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John Muir, Célébrations de la nature traduit de l'anglais par André Fayot, Domaine Romantique, éditions Corti, 2011. Homme d’action avant tout, John Muir n’a, tout compte fait, publié que très peu de livres, et seuls ses Souvenirs d’enfance et de jeunesse étaient conçus dès l’origine pour former un volume. Il a, en revanche, beaucoup écrit. Du corpus important que constituent ses carnets manuscrits, une petite partie seulement a été mise en forme et publiée par lui-même (Un été dans la Sierra, Voyages en Alaska) ou, de manière posthume, par son exécuteur testamentaire (Quinze cents kilomètres à pied dans l’Amérique profonde, Journal de voyage dans l’Arctique). Et de la même façon, son énorme correspondance n’a fait l’objet que d’éditions très partielles. Dispersés dans diverses revues où leur impact sur l’opinion publique et les décideurs politiques était sans doute plus assuré et plus immédiat, ses articles représentent peut-être l’essentiel de son œuvre. Qu’il s’agisse de portraits de plantes ou d’animaux, de récits de courses en montagne ou d’autres aventures vécues, on y retrouve toujours le passionné de la nature, qui jamais ne se lasse de la décrire, de la louer, de la célébrer. Parler de la nature est pour John Muir un plaisir toujours neuf, toujours renouvelé, un plaisir communicatif. Son enthousiasme lumineux gagne inévitablement son lecteur, qui le voit et se voit avec lui plongé dans les paysages grandioses qu’il dépeint, à l’affût d’un oiseau aussi étonnant que discret ou stupéfait devant une fleur jusque-là inconnue. Tout, en effet, dans la nature suscite l’admiration, et l’article qui restitue cette merveilleuse expérience vibre d’une intense émotion. Mais pas seulement. Il est aussi d’une extrême précision. Précision de l’observateur, précision de l’homme de plume. La sensation de plénitude qu’éprouve le lecteur vient de ce que l’auteur réussit à toucher simultanément le cœur et l’intellect. C’est au moment même où l’information qu’il reçoit est la plus précise que l’impression ressentie est aussi la plus vive, et les deux sont indissociables. Ce choix de textes majeurs, qui sont autant d’hymnes à la nature, vient ajouter au portait kaléidoscopique de John Muir, dont disposait déjà le lecteur francophone à travers les ouvrages traduits précédemment, une facette nouvelle et inattendue, celle d’un lyrisme flamboyant allié à l’information la plus rigoureuse. Mais il s’agit aussi de textes de combat, qui, un siècle plus tard, conservent toute leur pertinence. La question de la protection du milieu naturel ne s’est jamais posée avec plus d’acuité qu’à l’heure actuelle. Saurons-nous entendre une voix, qui, dans notre propre intérêt, nous demande d’ouvrir les yeux et de faire preuve de courage ?
Les réformateurs des valeurs morales ont la vocation de prêcher. J’ai un ami qui a la vocation de labourer, et malheur à la touffe de pâquerettes ou au buisson d’azalées qui tombe sous le tranchant rédempteur et féroce de son soc d’acier. Non content de dompter c’est son mot le moindre marécage, la moindre lande ou le moindre rocher terrestre, il voudrait trouver une méthode de régénération applicable au ciel et à l’océan, qui, au moment voulu, les fasse bourgeonner et fleurir comme un rosier. Tous nos efforts sont inutiles pour attirer son attention sur les rosiers sauvages, ou sur le fait que tant l’océan que le ciel sont aussi fleuris que possible parsemés, l’un, d’étoiles, l’autre, d’algues, d’écume et de lumière sauvage. Son labeur a pour résultat tangible des vergers et des champs de trèfle d’aspect riant et bienfaisant, tout à fait excellents à leur manière, quoique à les regarder de près on y découvre quelque chose de barbare. La nature sauvage n’a point de charme pour mon ami jamais pourtant elle ne charme à plus juste titre et quelle que soit la particularité de son ciel, sa terre ne semble être rien d’autre qu’un fatras de possibilités agricoles nécessitant l’usage de la houe et des engrais. Quand je me hasarde parfois à plaider devant lui pour la nature sauvage, il me jette benoîtement une grosse pomme tendre au visage en répétant son