Caspar David Friedrich,
     En contemplant une collection de peinture
     Domaine Romantique, éditions Corti, mai 2011
     Traduction de Laure Cahen-Maurel

   

Ce livre offre la première traduction intégrale du manuscrit le plus significatif de C.D. Friedrich, le plus grand paysagiste du romantisme allemand. Comparable en son genre aux salons de Diderot et à ceux de Baudelaire, Friedrich y donne son regard et son jugement sur l’art apprécié du public allemand vers 1830, année de la mort de Hegel. Mais à la différence de Diderot qu’il prolonge ou de Baudelaire qu’il anticipe, Friedrich est lui-même peintre ; Friedrich parle également de ses propres oeuvres.
Derrière la critique d’art et la verbalisation du geste pictural, l’artiste se révèle être un penseur.
L’extrême attention au réel, nécessaire aux peintres paysagistes – peintres de la nature –, est confrontée à la pratique d’une liberté créatrice qui tout à la fois respecte ce réel et le dépasse, le viole pour le transfigurer.
Ce volume comporte en introduction la première présentation étayée sur les écrits de l’artiste de la tâche philosophique ainsi visée par Friedrich : introduire l’esprit et la spiritualité dans un tableau.




« Ferme l’oeil de ton corps pour d’abord voir ton tableau avec l’oeil de l’esprit. Puis mets au jour ce que tu as vu dans cette nuit, afin que ta vision agisse en retour sur d’autres, de l’extérieur vers l’intérieur. »

C.D. F.







Bien qu’elle n’ait pas manqué de commentateurs savants (Werner Hoffmann, Joseph Leo Koerner, Elisabeth Décultot…) ou littéraires  (Catherine Lépront), l’œuvre du peintre allemand Caspar David Friedrich (1774‑1840) n’est pas de celle qu’il est aisé de commenter. Il faut dire que l’artiste témoigne une rare méfiance à l’égard de la réflexion théorique et de l’enseignement académique : « Qui veut savoir ce qu’est la beauté, comme si elle était unique, et qui peut l’enseigner ? Qui saurait fixer les limites de ce qui est de nature spirituelle et en énoncer les règles ? Ô hommes ordinaires, secs et durs comme le cuir, vous inventez sans relâche des règles ! La foule vous louera pour les béquilles que vous lui offrez, mais qui sent en lui une force propre se rit de vous. » (p. 55) « Les opinions et points de vue changeants, ou plutôt les logorrhées et verbiages inconsistants sur l’art, son métier et la manière de l’enseigner, se contredisent formidablement. » (p. 81) « J’ai vu beaucoup de tableaux aujourd’hui ; la plupart a un goût de fabrique, beaucoup un goût d’académie et une petite partie tout au plus peut être appelée création au sens propre. » (p. 88)


On a presque tout dit pourtant de l’œuvre de Friedrich ; qu’elle était mystique, irrationnelle, panthéiste, onirique, réflexive (métapicturale), symbole de la religion romantique de l’art, qu’elle préfigurait l’abstraction picturale (Robert Rosenblum, 1975) et parfois la synesthésie symboliste et moderne (cf. le catalogue du Musée d’Orsay, Les Origines de l’abstraction). Mais on a oublié de l’écouter, lui qui parlait peu. Il est vrai que les rares écrits de ce formidable « taiseux » (brefs essais, correspondance, aphorismes et poèmes) étaient pour la plupart inconnus de ses contemporains. Il fallut attendre 1999 pour que paraisse la première édition critique allemande du présent volume. En France, les écrits du peintre n’ont été dévoilés qu’au travers de traductions toujours partielles 1. La présente édition, établie avec beaucoup de soin et de précision par L. Cahen-Maurel, vient donc fort à propos réparer une lacune, en offrant la première traduction intégrale de ce curieux Salon esthétique, dont le titre complet est : Considérations en contemplant une collection de peintures d’artistes en grande partie encore vivants ou morts depuis peu.

(...) la suite sur le site de Fabula


Olivier Schefer,
Peindre la nature sans rien céder à l'art, C.D. Friedrich

     




Caspar David Friedrich

En contemplant une collection
de peinture

traduit par
Laure Cahen-Maurel
pages
160 pages
978-2-7143-1062-0
 18 €