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Bürger, Les Aventures du baron de Münchhausen.
Collection Merveilleux N°2, Corti, 1998.
Karl Friedrich Hiéronymus, baron de Münchhausen, a bel et bien existé (1720-1797). Officier allemand à la solde des Russes, il combattit les Turcs en 1740. Certainement nostalgique de ses exploits, il samusa à les raconter avec force dithyrambes à ses amis.
La faconde du baron serait certainement morte avec lui si un premier écrivain Rudolph Erich Raspe navait recueilli puis ordonné tous ces récits publiés en anglais en 1785. Cest ensuite à lécrivain allemand Gottfried Bürger quon doit, plus quune traduction, un remaniement de ces histoires. Elles paraissent en 1786.
À la faveur dun style qui jongle avec la satire, ségare dans le truculent et frise même la veine poétique, Bürger a donné au héros pittoresque une personnalité littéraire que na pas démentie la postérité (jusquau grand écran).
Si certains thèmes retranscrits ou rajoutés par lauteur appartiennent à limaginaire collectif qui le précède depuis lantiquité (comme, entre autres, LHistoire véritable de Lucien ou le conte des Trois doués), la figure du héros se sauvant dun marécage en se tirant les cheveux, attachant son cheval à ce quil croit être un tronc darbre mais qui se révèle un clocher, risquant sa vie pour une bouteille de vin, découvrant le crâne ouvert dun buveur invétéré, etc., na pris les traits que du seul Münchhausen.
La traduction de Théophile Gautier na pas une ride. Il lui manquait néanmoins omission certainement volontaire pour ne pas choquer ses contemporains lépisode de lautre moitié du cheval coupé en deux et dimportants détails relatifs à la naissance probable dun partisan qui prit la parole en labsence du baron. On les trouvera ici. En dire plus serait les déflorer.

Bürger

Jentrepris mon voyage en Russie au milieu de lhiver, ayant fait ce raisonnement judicieux que, par le froid et la neige, les routes du nord de lAllemagne, de la Pologne, de la Courlande et de la Livonie, qui, selon les descriptions des voyageurs, sont plus impraticables encore que le chemin du temple de la vertu, devraient enfin saméliorer sans que laide gouvernementale ne soit trop élevée. Je voyageais à cheval, ce qui est assurément le plus agréable mode de transport, pourvu toutefois que le cavalier et la bête soient bons : de cette façon, on nest pas exposé à avoir daffaires dhonneur avec quelque honnête maître de poste allemand, ni forcé de séjourner devant chaque cabaret, à la merci dun postillon altéré. Jétais légèrement vêtu, ce dont je me trouvai assez mal à mesure que javançais vers le nord-est.
Représentez-vous maintenant, par ce temps âpre, sous ce rude climat, un pauvre vieillard gisant sur le bord désolé dune route de Pologne, exposé à un vent glacial, ayant à peine de quoi couvrir sa nudité.
Laspect de ce pauvre homme me navra lâme ; et, quoiquil fît un froid à me geler le cur dans la poitrine, je lui jetai mon manteau. Au même instant, une voix retentit dans le ciel, et, me louant de ma miséricorde, me cria : Le diable memporte, mon fils, si cette bonne action reste sans récompense.
Jen restai là de cette affaire et continuai mon voyage jusquà ce que la nuit et les ténèbres me surprissent. Aucun signe, aucun bruit qui mindiquât la présence dun village : le pays tout entier était enseveli sous la neige, et je ne savais pas la route.
Harassé, nen pouvant plus, je me décidai à descendre de cheval ; jattachai ma bête à une sorte de pointe darbre qui surgissait de la neige. Je plaçai, par prudence, un de mes pistolets sous mon bras, et je métendis sur la neige. Je fis un si bon somme, que lorsque je rouvris les yeux il faisait grand jour. Quel fut mon étonnement, lorsque je maperçus que je me trouvais au milieu dun village, dans le cimetière. Au premier moment, je ne vis point mon cheval, quand, après quelques instants, jentendis hennir au-dessus de moi. Je levai la tête, et je pus me convaincre que ma bête était suspendue au coq du clocher. Je me rendis immédiatement compte de ce singulier événement : javais trouvé le village entièrement recouvert par la neige ; pendant la nuit, le temps sétait subitement adouci, et, tandis que je dormais, la neige, en fondant, mavait descendu tout doucement jusque sur le sol ; ce que, dans lobscurité, javais pris pour une pointe darbre, nétait autre chose que le coq du clocher. Sans membarrasser davantage, je pris un de mes pistolets, je visai la bride, je rentrai heureusement par ce moyen en possession de mon cheval, et poursuivis mon voyage.


