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Sensible aux idées démocratiques et saint-simoniennes, Carlo Bini (1806-1842), fils dun négociant en blé et céréales de Livourne, fond avec un groupe damis LIndicatore Livornese, un hebdomadaire qui donne pour but daborder les problèmes sociaux, économiques et littéraires. Il y publie, entre autres, la traduction de trois extraits de Tristram Shandy, un essai sur Sterne, un autre sur Byron, mais aussi un article sur lintroduction de lélevage du mérinos en Toscane. En 1833, à linstigation des autorités autrichiennes, la police grand-ducale se livre à une rafle dans les milieux libéraux de Toscane : Bini et Guerrazzi, avec qui il avait fondé LIndicatore Livornese, et plusieurs de leurs amis sont arrêtés dans la nuit du 2 au 3 septembre avant dêtre transférés au Forte della Stella (Le Fort de lÉtoile), à Portoferraio, capitale de lÎle dElbe
Leur captivité est relativement douce, chaque prisonnier se voit attribuer un appartement de deux pièces et les autorités judiciaires se montrent clémentes. Le temps étant long, la bibliothèque instituée par Napoléon lors de son exil sur lÎle est mise à contribution. On lit beaucoup on écrit encore plus : Guerrazzi y achève son roman, Le Siège de Florence et Bini rédigera ses deux uvres majeures, Manoscritto di un prigioniero (Manuscrit dun Prisonnier) et Il Forte della Stella (Le Fort de lÉtoile). Relâché trois mois et demi plus tard, Carlo Bini reste surveillé par la police mais ses activités politiques connaissent un net déclin. Il se consacre de plus en plus intensément au commerce et prend les rênes de lentreprise familiale. Il meurt lors dun voyage daffaires à Carrare le 12 octobre 1842.
De son vivant, Bini naura publié que quelques articles, jouissant dune réputation décrivain qui ne dépassait guère les limites de Livourne. Ses réticences à publier ses écrits sexpliquent en partie par cette déclaration extraite dune lettre à Adele Perfetti De Witt : Oh ! mon grand talent me fait pitié. Peut-être aurais-je pu écrire des livres si javais voulu mais à quoi bon ? Son scepticisme teinté dhumour devait saccommoder à merveille de linfluence de Laurence Sterne ! Sil na cure de construire un récit, fût-il fragmentaire, il systématise avec bonheur dans le Manuscrit dun prisonnier la forme digressive. Ainsi fait-il fi du roman à proprement parler, tout autant que du témoignage édifiant. À ce titre il sinscrit pleinement dans ce filon sternien qui traverse tout ce XIXe siècle italien, de Foscolo à Rajberti et Carlo Dossi.

Dès quil est en mesure de remplir son office, le cerveau de lhomme peut rallier trois écoles. Vous nêtes pas sans connaître au moins lune dentre elles vous devez même les connaître toutes car elles nont rien des arcanes de lastrologie ce sont des banalités dont tout le monde a entendu parler. Néanmoins, pour éviter les malentendus, je vais me faire un devoir de vous les nommer toutes les trois suivant lordre naturel où elles se trouvent depuis lorigine des temps. Il sagit donc de :
lÉcole de la Foi ;
lÉcole du Doute ;
lÉcole de lIncrédulité.
Et, bon gré mal gré, le cerveau doit rallier lune delles. Des trois, la première est la plus courue ; la deuxième lest plus que la troisième ; et cette dernière accueille un nombre fort restreint délèves. Ses locaux sont dailleurs si exigus quils ne pourraient les abriter en foule, et il faut être doué de qualités spécifiques pour sy voir admis. Sic se res habet.

 
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