adage favori : « La culture, c’est une pomme de verger ; la nature, une pomme sauvage. » La culture n’est pourtant pas toujours aussi destructrice, aussi dévalorisante. Les ciels d’azur et les eaux de cristal font l’objet d’une affectueuse considération, et rares sont ceux qui verraient d’un bon oeil la hache arriver au milieu des pins de montagne, ou qui changeraient quoi que ce soit aux mélodies et aux draperies des cascades. Elle est pourtant presque universellement partagée par les hommes civilisés l’idée barbare selon laquelle les ouvrages de la Nature ont quelque chose d’essentiellement grossier, qui peut, qui doit être extirpé par la culture humaine. Comme antidote à l'antidote [qu'est le livre de Gran, l'Écologie en bas de chez moi, P.O.L. dont parle Philippe Lançon dans le présent article, nde] on lira Célébrations de la nature.Ces textes de John Muir ont été publiés entre 1875 et 1902. Dans la grande tradition pastorale américaine, ils sont un chant profond de l’écologie et un discours contre ceux qui, déjà, détruisent la nature. Mais Muir ne donne jamais au lecteur le sentiment qu’il pourrait être un idiot. Si ses cibles sont opposées à celles de Gran, il s’en prend d’entrée au même type d’esprit : «Les réformateurs des valeurs morales ont la vocation de prêcher. J’ai un ami qui a la vocation de labourer, et malheur à la touffe de pâquerettes ou au buisson d’azalées qui tombe sous le tranchant rédempteur et féroce de son soc d’acier. Non content de dompter - c’est son mot - le moindre marécage, la moindre lande ou le moindre rocher terrestre, il voudrait trouver une méthode de régénération applicable au ciel et à l’océan.» Gran écrit à peu près : J’ai un ami qui a la vocation d’écologiser, et malheur au pollueur qui tombe sous le tranchant rédempteur et féroce de son tract d’acier, etc. C’est que la pensée de derrière, comme disait Pascal, est toujours révélée par le style : il dit peu du sujet, mais tout du coeur qui l’énonce.
Pour beaucoup de Français, John Muir (1838-1914) reste sans doute un illustre inconnu, mais il fait partie des personnalités qui ont marqué l’histoire de l’Amérique, puisque ce naturaliste a joué un rôle décisif pour la préservation des forêts américaines et la création de deux parcs naturels en Californie, le Yosemite et le Sequoia, et que, grâce à la diffusion de ses textes fondateurs, il apparaît désormais comme l’un des pères de l’écologie dans un pays ou l’idée s’est implantée plus fermement que chez nous.
John Muir, fils de pionnier, n’était pas Américain d’origine, mais Écossais, comme son nom l’indique. Ce grand amoureux des montagnes Rocheuses et de leurs sites grandioses n’était même pas né dans les hauteurs romantiques des Highlands, mais à Dunbar, sur la côte à l’est d’Édimbourg, et donc dans le plat pays. C’est d’ailleurs ce que semble souligner son patronyme, qui désigne la « lande ». Ce jeune « Lalande », appartenant à une famille modeste de huit enfants, ne serait peut-être pas passé à la postérité de la même façon si son père n’avait décidé d’émigrer aux États-Unis en 1849, comme beaucoup de ses compatriotes, et de défricher un terrain dans le Wisconsin, dans la région des Grands Lacs. Là, le jeune garçon doit peiner pour aider aux travaux de la ferme, avant de se découvrir une passion pour la mécanique. À vingt-deux ans, il entre à l’université du Wisconsin, pour y étudier... le latin, le grec, la géologie, la chimie et la botanique. Embauché dans une usine à Indianapolis, il aurait pu, par sa persévérance, devenir ingénieur en mécanique, mais un grave accident de travail, qui manque lui coûter la vue, l’oblige à faire une pause, et il décide alors de profiter de la nature dont le spectacle a failli lui échapper définitivement. Il part vers le Sud pour découvrir la flore du Kentucky, du Tennessee, de la Caroline du Nord, de la Géorgie et de la Floride. De là il compte embarquer pour l’Amérique du Sud, mais un problème de santé l’oblige à remonter, par Cuba, jusqu’à la Californie, qui va l’émerveiller et devenir son territoire de prédilection. D’autres voyages suivront, au cours de sa vie bien remplie, y compris en Alaska et dans l’Arctique, et tous