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PARUTION LE 5 AVRIL 2000

Anthologie de "ghost stories" établie et traduite par Jean-Pierre Krémer.
Les fantômes traditionnellement sont anglais : la période victorienne (1837-1901) constitue l'âge d'or de ce personnage vénérable de la littérature anglaise.
Virginia Woolf définit parfaitement le cadre de leur résurrection : "ils n'ont rien de commun avec les violents spectres d'antan (vieux loups de mer barbouillés de sang, dames décapitées (
) ils ont leur origine en nous (
) ils sont présent chaque fois que l'étrange fait vibrer l'ordinaire".
Malaises, névrose, adultères condamnés, misère sociale, alcoolisme, maladies mentales, crimes crapuleux, usure, spéculation effrénée constituent bien le revers des choses dans cette époque prude et moralisatrice. D'une façon générale, le fantastique a valeur de symptôme et permet de mettre à mal la morale dominante et les valeurs sociales.
Onze récits marquants pour la quasi totalité, inédits en français ont été retenus (voir la liste ci-dessous) ; ils offrent un contraste saisissant avec les romans bourgeois ou aristocratiques de l'époque, pleine de fausse sentimentalité. Les fantômes de ces dix écrivains sont comme les figurants décentrés, dédoublés, d'une société inquiète, oppressive, il s'agit rarement d'un simple divertissement littéraire.

Ce volume contient :
Wilkie Collins, Neuf heures !
Charles Dickens, Le Fantôme dans la chambre de la mariée
Joseph Sheridan Le Fanu, Le Fantôme et le rebouteux
Patrick Kennedy, Les Fantômes et la partie de foot-ball
Anonyme, Le Spectre de la visiteuse
Sir Arthur Conan Doyle, Comment c'est arrivé
Vincent O'Sullivan, Quand j'étais mort
Bernard Capes, La Maison qui s'est évanouie
Arthur Quiller-Couch, La Chance du Laird
George Moore, Un théâtre dans la lande
E.M. Forster, L'Omnibus céleste

On le sait, en France, depuis qu'Edmond Jaloux a fait paraître ses Histoires de fantômes anglais. Et les collectes récentes des érudits britanniques publiés chez Ash Tree Press l'ont confirmé en démontrant que le filon était même d'une richesse insoupçonnée. Trois anthologies françaises le prouvent également à leur tour. La première, Les Fantômes des victoriens, s'en tient strictement à son intitulé et mêle les auteurs connus - Wilkie Collins, Charles Dickens, Joseph Sheridan Le Fanu, Conan Doyle, E. M. Forster - à d'autres qui le sont peu ou pas. Aux premiers, on doit les meilleurs textes du lot (ce qui tendrait à justifier le bien-fondé des hiérarchies littéraires !), à l'exception toutefois de celui qui en est incontestablement la perle : « La chance du laird », d'Arthur Quiller-Couch, intrigante histoire d'honneur militaire et de malédiction écossaise qui se déroule à l'époque napoléonienne.
La deuxième, Les Fantômes des victoriennes, déborde un peu du cadre fixé puisqu'elle comporte une formidable histoire de lycanthropie (« Fourrure blanche », de Clemence Houseman), une fausse histoire de vampire et une histoire de malédiction (« Les hommes de marbre », d'Edith Nesbit). Mais l'ambition de l'anthologiste semble plus d'avoir voulu rendre compte de l'importance des auteurs féminins dans la vague victorienne de littérature fantastique que de se limiter à son thème de prédilection. Ce qui ne l'a nullement empêché de nous offrir un florilège passionnant de ghost stories, parmi lesquelles on distinguera « Salomé », d'Amelia Edwards, et surtout « La fenêtre de la bibliothèque », de Margaret Oliphant, qui est indéniablement l'un des chefs-d'oeuvre du genre.
Jacques Baudou, Fantômes à gogo, Le Monde, 1er juin 2000.
 
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