La Cendrouse et autres contes du Jutland : un recueil de contes populaire du Danemark, collection Merveilleux, édition José Corti.
     (Danish folktales, AT international classification – see below –, study and story tellers life and picture.)     

    Voici donc enfin publié ce grand oublié des collectes de contes : Evald Tang Kristensen. À l’instar des célèbres frères Grimm, il s’est attaché à recueillir — dans le Jutland, au Danemark — des joyaux de littérature orale. Très proche de “ses” conteurs, qu’il connaît bien, le danois nous restitue, sans ajouter une virgule, la saveur de leurs histoires. Il illustre bien à sa manière que l’excellence, en matière littéraire, n’est pas seulement affaire de papier. De même qu’est reconnaissable la patte d’un auteur de génie, Kristensen nous fait entendre le ton unique d’un conteur singulier. On trouvera d’ailleurs leurs notices biographiques dans le dossier complémentaire. Pour la plupart, ce sont des démunis, des colporteurs, des journaliers, des vagabonds. Ils se déplacent de village en village faisant voyager leurs histoires. Jean Renaud s’est attaché à extraire du vaste corpus de quatre volumes établi par le danois, un choix, une sorte de collecte en second, où la plupart des genres sont représentés. On y trouvera bien sûr des contes merveilleux où la saveur nordique amène une touche tout à fait particulière à ces histoires universelles, de curieux contes facétieux dont les danois ont le secret, sans rien dire de ce frisson sacré qui parcourt le volume comme une preuve de plus, s’il en était besoin, qu’il a su se nicher au cœur du païen.




     
Ce volume contient :

     – 61 contes du Jutland choisis parmi les quatre volumes de la collecte danoise puis traduit par Jean Renaud
(plutôt que de donner la liste complète des 61 contes, voici la liste typologique du volume qui permettra aux curieux de reconnaître certains contes familier et aux folkloristes, soucieux de comparatisme, de retrouver certains contes-types repérés dans la classification internationale de Aarne et Thompson – AT –) : 

AT 300, La bête à sept têtes : L’oiseau Benjamin.
AT 301, Les princesses délivrées du monde souterrain : Les princesses délivrées.
AT 302, Le corps sans âme : Le cœur du Troll.
AT 311, Barbe-Bleue : Les sœurs dans la butte du Troll ; La barbe du Troll.
AT 313, La fuite magique : Le prince Couronne-d’or et la Demoiselle-aux-clés.
AT 330, Le diable et le maréchal ferrant : Le forgeron et le diable.
AT 361, L’intendant du diable (avec AT 475).
AT 400, L’homme à la recherche de son épouse disparue : Le château à l’est du soleil et au nord de la terre.
AT 402, La chatte blanche : Le château aux chats.
AT 425, La recherche de l’époux disparu (La Belle et la Bête) : La fiancée du loup
AT 432, L’oiseau bleu : Le prince malade.
AT 433, Le prince en serpent : Le serpent transformé.
AT 440, Le Roi-grenouille : La jeune fille et le crapaud.
AT 451, La petite fille qui cherche ses frères : La reine muette.
AT 475, Le chauffeur du diable : L’intendant du diable (avec AT 361).
AT 507A, La fiancée du monstre : Le garçon vert et les trois sorcières.
AT 510A, Cendrillon : La cendrouse, La vache rousse (en partie)
AT 510B, Peau-d’âne : La vache rousse ; la vache d’or.
AT 513, Les doués : Six parcourent le monde.
AT 516, Le fidèle serviteur : Le fidèle compagnon.
AT 554, Les animaux reconnaissants : La truie ensorcelée.
AT 562, La lumière bleue : Le petit troll rouge.
AT 565, Le moulin magique : Le moulin au fond de la mer.
AT 570, Le troupeau de lapins : Jesper, le gardeur de lièvres.
AT 591, La marmite voleuse : La marmite qui trotte.
AT 613, Les deux voyageurs : Les trois corbeaux du gibet.
AT 650, Jean le Fort : Poupon.
AT 667, L’esprit de la forêt : La fille du troll.
AT 675, Le garçon paresseux : Les souhaits du paresseux.
AT 700, Tom Thumb : Le petit Tolle.
AT 705, Né d’un poisson : Le prince et l’enfant-tigresse.
AT 707, L’oiseau de vérité : La belle jeune fille et les coupes claires (avec AT 709).
AT 708, L’enfant merveilleux : Prodige.
AT 709, Blanche-Neige : La belle jeune fille et les coupes claires (avec AT 707).
AT 720, Ma mère m’a tué, mon père m’a mangé : Le chant du petit oiseau.




     Le conte est-il un moyen de fuir l'action en se réfugiant dans l'imaginaire? Plutôt que de fomenter une révolte, on rêve que l'on dérobe à l'ogre son cheval d'or et sa lanterne de lune. Mais voler le cheval d'or, n'est-ce pas ôter aux puissants leur pouvoir - qui ne serait plus alors qu'une illusion ?
     On se dit que l'humanité tout entière rêve dans la même direction. Barbe-Bleue passe pour être inspiré par Gilles de Rais, mais on le retrouve en troll au fin fond du Danemark. C'est que les origines de ces archétypes se perdent dans la nuit des temps.
     Cette uniformité du rêve est telle, que les folkloristes Anti Aarne et Stith Thompson ont établi, à la fin du XIXe siècle, une classification internationale, qui s'applique aux contes et légendes du monde entier. Elle sert aujourd'hui encore de base aux folkloristes, même s'ils utilisent aussi d'autres méthodes. Tous les contes contenus dans ces deux volumes sont ainsi classés, ce qui permet, partant des visages uniques et typés des conteurs pour arriver à l'universel, de saisir à quel point les théories racistes sont anti-scientifiques et mensongères. Il y a là une preuve aussi forte que les preuves biologiques, et elle est enclose dans des livres.
     Nicole Casanova, La Quinzaine littéraire, 1/15 février 2000.



   



Traduit par
Jean Renaud
416 pages
1999
ISBN : 2-7143-0698-5
135 F

Collection Merveilleux
N°9

Photos des conteurs
dans le dossier complémentaire.