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Jean Cohen : Théorie de la poéticité.
Jean Cohen, professeur à la Sorbonne, célèbre pour sa Structure du langage poétique ("Champs", Flammarion) a travaillé avant de disparaître en 1994 à cette Théorie de la poéticité qui prolonge et amplifie son uvre.
Si le trait pertinent de la différence poésie non-poésie est la figuralité, définie dans son premier livre comme système décarts, Jean Cohen sinterroge : quelle est la fonction de cette négativité figurale ?
Seul le sens est ici en question. La poésie était claire aux temps classiques. Elle sobscurcit avec le romantisme pour devenir hermétique aujourdhui. Mais elle nest telle que si lon y cherche une intelligibilité de type noétique, seule acceptée par la culture occidentale. Or, de la manuvre figurale surgit un sens transfiguré qui transcende lordre du concept. Il est ici nommé : pathétique.
Reste à mettre à jour les mécanismes de transmutation du noétique en pathétique. Cest le principe dopposition saussurien qui est désormais en question. Car la présence de lopposé, en même temps quelle clarifie le sens, le neutralise, alors que son absence, en lobscurcissant, actualise sa charge pathétique virtuelle. Dès lors, la phrase déviante na pas dopposé, la poésie na pas ce contraire.
Tel est le premier temps dun processus qui en comporte deux. Dans le second, le texte devra accorder les significations de ses termes en une unité ou cohérence appelée isopathie.
Mais la différence prose/poésie ne se borne pas au domaine linguistique. Le langage nest tel que parce quil renvoie au monde. Et s il est deux langages, cest parce que chacun est le mode dexpression de deux visions du monde, dont lune, la vision ou conscience poétique, a seule le privilège de rendre aux choses et aux êtres leur puissance démotion originelle.
On le voit, cette théorie nest pas une stylistique de lécart. Puisque lécart na pas sa fin en lui-même. Il nest là que pour disparaître et laisser la place à la poésie.
La proposition théorique de Jean Cohen s'inscrit dans la tradition critique de la poésie considérée comme "concept". Il s'agit pour l'auteur de mettre à jour les "invariants" d'un genre. Mesurer l'écart de postures individuelles, pour dire le lieu de transcendance où se rejoignent les poètes, conditionne ainsi deux orientations théoriques - le pathétique et son contraire, l'isopathie. Cette première étape de travail, qui rend à ce genre sa "puissance d'émotion originelle", ouvre un espace autre au lieu poétique.
Table des matières
Chapitre I : Le principe de négation
Chapitre II : La totalisation
Chapitre III : La signification poétique
Chapitre IV : Neutralisation et dé-neutralisation
Chapitre V : Le texte
Chapitre VI : Le monde

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