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Anne Ubersfeld, Le Roi et le bouffon, essai sur le théâtre de Victor Hugo, éditions José Corti. Édition José Corti. José Corti
Édité pour la première fois en 1974, cet essai sur le théâtre de Victor Hugo fit date. Plus de 25 années après, et avant le bicentenaire de lune nos gloires nationales, Anne Ubersfeld nous en propose une version revue.
Même si, intellectuellement, Victor Hugo remporta la bataille dHernani, son théâtre fut un échec renouvelé ce quétudie la première partie consacrée à la genèse des drames et à leur accueil par la critique et le public. Hugo, tout arriviste quil soit, refuse de flatter, tour à tour lélite et le grand public. Il sefforcera de créer un nouveau public qui serait un et populaire, en donnant la même année une pièce à la Porte Saint-Martin et lautre à la Comédie Française, déjà subventionnée.
Les drames de Hugo ont été approuvés ou condamnés (surtout condamnés) en fonction dune idéologie qui nétait pas la sienne ou, plus exactement, pas la leur. Ce que ses ennemis ne peuvent pas lui pardonner et ce que ses amis ne peuvent pas comprendre, cest une subversion de plus en plus affirmée de lécriture dramatique, cest linvention dun code qui nest ni celui de la tragédie, ni celui du drame bourgeois, ni celui du mélodrame : lutilisation simultanée du sublime et du grotesque. Si le théâtre de Hugo ne fut pas de son temps, cest pour quatre raisons essentielles :
Le poète se détache du je lyrique ;
Il fait parler le je grotesque ;
Ce je étant théoriquement inapte à la parole, la parole du grotesque-peuple finit par nêtre plus parole de personne ;
Cette mise en question du sujet entraîne la destruction simultanée du je et de lautre. Si notre temps laccepte, cest par linacceptable cruauté de Hugo, proclamant la légitimité de la revendication du monstre et lanéantissement mutuel du bourreau et de la victime.
PREMIÈRE PARTIE
Introduction 7
I. 1830
A) Retour au théâtre
Le moi fracturé. La faille de lhistoire. La blessure du moi et le drame personnel. Fatalité individuelle, fatalité historique. Une pause : roman ou drame ? Notre-Dame de Paris.
B) La courtisane et le roi décapité : projets
La Mariposa, personnage. Sabina Muchental. Gennaro. La Mariposa (Histoire de Don Pantaleon Sá). Lenfance de Pierre le Cruel. Philippe II. La mort du roi : Louis XI. Charles Ier. Justification de Bonaparte (la mort du duc dEnghien). Le masque de fer. Néron, tragédie romaine. Projets abandonnés.
II. HUGO ET LE THÉÂTRE : 1830-1831
A) Hugo et les théâtres dans lété 1830
Les théâtres et leur public : Théâre Français, Odéon, Porte Saint-Martin. Lirritante question de la subvention. Décadence des subventionnés. La censure.
B) Marion de Lorme et le choix dune scène
Adieux à la Comédie. Avoir un théâtre : reprendre les Français ? Le projet de Dumas et de Hugo, son échec. La Porte Saint-Martin, tractations et traité : Hugo se lie à ce théâtre.
C) Une épreuve : Marion de Lorme à la scène
Marion jouée : mise en scène et distribution. Didier pardonne : Hugo écrit un nouveau dénouement. La représentation : public, interprétation, recettes. La presse les critiques se réservent : incertitudes, partage non politique de lopinion. Passions et passion. Marion et lhistoire : hésitation de la presse. Le rire et la mort : le grotesque. On oppose à Hugo le grand siècle. Hugo nest pas fait pour le théâtre ; larticle de Nodier. On voit naître les grandes accusations encore peu assurées delles-mêmes.
III. LANNÉE 1832
A) Le double projet de 1832.
La Préface de Marion. Guizot et lÉloge de Shakespeare : une poétique paternaliste : le théâtre et le peuple ; civiliser le peuple ; peuple et nation : une confusion générale. « Le peuple que le théâtre civilise » : la thèse de Hugo, ses rapports avec celle de Guizot ; changement de lieu du peuple ; contre un théâtre politique ; défense et illustration dune idéologie ; celle de Guizot ? quelque différences à la base. « Le peuple où tout va », le peuple destinataire ; quest-ce que le peuple pour Hugo ? Comment faire exister le peuple ? Les solutions ; le double projet : investir le théâtre par le moyen des deux grandes scènes et par une sorte de travail croisé.
