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Du roman gothique, Klosterheim de Thomas de Quincey possède tous les ingrédients : atmosphère de suspicion, troubles menaces, lettres dintimidation, méprise sur les personnes, meurtres
Laction, qui se déroule à lépoque de la Guerre de Trente Ans dans les provinces de Bavière et de Souabe, met en scène un usurpateur en la personne du Landgrave, assisté du vil Holkerstein, et lauthentique successeur au trône, Maximilien, le fils de la victime assassinée. Le stratagème mis en place par Maximilien, sous lidentité mystérieuse du Masque, conduit à son affrontement avec le Landgrave et au triomphe de la vérité. La jeune et innocente Comtesse Paulina, fille naturelle de lEmpereur, après bien des péripéties propres à susciter la terreur, retrouve enfin Maximilien, auquel elle était promise.
Il nest jusquau décor et à larchitecture du château et du couvent, avec leur labyrinthe de couloirs et de galeries, qui ne rappellent les romans gothiques à la manière dAnn Radcliffe.
Si le caractère onirique de certains passages et les effets de clair-obscur permettent une comparaison avec certaines nouvelles dEdgar A. Poe, les descriptions, par leur déploiement dans le roman, sont bien révélatrices des visions obsédantes de De Quincey, telles quelles apparaissent plus tard dans La Révolte des Tartares (1836) : vision de foules en émoi, massées au pied des murs de Klosterheim et, en contrepoint, vision de la multitude assistant au bal masqué organisé pour déjouer limposteur.
Cest, sans doute, impressionné par ces pages particulièrement marquantes que Coleridge a pu louer, à propos de Klosterheim quil compare volontiers à Quentin Durward de Walter Scott , la pureté de la langue et du style qui atteint, selon lui, un niveau dexcellence auquel Walter Scott ne semblait pas même prétendre

Lhiver de lannée 1633 sétait installé sur la Souabe et la Bavière avec une rigueur inaccoutumée bien quon eût guère dépassé la première semaine de novembre. On était, en fait, au moment où commence ce récit, le 8 du mois, ou le 18 selon le calendrier moderne ; il était habituel, ces dernières années-là, de poursuivre longtemps après cette date, par temps normal sans en résuire lintensité, le cours des opérations militaires. Récemment en effet, il était apparu que des campagnes entières dhiver, sans suspension officielle des hostilités ni même un relâchement partiel, étaient, par une politique délibérée, ostensiblement intégrées dans la machine de guerre qui avait alors rapidement gagné lAllemagne, menaçant de trasformer bientôt ses vastes provinces du centre riche pardis de paix et pleine de prospérité à une époque encore proche en un désert hurlant, et avait changé dimmenses étendues de terre en un universel champ de carnage ou dabattoirs humains, ravivant à chaque pas, dans les témoignages sans fin de sa destruction, le souvenir du bonheur passé.

L'amour de Maximilien pour la jeune contesse Paulina, les nombreux épisodes de terreur, les forêts, châteaux avec galeries, souterrains, cachots et salles de torture, le terrible coup de théâtre de la fin, tout cela donne une lecture à faire dresser les cheveux sur la tête, mais la grâce particulière à De Quincey ôte à l'horreur toute gratuité, sait immobiliser le récit en des scènes harmonieuses et tristes. Et voilà pourquoi en fin de compte nous donnons raison à la traductrice : non, décidemment, Klosterheim n'est pas tout à fait un roman gothique : il est trop sincère, d'une trop grande beauté pour ne pas déborder les limites du genre.
Nicole Casanova, La Quinzaine Littéraire, 16/30 novembre 1997.
Roman gothique, oui sans doute. Rien n'y manque, dans le cadre combien approprié de la Guerre de Trente-Ans. Mais il y a pire que les fantômes : dans l'enchâssement des intrigues qui arois tournene tcourt, apparaît à la moitié du roman un mystérieux personnage, le Masque. Et nous retrouvons alors le de Quincey familier.
Patrick Cassou, Le Mensuel littéraire et poétique, juin 1997.

 
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