donneront lieu à des récits d’un grand intérêt. Les dix-sept textes réunis ici sous le titre Célébrations de la nature ont d’abord été publiés comme articles dans différentes revues américaines de 1873 à 1902, et ils sont extraits de trois recueils différents : Mountains of Califomia (1894), Our National Parks (1901) et Steep Trails (1918, quatre ans après sa mort). Ils présentent une unité indiscutable, puisqu’ils décrivent la nature dans l’Ouest américain et font apparaître les qualités d’écriture d’un homme qui était à la fois un géologue (sachant reconnaître l’origine glaciaire des formations rocheuses du Yosemite), mais aussi un observateur attentif de la flore et de la faune. Son ami John Swett, dont on cite ici le long article qu’il lui consacre en 1893 dans The Century Magazine, dit très justement de lui : « il allie la sûreté scientifique du jugement à une expression poétique qui donne à ses écrits un charme singulier. Indirectement, ces différents textes décrivent le courage d’un homme qui se lance dans des expéditions solitaires, au mépris de tous les dangers, pourtant bien réels, par tous les temps, y compris lorsque l’orage ou la tempête se déchaîne, sans s’encombrer de beaucoup de nourriture ou de matériel, sans même se charger de couvertures, jugées trop embarrassantes. Les nuits glaciales qu’il évoque nous donnent à penser que les bivouacs que l’on voit dans bien des westerns ne sont, par comparaison, que des parties de plaisir. Le courage physique de l’homme, sa résistance à la faim, à la fatigue et aux intempéries se traduisent partiellement dans son physique extraordinaire de grand vieillard barbu, sec comme une trique, très digne, très écossais par l’apparence, un vrai prophète de l’écologie. Mais l’homme s’efface devant ce qu’il observe : des paysages grandioses, où parfois son style n’hésite pas devant des adjectifs forts comme « majestueux » ou « sublime », pour évoquer par exemple le Grand Canyon du Colorado ou le Yosemite ; des arbres impressionnants, vieux de milliers d’années, comme les séquoias ; mais aussi des animaux singuliers, dont il admire la vivacité, l’agilité, l’adaptation au milieu, comme le mouton sauvage, ou l’écureuil de Douglas, ou encore le cincle d’Amérique, oiseau familier des chutes d’eau. L’œil de Muir passe aisément de l’infiniment grand à l’infiniment petit, avec un plaisir continu, car partout et toujours la Nature apporte des satisfactions : « Avec l’âge, les sources de plaisir se ferment l’une après l’autre, mais celles de la Nature ne se tarissent jamais. » Sans que son inspiration soit identique à celle des Transcendantalistes, qu’il connaissait bien puisqu’il était proche d’Emerson (qui disait d’ailleurs de lui qu’il était « plus extraordinaire que Thoreau »), il ajoute ici ou là une touche discrète d’émotion religieuse, comparant le « temple rocheux » du Grand Canyon du Colorado à « un temple de musique : chaque aiguille, chaque clocheton, un ange de lumière et de chant poussant des alléluias de couleurs ». Même dans les tempêtes et les cataclysmes qui bouleversent le paysage, il parvient à lire, paradoxalement, « des notes harmonieuses dans la mélodie de la création, des expressions diverses et variées de l’amour de Dieu ». Cet Écossais, marqué par sa culture religieuse d’origine, retrouve les accents d’un François d’Assise chantant les merveilles de la Création, en contemplant les paysages grandioses de l’Ouest américain, l’une des plus étonnantes découvertes du XIXe siècle. On ne saurait imaginer de plus belles « célébrations de la nature ». Alain Jumeau, La Quinzaine n° 1036, avril 2011
[...] Célébrations de la nature de John Muir rassemble plusieurs textes, dont la plupart ont paru dans diverses revues : Mountains of California (1894), Our National Parks (1901) et Steep Trails (1918). On trouve ici aussi des collines de cristaux étincelants, des collines de soufre, des collines de verre, des collines de cendre, des montagnes de tous styles architecturaux, boisées ou glacées, des montagnes couvertes de nectar à l’instar de l’Hymette des Grecs, des montagnes cuites à l’eau comme des pommes de terre et colorées comme un coucher de soleil.
