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Gravure de Claude Faivre pour Tombées

Christian Hubin, Tombées, éditions José Corti, avec 8 gravures de Claude Faivre.
Ce nouveau recueil de Christian Hubin renoue avec la prose sans rien renier du sillon creusé jusqu'à Maintenant.
Ici, le chant est au service de la quête, une quête du Graal éminemment contemporaine et cryptée où les temps viennent se fondre et se confondre voire se fracasser, à tel point que l'on n'assiste pas à une évocation mais à une véritable confrontation des temps dont la figure féminine sort fragilement indemne, comme magnifiée.

Les premières pages semblent se rattacher à l'origine même du cycle, à l'archétype fréquemment mentionné, dont plusieurs versions se réclament - qui ne sont que des épilogues.
L'immobilité sur la crête n'atteste que l'inexistence de toute temporalité. Faire un seul geste serait faillir. Serait reporter encore ce qui vient, dépasse déjà la ligne, sourd par intervalles dans la grant hautece, dans la Teneur - et nous l'avons vu plusieurs fois, lu avant d'ouvrir les yeux, avant la date de toute composition, d'arrivée dans l'état, sa perception primale variations de lumière au sol, jusqu'à l'horizon, puis la base, ses points dans une comparaison sans références, limpide par contamination

Par sa forme surprenante, son dépouillement, son refus du lyrisme, du Moi, de leffusion romantique, ainsi que par ses constants courts-circuits de langue, cette écriture polyphonique est faite de résonances et dinfrasons.
Il faut donc lire Hubin de bout en bout, enchaînant ses fragments avec juste les silences demandés, comme dans une partition musicale contemporaine. Ils disent une attente infinie.
Avec Tombées, le poème se fait plus long, mais lascèse de la démarche na pas varié dun iota par rapport aux précédents poèmes parus chez Corti depuis une quinzaine dannées. Cest dune prose poétique articulée sur léquilibre des pleins et des vides quil nous faut parler, dun texte à dire dun seul souffle, finalement traversé, troué de part en part, et dont les masses nexistent quen fonction des absences qui les révèlent.
...Dès lors, labsolu auquel vise cette quête ne peut se concevoir. Et cest une éthique, une hygiène quelle nous propose dans ce regard comme retourné sur le monde et dévoilant dans le même regard plusieurs perspectives, ouvrant des pistes dans la forêt du réel : lhygiène de lhumble et de la merveille, du fragile et du foudroyant.
Le Carnet et les Instants, n° 116, Eric Brogniet, février 2001

 
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