B) Juana ou le repaire de la Guérilla
Un drame moderne. La Tor Quemada. Adieux à Napoléon : lhistoire irréconciliable ; pas de drame un.
C) Le roi samuse
Genèse : richesse des renseignements génétiques. Le Jocrisse et Corcova. Encore la Mariposa II. Le drame paternel : Lessing, Emilia Galotti. Premiers fragments : Corcova (printemps 1830). Notre-Dame de Paris et Quasimodo. Rabelais et Triboulet : le Tiers Livre. Scarron. Les Deux Fous de P. Lacroix ; Le Roi et le Fou ; un seul bouffon concentration et aspect passionnel ; transformation de la structure en miroir. Lectures de Hugo. Lavant-texte. La révélation. Maguelonne. La décapitation : brouillon de la tirade de Saint-Vallier. Hugo écrit le Roi samuse. Le Roi samuse au Théâtre Français. Le contrat. Ligier pleure, Bocage sen va : distribution, décors, costumes. Le grand Coësre et le bey de Titeri. La représentation. Le manuscrit de théâtre : lauto-censure de Hugo après la première. Caliban : Le Roi samuse et la presse. La critique dans la réprobation ; les bienséances. Le grotesque : le bouffon ; Rolle dans le National analyse le rôle du laid : Caliban ; la double nature ; le grotesque populaire : la trivialité ; Hugo et la matière toute pure que Hugo renonce au théâtre ! Une provocation : acharnement général ; le drame de Hugo est tenu pour provocateur.
D) Une bataille perdue : le procès du roi samuse
La pièce interdite : suspension, interdiction ; Hugo intente un procès à la Comédie, pour lutter indirectement contre la censure ; la presse libérale obligée de le soutenir. La pudeur des gendarmes : la Préface du Roi samuse. Le procès : un avocat libéral. La thèse de Hugo ; il veut Odilon Barrot pour avocat. Laudience : plaidoirie dOdilon Barrot. La plaidoirie de Hugo : la liberté accuse. La réponse de Chaix dEst-Ange, avocat du ministère, présentant la défense de la censure préventive et soutenant la légalité de linterdiction. Le jugement : le tribunal se déclare incompétent. Fortune du Roi samuse : cinquante ans après.
E) Lucrèce Borgia
Genèse : Ma vie est en deux parts : Avant-texte et brouillons. La peste Borgia : Sources historiques : Comines ; Brantôme ; Sismondi ; Guichardin ; Alexandre Gordon (la Vie du Pape Alexandre VI). La Tour de Nesle : Lucrèce Borgia, réécriture. La Gaule poétique de Marchangy, fausse source ? Portrait dun monstre : la Vie de César Borgia, de Tomasi. Le duo damour et son effacement : lécriture de Lucrèce ; rapidité relative : les tranches quotidiennes du 8 au 20 juillet. Ajouts et modifications : le problème capital du dénouement et les additions ultérieures.
Un triomphe
Lucrèce aux Boulevards : tractations avec la Porte Saint-Martin. Le traité. Monstres sacrés : Georges et Frédérick. Mise en scène : distribution, décors, Hugo metteur en scène. Une revanche : triomphe de Lucrèce.
Accueil nuancé
Succès : la presse le constate ; Hugo a) est devenu classique ; b) a écrit un mélo. Critiques modérées : Hugo sest assoupli (mais ce nest pas encore suffisant). Laction dramatique : en général éloges. Le monstre : réticences devant le monstre Lucrèce ; violence et immoralité. Mélodrame : Lucrèce est un mélo pour la Porte Saint-Martin. Gustave Planche et lidéologie libérale : la poétique de Hugo est une poétique matérielle ; elle occupe la vue, non lâme.