On peut considérer les vallées supérieures des rivières importantes comme des laboratoires et des cuisines, où, parmi des milliers de marmites et de cornues, il est possible de voir la Nature à l’oeuvre dans ses fonctions de chimiste et maître queux composant adroitement une variété infinie de ragoûts minéraux, rôtissant des montagnes entières, cuisant les roches les plus dures dans l’eau ou la vapeur jusqu’à en faire une pâte molle, une bouillie (jaune, brune, rouge, rose, mauve, gris ou blanc crème) ou la plus jolie boue du monde, et distillant les essences les plus subtiles. La Nature-Maçon : « les pierres de cette maçonnerie divine », et puis aussi la Nature qui travaille avec enthousiasme, comme ferait un homme attiser ses forges volcaniques comme un forgeron ses charbons ; pousser les glaciers sur le paysage comme un charpentier ses guillaumes ; nettoyer, labourer, herser, irriguer, planter et semer comme un paysan ou un jardinier ; faire aussi bien le gros travail que l’ouvrage plus minutieux ; planter les séquoias, les pins, les églantiers, les marguerites ; s’intéresser aux pierres précieuses dont il remplit la plus petite fissure, la moindre cavité ; distiller des essences fines ; peindre comme un artiste les plantes, les coquillages, les nuages, les montagnes, la terre et le ciel tout entiers oeuvrant et agissant pour toujours plus de beauté. Lire John Muir c’est apprendre que la Connaissance participe à la survie de l’homme. De par sa fonction d’échanges, elle garantit le dialogue. Curiosités, observations, découvertes, autant de façons d’être et de se sentir habitant de la Nature. Tout au long de ce livre formé de 17 sections, comme autant d’excursions et « d’années d’étude parmi ces terres vierges et splendides », la Nature apparaît dans son unicité : « Sur toute cette étendue d’architecture démente la capitale de la nature il semble n’y avoir aucune habitation ordinaire ». (chapitre 9, Le Grand Canyon du Colorado) Nulle part ailleurs sur ce continent, les merveilles de la géologie, archives du passé du monde, ne sont étalées plus ouvertement ni empilées à ce point. Le Canyon tout entier est une mine de fossiles, dans laquelle mille cinq cents mètres de strates horizontales sont offerts à la vue sur plus de deux mille cinq cents kilomètres carrés de parois ; mais sur le plateau adjacent, c’est une autre série de couches, deux fois plus épaisse, qui constitue une énorme bibliothèque géologique une collection de livres de pierre couvrant mille cinq cents kilomètres d’étagères sur plusieurs niveaux, classés de façon très commode pour l’étudiant. Et quelles merveilles que les documents qui couvrent les pages formes innombrables des flores et des faunes successives, magnifiquement illustrées de dessins en couleur, qui nous transportent au coeur de la vie d’un passé infiniment lointain ! Et à mesure que nous progressons dans l’étude de cette vie tellement ancienne, à la lumière de la vie chaude qui palpite autour de nous, nous enrichissons et nous grandissons la nôtre. Après les splendeurs de la Yellowstone, Muir explore les glaciers et nous amène vers une « Vue rapprochée de la Grande Sierra ». Parmi les espèces animales que Muir aura rencontré, et dont il consacre plusieurs pages tout en louanges, quelle jubilation que le pétillant écureuil de Douglas (chapitre 7) : « C’est l’animal, sans exception, le plus sauvage que j’aie jamais vu petit brandon crépitant de vie, qui se grise d’oxygène et des meilleures essences de la forêt ». Et parmi les oiseaux de montagne, qui feront la réjouissance de Muir, de belles pages consacrées au précieux et prodigieux Cincle d’Amérique, qui ne chante en choeur qu’avec les rivières, « amoureux des