Don Juan Tenorio de José Zorrilla (1817-1893) – l’un des grands écrivains romantiques espagnols – fut représenté pour la première fois à Madrid en 1844. Jouée tous les ans, le 2 novembre, jour de la commémoration des morts, cette nouvelle version du mythe de don Juan connut vite, dans le monde hispanique, un succès prodigieux qui s’est perpétué jusqu’à aujourd’hui.
     La figure de don Juan se profile ici sur un ciel violent, où la mort et l’amour, en éclairs fulgurants, se heurtent ou se confondent. Don Juan est un criminel, une tête brûlée, un libertin, un être démoniaque. À travers les femmes qu’il se targue de séduire en deux jours, avant de s’en débarrasser et de les remplacer, il défie et subvertit la loi de l’honneur qui régit la société de son temps (l’Espagne du XVIe siècle) qu’incarnent dans ce drame deux figures du Père (Don Diego Tenorio et le Commandeur). Don Juan est un blasphémateur qui ne respecte rien. Seul son désir fait loi. Sa révolte est impardonnable. Mais l’amour accomplit le miracle. Le séducteur pour la première fois a succombé à la séduction ; il aime Inès, qui l’aime aussi d’un amour sans merci : pour le prix de cette âme infernale, elle offrira la sienne à Dieu. L’amour sera plus fort que la mort éternelle.
     Écrit dans une langue d’une sonorité admirable, faisant alterner les scènes de fureur, de passion, de tendresse ou de désespoir, exaltant à la fois la miséricorde divine et la puissance de l’amour humain, ce drame “religieux-fantastique”, comme le qualifie l’auteur, inspiré en partie d’Alexandre Dumas (Don Juan de Maraña ou la chute d’un ange), et empli d’échos du théâtre espagnol du siècle d’Or, n’avait jamais encore été traduit en français.





     Son rythme échevelé, l’accumulation des péripéties donnent [à la pièce] – de l’aveu même de l’auteur – un caractère extravagant, mais il s’avère que cette forme rapide et contrastée est théâtralement forte et qu’elle traduit bien le tourbillon qui emporte les personnages malgré eux. De même, la virtuosité de la langue et du style ajoute au mouvement et à la séduction de cette âme endiablée que rien n’arrête. Zorilla, avec une aisance remarquable, varie ses effets en jouant sur tous les registres de la versification espagnole. Dans son excellente préface, Bernard Sesé évoque les sources de l’auteur et tous les aspects de ce classique du romantisme espagnol.
     BCLF, mars 1998.


Trad. et préf.
de B. Sesé
256 pages
1997
ISBN : 2-7143-0625-X
130 F