IV. Un point daboutissement : Marie Tudor
Genèse : Un conflit. Un texte de commande ; la querelle avec Harel : un duel manqué ; Hugo promet une pièce. Origine de Marie Tudor : une documentation déjà ancienne que Hugo rafraîchit. La reine et le favori : documentation historique : une longue liste empruntée au catalogue de la Bibliothèque Royale ; louvrage de base : Griffet, Nouveaux éclaircissements sur lhistoire de Marie ; Le Livre, dAntonio Perez, met laccent sur la chute du favori. Date de ces lectures : vers 1829 (la Mariposa II ?) ; liens avec le projet Philippe II. Amy Robsart ; Christine. Hugo récrit Hugo : Marie Tudor, réécriture de textes antérieurs ; politisation par rapport aux drames antérieurs. Comédiens : Marie Tudor est-elle écrite pour Juliette ?
Hugo écrit marie tudor
Les deux versions du 1er acte : entrée en scène de lhistoire. Décapitation du double : les deux dénouements. Madame Pochet et les corps sans tête : quelques aménagements pour la scène.
Une bataille interne
Le nerf de la guerre : le traité et ses modifications. Hugo veut des reprises de ses pièces, il veut aussi des décors somptueux ; marchandages ; un nouveau contrat. Bocage contre Hugo : Distribution : le cas Chilly ; les intrigues Bocage-Harel-Dumas ; attaques contre Juliette ; le drame Bocage. Le pavé de lours : larticle de Granier de Cassagnac et les attaques contre Dumas ; la défense de Hugo ; brouille. Le bourreau : dernières hésitations. Hugo metteur en scène : la distribution définitive ; les notes de répétition. En un combat douteux : la représentation ; pas de liste dinvités ; la jeunesse romantique ; une bataille à lissue incertaine ; linterprétation : à part Mlle Georges, tout le monde assez faible, Juliette désastreuse.
Drame bourgeois contre marie tudor
Laccueil : Hugo organise la contre-offensive à laide de la petite presse littéraire : Europe Littéraire et Vert-Vert. Violence des réactions : Hugo intéresse, mais il nest pas un homme de théâtre. Viol du public. Plagiat. Mélodrame. La trivialité. Hugo révolutionnaire ? Oui pour lÉcho de la Jeune France, non pour la Tribune. Hugo et lart matérialiste. Hugo et le drame bourgeois.
V. VERS UN COMPROMIS
A) Le roi et le bouffon : De madame louis xiv à maglia
1) 1834 Lassaut de la critique. Hugo décadent. La campagne de lÉcho de la Jeune France : Hugo et sa « mission de désorganisation ». Le National. Les campagnes simultanées de la Revue des Deux Mondes et de la Revue de Paris ; Planche et Nisard ; lintervention de Jules Janin. G. Planche et la beauté classique. Lettre à M. Victor Hugo. Dun poète nommé Lucain. Nisard et les Poètes latins de la Décadence : classicisme et décadence ; Racine et Hugo. Lami fidéle : Sainte-Beuve et la rupture avec Hugo ; lEurope Littéraire. Dun poète nommé Saint-Amant : la réponse de Gautier dans la France Littéraire.
2) Madame Louis XIV. La perruque de Louis XIV : une réponse à la glorification de lâge classique ; le grotesque du XVIIe siècle ; lancien régime oppressif. Scarron et sa veuve : brindilles et fragments. Madame Louis XIV : le projet et son échec.
3) Maglia. De Tafalta et quelques autres. Maglia et son nom. La paraphrase de Maglia. Une crise.
B) Angelo, tyran de padoue
Genèse : Sabina Muchental ou lhomme entre deux femmes. Juliette écrit. Shakespeare et Musset : modèles littéraires : Voltaire (Zaïre) ; Shakespeare (Roméo et Juliette, Othello, Mesure pour Mesure) ; Musset (André del Sarto) ; Dumas (Teresa, La Vénitienne). LItalie et la documentation historique : Amelot et Daru. Mars et Dorval : retour à la Comédie. La présence de Dorval.
Le drame dénaturé
Le travail régulier de lécriture ; un drame resserré et classique ; le travail aux répétitions ; la suppression du bouge dHomodei : un compromis.
La pièce jouée
Un bon contrat. Répétitions : conflit avec Mlle Mars. Comment on fait un succès : la représentation, applaudissements, réussite financière. Le compromis : le texte et ses concessions ; provocations réduites.
Angelo et la presse
La critique se répète : attaques du Courrier des Théâtres. Les reproches habituels, cette fois plus modérés : monotonie et manque doriginalité, amour du décor, trivialité du langage ; les défenseurs de Hugo : Granier dans la Revue de Paris, Gautier dans le Monde dramatique : le fantastique. Pourquoi Janin na pas fait darticle favorable.
