Jacques Henriot, Sous couleur de jouer.
     La métaphore ludique


     
Sous couleur de jouer : la formule est de Claude Lévi-Strauss. Elle donne à croire que la conduite ludique dissimule sa véritable essence. Que fait celui dont on dit qu’il joue ?
     Au départ de ce livre, il y a le refus de prendre le jeu pour quelque chose qui va de soi, pour une manière d’être et de faire immédiatement abordable et déchiffrable : l’intention de le considérer plutôt comme une attitude mentale, une aventure intérieure presque impossible à saisir, que l’on ne parvient à identifier, à désigner, à décrire qu’au moyen de mots. Nul ne se comprend, ne se fait comprendre qu’en passant par des façons de dire (et de penser) tirées de l’expérience commune.
     La Psyché de Pierre Corneille, dans son trouble, découvre cette évidence :
     Et je dirais que je vous aime,
     Seigneur, si je savais ce que c’est que d’aimer.
     
Ainsi, le joueur ne peut dire qu’il joue, ne peut dire s’il joue – et d’abord ne peut jouer qu’à la condition de savoir ce que c’est que le jeu.
     Rencontrée en cet étrange détour, l’idée de Jeu relève plus d’une approche anthropologique que d’une élucidation d’ordre psychologique. Quand on s’attache à traiter de l’indicible, ne convient-il pas, au moins pour commencer, de prêter attention à ce qui s’en dit ?

Ce volume contient :

DÉCOUVERTE DU JEU

CHAPITRE PREMIER : LE JEU TEL QU'ON EN PARLE
Soit un jeu
Le jeu à un point nommé
Petite contribution à l'histoire du jeu
Un monde où l'on joue chaque jour davantage
Un monde où il est de plus en plus question de jeu
Des jeux qui osent dire leur nom
"Jouer le jeu"
"Jouer durement"
Homologie de structure
Jeu et apprentissage
Limites à l'extension du concept

CHAPITRE DEUX : RELATIVITÉ DU RELATIVISME
Le relativisme historique et sociologique
Limites du relativisme
Mots de jeu
De la possibilité d'une approche transculturelle du phénomène ludique

CHAPITRE TROIS : UNE CHOSE NOMMÉE JEU
Métaphore première
Ce qui est en question quand il est question de jeu
Il n'y a pas de matériel qui soit en lui-même et par lui-même ludique
Il n'y a pas de structure qui soit en elle-même et par elle-même ludique

CHAPITRE QUATRE : DU JEU QUI VIENT A L'IDEE
Introduction
Le jeu n'est pas une forme de comportement
Le jeu n'est pas une forme d'expérience vécue
L'imaginaire en acte

PENSÉE DU JEU

CHAPITRE PREMIER : EXÉGÈSE DU LIEU COMMUN

I À la recherche d'une définition
1. Définitions circulaires (tautologiques)
2. Définitions analytiques (descriptives)
3. Définitions génétiques (explicatives)

II De quelques idées reçues
1. Plaisir
2. Gratuité
3. Liberté

III De quelques antinomies traditionnelles
1. Jeu et vie courante
2. Jeu et travail
3. Jeu et sérieux
4. Jeu et réalité

CHAPITRE DEUX : ELEMENTS POUR UNE DEFINITION

Introduction

I Un thème arbitraire

Le procès de jeu
Jeu, rêve, rêverie
De l'arbitraire du thème
De l'arbitraire des règles
Un impératif hypothétique
L'autre hypothèse

II Des schèmes aléatoires
Exercice du possible
Incertitude
Hasard
Solitude
Probabilités
Probable et possible
Risque

III Un procès métaphorique
1. On ne joue jamais qu'avec de l'absence
2. C'est en poète que l'homme joue
3. Jeu d'être

IV L'hypothèse ludique

320 pages
1989
ISBN : 2-7143-0325-0
140 F