Simonelli, à partir darchives et de témoignages dépoque, a réussi à établir une édition digne de ce nom.
Né à Lyon, en 1803, exécuté en 1836, enfance malheureuse, blessure du collège, rejet de la religion puis de la société tout entière ; déserteur et faussaire, voleur puis assassin : la vie de Lacenaire fournit peu de matière à lhagiographie.
Lacenaire, cest aussi le déchaînement dans lordre des faits dune volonté de subversion qui navait pu investir le champ des formes poétiques : plutôt que de décrire, tel Balzac avec Vautrin, le type du criminel romantique, Lacenaire, dans un même geste le réalise dans le vécu comme dans la littérature. Et, à ce titre, Lacenaire paraît anticiper la célèbre définition dAndré Breton : lacte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard dans la foule.
Au terme de cette course volontaire à labîme, les Mémoires constituent lacte ultime dun assassin qui persiste et qui signe. Le Comte de Lautréamont ny fut pas indifférent. Il semble que ces mémoires aient armé sa main.


Cest un curieuse constante de lhistoire : les grand criminels ont toujours fasciné les écrivains. Il suffit de songer ici à la fortune dun Jack léventreur. Et il suffit également de songer à Pierre-François Lacenaire que ses biographes ont tour à tour baptisé le poète assassin, lassassin romantique ou le dandy du crime. (...)
Si Lacenaire a tellement subjugué le monde des lettres, cest surtout parce quil a lui-même été un écrivain. Non seulement il a rédigé ses Mémoires durant les semaines qui allaient précéder son exécution, le 9 janvier 1836, mais, en outre, il a composé des poèmes, des chansons, etc. Autant dire quil fait partie de la famille. (...) Il a peut-être incarné les milles et un fantasmes qui agitent sans cesse lesprit dinnombrables romanciers et poètes.
Jean-Baptiste Baronian, Lexpress, 22 février 1991.
Comme le Christ, Lacenaire est mort à trente-trois ans, mais sous la guillotine. Pourquoi tant dacharnement à le sauver de loubli ? Parce quà linstar de Sade, Lacenaire se révolta jusquau sacrifice contre lordre moral et déclara ouvertement la guerre à la société de son époque, vers 1830.
Otto Rivers, Le Nouveau Politis, janvier 1993.
Le goût de la canaille nest pas prêt de séteindre. Le prouve avec éclat la remarquable édition des Mémoires et autrs écrits de Lacenaire que vient détablir Jacques Siminelli, au prix de beaucoup defforts à traquer lapocryphe et à rétablir le censuré.
François Crouzet, Le Figaro, 25 février 1991.

 
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