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Christoph Ransmayr, Dames & Messieurs sous les mers Une histoire en images d'après 7 planches photographiques en couleurs de Manfred Wakolbinger. Traduit de l'allemand (Autriche) par Nicole Taubes collection Merveilleux n°44 Merveilleux "Contemporains" Cet exercice de style éblouissant allie le fantastique poétique à l’humour avec les moyens linguistiques de l’essai, du document et va de la méditation philosophique à la parodie. L’ auteur propose ici comme thème celui de la métamorphose : les sept protagonistes, à double identité, y compris le narrateur (calmar), après avoir connu une vie terrestre humaine, vivent actuellement dans l’élément marin et entretiennent des relations qui ne sont pas sans rappeler celles que tout un chacun entretient dans la société humaine. Paradis ? Purgatoire ? Phase transitoire ? Comment suivre Christoph Ransmayr lorsqu’il nous présente un « calmar des récifs à grandes nageoires » (Des photos en attestant la merveilleuse réalité), qui fut gardien de musée dans une première vie. Mais pourquoi ne pourrait-on devenir calmar quand on sait que l’œuf de l’insecte se métamorphose en chenille, puis en nymphe et enfin en papillon, qui abandonne son destin terrestre inerte ou rampant pour la vie aérienne ? Les mythes de la métamorphose sont si profondément ancrés dans notre mémoire et notre imagination, depuis les origines de l’humanité, que, dès les premières lignes, nous croyons à ces destins, autant que nous avons cru à Narcisse, devenu fleur, à Io métamorphosée en vache. Nous y avons cru et voulons y croire encore : pour le plaisir. La condition de cette persuasion et de cette croyance naturelle sont, cela va de soi, l’efficacité de la forme, sa perfection. Et Christoph Ransmayr remplit magistralement cette condition.
Trois coeurs… je porte trois coeurs dans ma poitrine, mais que dis-je : dans ma tête ! Trois coeurs qui battent. S’il est vrai que quand j’enrage ou m’enthousiasme, ces trois coeurs ne battent pas plus fort qu’à l’ordinaire, non plus que je ne blêmis de peur ni ne rougis de confusion, je possède en revanche pour extérioriser mes états d’âme une riche palette de couleurs éclatantes qui tour à tour apparaissent et disparaissent sur ma peau et je peux même me rendre invisible en adoptant, en mimant les couleurs et les structures de mon environnement : par exemple celles du doux balancement d’un champ d’anémones de mer sous l’effet de courants légers, ou de l’ombre mouvante des crêtes des vagues sur les fonds sablonneux d’une lagune, ou encore du motif moucheté d’un récif hébergeant des bivalves… De surcroît même si d’éventuels envieux peuvent trouver cette affirmation un tantinet présomptueuse mon sang n’est pas rouge, il est bleu, d’un bleu sombre : je suis de sang bleu ! un sang, il est vrai, emprisonné dans le corps d’un calmar, plus précisément d’un calmar de récif à grandes nageoires. Et qui pourrait envier un calmar !
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![]() 96 pages 7 photos en couleurs 2010 978-2-7143-1017-0 19 € Collection Merveilleux N°44 |
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