William Blake, Les Écrits phophétiques.
     Domaine Romantique, éditions José Corti.


     Voici donc les derniers textes encore inédits de William Blake qui vont de la pleine maturité à sa mort. Contrairement à l’usage commun Blake ne prédit pas forcément l’avenir, il vaticine et profère des vérités éternelles auxquelles est confrontée la vérité humaine.
     Dans un ensemble formellement hétéroclite (Jérusalem, Le fantôme d’Abel, des aphorismes autour d’un Laoöcon, des marginalia, l’ébauche d’un Évangile à jamais, des lettres enfin) se fait jour une constante unité de propos.
     Le Blake des dernières années est " un homme sans masque, au but unique, au chemin tracé tout droit ", " ayant peu de besoins, il était libre, noble et heureux ". Que dit Blake avec tant de constance et avec une netteté croissante ? Que notre imagination est humano-divine, qu’elle est identique au Verbe et donc que l’homme peut rejoindre après bien des larmes le cosmos, le monde matériel n’étant qu’une projection illusoire et éphémère, l’Homme, atome constitutif de l’univers est appelé à devenir le Christ, qui déjà l’habite.
     Après les combats terribles contre l’esprit mercantile, l’exploitation des enfants et des hommes, il semble bien que William Blake ait atteint ici à la réconciliation des deux mondes (le réel et le spirituel) et donc à une certaine sérénité.



William Blake par John Linnell






Lorsque j'eus lancé mon Défi,
Le Soleil frémit dans le ciel ;
La Lune lointaine et brillant bas
Devint lépreuse et blanche comme neige ;
Et sur Terre toute âme humaine
Ressentit l'affliction, la peine, la maladie et la disette,
Los flamboya sur mon chemin et le Soleil devint brûlant
À cause des Arcs de mon Esprit et des Flèches de la Pensée –
Ma corde d'arc respire une Ardeur furieuse,
Mes flèches brillent dans leurs gerbes d'or ;
Mes frères, mon père marchent devant ;
Les cieux ruissellent de sang humain.

Maintenant je contemple une
vision quatruple,
Une vision quatruple m'est donnée ;
Elle est quatruple dans ma joie suprême,
Triple dans la douce nuit de Beulah,
Double toujours. Dieu nous garde
De la vision simple et du sommeil de Newton !



     



Traduction
Pierre Leyris
256 pages
ISBN : 2-7143-0709-4


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