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Tobias George SMOLLETT, La Carrière d'un vaurien, éditions José Corti.
Généreuse et bonne fille comme le sont les mythologies, la légende du cinéma prête à différents réalisateurs la conviction que plus fouillé et plus parfait sera le personnage du méchant, meilleur sera le film tout entier au bout du compte. Si lon admet en outre quon ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments, lidée peut se transposer tout naturellement au roman, et on conviendra alors quavec Ferdinand, comte Fathom, Smollett a réussi à peindre un scélérat plus noir, plus révoltant et plus détestable que dans aucune de ses autres uvres, qui pourtant nen manquent pas, et comme il en est peu dans toute la littérature.
Car aucune bassesse ne larrête : mensonge, escroquerie, vol des plus faibles de la société ou de ceux qui se sont montrés généreux avec lui, tentative de viol ou séduction de filles et de femmes quil abandonne sitôt déshonorées, pour les raisons les plus sordides. Ce nest pourtant pas lambition sociale proprement dite qui le fait avancer, mais à la fois la vanité, la sensualité, lamour de largent et un fond de perversité. Rien à voir avec son presque contemporain de fiction Barry Lyndon, dont les manières gardent au moins lapparence de la correction.
Si les aventures où Fathom entraîne le lecteur de ses prétendus mémoires nont pas la belle ordonnance du classicisme, elles sont chaotiques comme la vie, prenantes et divertissantes comme elle pour qui ose sy abandonner, et le ton souvent ironique ou sarcastique de lauteur leur donne une vivacité, un entrain réjouissants et communicatifs. Si le souci moral nest pas absent, en particulier dans le dénouement, cest dévidence le plaisir de lecture qui prime.


Corti a eu la très bonne idée de publier une nouvelle traduction du roman le plus célèbre de Smolett. On (re)découvre ici le pendant littéraire des peintures de son contemporain Hogarth, où l'immoralité et le manque de scrupules sont les traits principaux d'un roué plus vrai que nature. La biographie, brillamment contée, de Ferdiand, pseudo comte Fathom nous fais même oublier les situations souvent sordides dans lesquelles sont plongées les victimes de ce vil personnage qui n'a rien à envier aux vauriens du XXe siècle.
Polystyrène, février 2000.

 
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