Si tout un chacun connaît, et souvent sans même les avoir lues, les Aventures du Baron de Münchhausen, et leur publication offre au fil des pages le plaisir délicieux du déjà-vu, on ignore presque toujours son auteur, tant la figure du Baron semble appartenir au fonds immémorial des menteurs et hâbleurs. Sans entrer dans le détail de la génèse et des avatars de cette figure qui a bel et bien existé, il vaut la peine de noter que son inventeur allemand, Gottfried August Bürger, connu de toute lEurope pour ses ballades, appartenait au cercle de Georg Christoph Lichtenberg. Comment ne pas rêver que les aventures du vrai Baron, avant de connaître leur forme définitive, furent, au cours de soirées copieusement arrosées, réinventées et amplifiées et que lauteur des Aphorismes mit la main à certains des épisodes les plus absurdes.
Patrick Cassou, Le Mensuel littéraire et poétique, n°264
Les Aventures du baron de Münchhausen nont pas inspiré pour rien quelques cinéastes, de Georges Méliès à Terry Gilliam ou une copie française du nom de Monsieur de Crac. Pourquoi donc cette fantaisie débridée tient-elle si bien la route et délivre-t-elle du plaisir à chaque page ? (...) Dense, le texte est dautant plus agréable quil ne se passe pas un seul instant sans que survienne le plus inattendu. Cest un festival, un feu dartifice. Et on se réjouit den trouver dautres dans cette nouvelle collection.
Pierre Maury, Le Soir, 20 janvier 1999.
Le troisième volume de cette jolie collection Merveilleux la réédition, dans la traduction de Théophile Gautier fils, des Aventures du Baron de Münchhausen illustre avec faste la section des voyages imaginaires.
Jacques Baudou, Le Monde, 25 septembre 1998.
Un bon conseil : ne laissez pas filer sur son boulet de canon ce Tartarin dOutre-Rhin, il vaut le détour.
Inter CDI, Janvier/Février 1999.
Si votre enfance a été privée de lincroyable livre de G.A.Bürger, il est enfin temps de combler ce manque grâce à cette publication des Aventures du baron de Münchhausen dans une nouvelle collection Merveilleux que lancent les éditions José Corti. Les récits du plus fameux mythomane de la littérature du 18e siècle sont succulents de drôlerie et ses délires fricotent avec lhystérie hallucinée dun Tex Avery au mieux de sa forme. Les histoires nont pas pris une ride et font comprendre au lecteur daujourdhui linfluence dun tel personnage, un pur déjanté, dans luvre, par exemple, dItalo Calvino.À votre tour, priez donc pour que le Baron vous bourre le crâne de sa folie contagieuse. Irrésistible ! Avec, en prime, les illustrations de Gustave Doré.
Philippe Fusaro, Polystyrène, octobre 1998.
Pour beaucoup, Münchausen demeure un personnage de pure fiction vivant des aventures invraisemblables. Durant sa campagne contre les Turcs, le truculent baron voyage sur un boulet de canon afin d'enfoncer les lignes ennemies, quand il ne rejoint pas la Lune de la même manière
Mondain, reçu dans les cénacles de la bonne société de Hanovre, Münchausen divertit ses hôtes par son don d'éloquence, ce remarquable talent de conteur où il met en scène ses aventures picaresques, guerroyant tantôt contre les musulmans ou bien chassant des bêtes, ô combien féroces, dans les steppes glacées du nord de l'Europe.
Contribuant à sa légende dorée, les gazettes anglaises et françaises se font l'écho de ses exploits. Outre-manche, ce polyglotte parlant l'allemand, l'anglais et le français est perçu comme un scientifique de renom doublé d'un aventurier
Et c'est grâce à la littérature que le singulier baron va être rattrapé de son vivant par la légende, devenant un héros populaire du patrimoine germanique au même titre que le Petit Poucet des frères Grimm.
Bientôt pourtant, quoique mythomane, celui que ses contemporains surnomment « le baron du mensonge » se rebelle contre ces histoires par trop abracadabrantes dont il ne reconnaît aucunement la paternité ! il devient un vieillard aigri et méfiant
Ayant contracté la fièvre typhoïde, Hieronymus meurt trois ans plus tard. Mais sa vie tumultueuse a depuis longtemps déjà rejoint la légende
Point de vue, mai 2002, Gilles Jacques

 
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