pentes rocheuses », et qui « vocalise en toute saison, même dans la tempête (…), et dont la particularité est que « Jamais rien de glacé ne sort de son gosier ardent ». Au cours de ses multiples expéditions, Muir se fera témoin de tempêtes de neige, de violents orages, d’avalanches « Ce vol dans une voie lactée de fleurs de neige fut le plus spirituel de tous les miens, et après bien des années, son souvenir suffit à me mettre en joie » Depuis sa cabane proche de Sentinel Rock, il assiste à un tremblement de terre : « Les roulements issus des profondeurs étaient suivis généralement de subites poussées antagonistes horizontales venues du nord, auxquelles succédaient à la fois des mouvements de torsion et des chocs verticaux. A en juger par ses effets, ce séisme de Yosemite ou d’Inyo, comme on l’appelle parfois était faible, comparé à celui qui a donné naissance au système de grands éboulis du massif et qui a tant fait pour le paysage ». (chapitre 15, Les cours d’eau de Yosemite) Parmi les chefs-d’oeuvre des conifères, gros plan sur le vénérable séquoia géant de la Sierra Nevada, venu « de l’ancien temps des arbres », et dont la taille colossale peut atteindre quelques 100 m de haut : « l’arbre entier a la forme d’un fer de lance, et, (…) se montre aussi sensible au vent qu’une queue d’écureuil ». Leurs troncs, pouvant aller jusqu’à 3 m de diamètre, « ressemblent plus à des colonnes d’architecture artistement sculptés qu’à des troncs d’arbre ». Le séquoia « vous maintient à distance, ne fait nul cas de vous, ne s’adresse qu’aux vents, ne pense qu’au ciel et parait aussi insolite d’allure et de comportement au milieu des arbres du voisinage que le serait un mastodonte ou un mamouth laineux parmi de vulgaires ours et des loups ordinaires ». John Muir nous apprend que la mort d’un séquoia « résulte d’accidents et non pas, comme celle des animaux, de l’usure des organes (…) Rien (…) ne préjudicie au séquoia ». (chapitre 16, Les séquoias de Californie) Dans notre actualité du 21ème siècle naissant, tandis que les forêts du monde sont soumises à la hache et au feu, que la menace des écosystèmes les plus divers se fait grandissante (déforestation de la forêt amazonienne pour la culture du soja), des recensements inquiétants indiquent, d’année en année, les méfaits d’une destruction programmée, dont on peut mesurer les déséquilibres climatiques de par le monde. A l’époque de J. Muir, gâchis et saccages sont perpétrés sous l’indifférence du gouvernement et le mépris des tueurs « qui répandent la mort et le chaos dans les jardins sauvages et les bois les plus magnifiques ». Les forêts sont loin d’être considérées comme dispensatrices de vie. Contre autant de destruction et de pillage, qui « s’étendent chaque jour plus vite et plus loin », Muir préconisait l’alternative de laisser la forêt à l’état naturel, ou alors que celle-ci soit « objet d’une judicieuse administration ». Mais comment protéger les arbres des imbéciles ? Le monde ne cesse de tourner « sous le couvert d’or et de fables », mais le monde ne peut revenir en arrière. Il y aura une période d’indifférence de la part des riches, endormis par leur opulence, et des millions de laborieux, endormis par la pauvreté, dont la plupart n’ont jamais vu une forêt ; une période de protestation véhémente et d’objection de la part des pillards, qui ont autant d’audace et aussi peu de honte que Satan lui-même.
Dans Walden, H.D. Thoreau s’interroge : Ne suis-je pas en intelligence avec la terre ? Ne suis-je pas moi-même en partie feuilles et terreau végétal ?
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![]() Traduit par André Fayot 320 pages, 2011 |
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