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Lewis, Le Journal de voyage à la Jamaïque
Collection Romantique, éditions José Corti.
En 1812, à la mort de son père, Matthew Gregory Lewis, lauteur diabolique du Moine publié en 1795, se fait homme daffaires : la fortune dont il hérite provient essentiellement du rapport de deux plantations à la Jamaïque.
À une époque particulièrement importante, puisquelle se situe entre linterdiction de faire la traite des Noirs et labolition de lesclavage, M. G. Lewis décide de se rendre sur place et de se faire son opinion, loin des débats qui agitent les hommes politiques. Son Journal est la relation, jour après jour, de deux voyages quil réalise en 1816 et en 1818. Il constitue donc un document de première main, qui fourmille de descriptions, de réflexions, danecdotes, sur la vie et le comportement des esclaves (plus de 400 au total), et nous livre, de lauteur, une image inattendue : M. G. Lewis nous apparaît sans doute comme un homme raisonnable, très paternaliste et qui, pourtant, par le souci quil a daméliorer les conditions de vie des Noirs, est mal toléré de ses compatriotes.
Au retour de son second voyage Lewis fut emporté par la fièvre jaune et mourut en mer raison pour laquelle son désir de publier son Journal ne fut satisfait quen 1834 à titre posthume. Il sagit donc ici de la première traduction française dun texte vivant, varié, authentique, qui nous raconte à lévidence que Monk Lewis nest pas lauteur du seul Moine que José Corti fit en son temps redécouvrir dans la traduction de Léon de Wailly.


15 janvier
Un enfant d'un homme blanc et d'une femme noire est un mulâtre ; un mulâtre et une noire donnent un sambo ; une mulâtre et un blanc donnent un quarteron, une quarteronne et un blanc, un mustee ; l'enfant d'une mustee et d'un homme blanc est un musteefino ; et les enfants d'une musteefino sont libres légalement et sont comptés en tout état de cause au nombre des blancs. Je crois que c'est Long qui affirme que deux mulâtres ensemble n'ont jamais d'enfant ; mais pour autant qu'on puisse en avoir une parfaite certitude, depuis mon arrivée à la Jamaïque, J'ai toute raison de croire, au contraire, que les mulâtres se reproduisent, entre eux, tout comme les noirs et les blancs. Mais ce sont toujours des personnes fragiles et efféminées et leurs enfants sont par conséquent difficiles à élever. Dans une propriété de canne à sucre, un noir est considéré comme valant plus de deux mulâtres. Aussi belle que soit leur silhouette générale, aussi aisés et grâcieux que soient leurs gestes (qui en vérité me Paraissent si frappants qu'ils ne peuvent manquer de provoquer l'admiration de quiconque a contemplé des statues avec plaisir), les femmes de couleur sont dépourvues d'un des éléments les plus indispensables à la beauté féminine : qu'elles soient jeunes ou vieilles, je ne leur ai encore jamais vu quelque chose qui ressemblât à un sein.

 
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