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Schiller, Criminel par infamie, Domaine Romantique
éditions Corti
" Dans toute lhistoire de lhumanité, il nest aucun chapitre plus instructif pour le cur et lesprit que les annales de ses égarements. Dans chaque grand crime était en action une force relativement grande. Alors quà la lumière estompée des états dâme ordinaires, le jeu secret de la force motrice reste caché, il nen devient que plus manifeste, plus frappant, plus colossal lorsque éclate une passion violente ; le psychologue un peu subtil, qui sait combien on peut en réalité tabler sur le mécanisme de la libre volonté ordinaire, et dans quelle mesure il est permis de conclure par analogie, transposera plus dune observation de ce domaine dans sa psychologie et en tirera profit pour son éthique.
Cest une chose si uniforme, et si complexe cependant, le cur humain ! Une seule et même aptitude, un seul et même désir peut prendre mille formes et aller dans mille directions ; peut produire mille phénomènes contradictoires, peut se manifester en une combinaison différente dans mille caractères ; et mille caractères différents peuvent être tirés dun seul et même penchant, même si lhomme dont il est question est loin de se douter de cette parenté. Sil se présentait, comme pour les autres règnes de la nature, un Linné pour le genre humain qui classât selon les instincts et les penchants, quel serait notre étonnement de retrouver dans un même ordre le monstre Borgia avec tant de personnes dont les vices sont présentement étouffés par la médiocrité de leur sphère bourgeoise et les étroites barrières des lois."

Pour Schiller, la psychologie et la morale ont tout à apprendre du crime : si lautopsie du corps a permis à la médecine davancer à pas de géant, celle de lâme ne doit pas demeurer en reste ; cest dans les maisons de fous, dans les les bordels, dans les prisons,dans les tribunaux que le psychologue un peu subtil fera son miel et que, à linstar de Linné, il classera les instincts et dédouvrira chez ses semblable la monstruosité dun Borgia.
Dans une postface en tous points remarquable, René Radrizzani expose la conception très moderne que Schiller se faisait de lhistoire : non pas un relevé de faits bruts, mais une construction ; non pas le récit dune déchéance, mais un cas exemplaire dont lenjeu philosophique reste à déterminer.
Roland Jaccard, Les annales de légarement, vendredi 8 février 1991.
Cette histoire véritable entend prouver que le crime et la vertu sortent dun seul et même berceau.
Passionné dhistoire et de psychologie, à une époque où on marque encore les criminels au fer rouge, Schiller inaugure à Iéna, en mai 1789, un enseignement où lhistoire nexiste que dans lesprit de celui qui la construit. Cest déjà Fichte, voire Hegel. Parmi les penseurs romantiques, Schiller est lun des plus résolus à débusquer au fond de linconscient le jeu secret de la force motrice. Pas encore obnubilé par Kant, il manipule son héros, lécrase, lenlaidit, et, tel le jeune Sartre, le pousse à produire sa liberté. La vie est courte et lenfer éternel.
On retiendra ce visage où tant de passions violentes sétalaient telles des cadavres mutilés sur un champ de bataille, et ce surnom fabuleux : laubergiste du soleil ! Dans le Wurtemberg, il servit longtemps à désigner les bandits de grand chemin.
Eric Bourde, Le Tueur de Schiller, Libération, 14 mars 1991.

 
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