C) Le conflit avec la comédie française
Premiers démêlés
Angelo et Don Juan dAutriche. Jouslin arrête les représentations dAngelo ; Hugo réclame les reprises dHernani et de Marion. La gestion de Védel. Censure littéraire. Quel théâtre peut accueillir Hugo ?
La crise
Situation de la Comédie ; lincident Volnys ; automne 1837: un échange de lettres entre Hugo et Védel ; la rupture.
Le procès
Premières passes darmes : les arguments de la Comédie limprovisation du poète. Une éclatante victoire : le jugement donne raison au poète sur tous les points. Le problème des recettes : Hugo a fait faire des bénéfices à la Comédie ; Hugo démasque la censure littéraire ». Le jugement en appel confirme toutes les thèses de Hugo. Les lendemains : fureur dune partie de la presse ; le Moniteur des Théâtres souligne le conflit du poète avec le public. Védel à Canossa.
VI. LE THÉÂTRE DE LA RENAISSANCE
A) Le théâtre de la renaissance
Réconciliation avec Dumas. Un second théâtre français ? Les promesses du duc dOrléans ; tractations : Hugo et Guizot, difficultés. Vers le premier privilège : drame romantique ou drame bourgeois ? Anténor Joly, futur directeur, fait jouer lopinion. Lettre au ministre de Hugo, Delavigne et Dumas réclamant louverture dun second théâtre français, avec subvention. Appétits et concurrence. La Comédie Française se défend. Le droit à la musique ? LOpéra-Comique le conteste. 4 novembre 1836 : signature du privilège. Réaction de la presse. Le second privilège : la réouverture de lOdéon remet en cause le premier privilège. Pétition des auteurs et compositeurs, le 22 juillet 1837. Joly obtient le droit à la musique. Le second privilège, septembre 1837 ; restrictions. Une naissance difficile : le problème du local ; conflit avec lOpéra-Comique ; Joly nobtient ni le titre de Théâtre Royal, ni la subvention. Manuvres darrière-garde. Le Théâtre de la Renaissance : la salle ; la troupe.
B) « Ruy blas », drame de la synthèse
Hugo en 1838. Le silence du poète : difficultés publiques, difficultés privées ; la vie personnelle, les amis. La mort dEugène.
Genèse : Le Jocrisse : maître et valet ; le canevas 632 ; le valet déguisé. Lhomme découronné : le texte du Victor Hugo Raconté ; le Journal dAdéle. Fusion décalée de deux schémas. La double mort de César de Bazan : Don César ; le mort-vivant et la double mort ; figure fraternelle ; le schéma complexe. Ruy Blas, un rébus biographique. Drame total et tragédie grotesque : le déchaînement de lintertextualité ; reprise des textes antérieurs. Une tragédie de lhistoire : une documentation énorme, ancienne, en couches successives ; la documentation de base ; dAulnoy, Vayrac, Louville. De lusage des documents : lamalgame ; ne pas particulariser lhistoire.
Une écriture facile
Un faux départ ; une rédaction aisée ; les brouillons du IVe acte.
« Ruy blas » joué
Distribution : Frédérick et Juliette, le rôle de la Reine ; difficultés pour Don César de Bazan. Hugo metteur en scène : les stalles ; la rampe ; un vrai travail de mise en scène. La représentation.
Un jugement sans appel
Les doctes ne veulent pas voir. Contradictions. Les ultras ne sont pas contents. La reine et le laquais : accusations politiques : offense à la majesté royale ; les libéraux dénoncent les sympathies démocratiques de Hugo. Le grotesque : trivialité et mise en question de la personne ; le vulgaire et le laid ; Hugo poète de la matière. Solitude et folie.
VII. LES JUMEAUX
Genèse :
Le mythe du Masque de fer : un prisonnier inconnu ;
Voltaire et la légende ; les Mémoires de Richelieu. Lexploitation littéraire ; la Prison de Vigny et ses rapports avec le texte de Hugo. La constellation de 1830 : le fatal, lindividu et lhistoire ; la Révolution ; Caïn. Le « creux dépressif», de 1830 ; reprise de la même constellation en 1839: les poèmes du printemps 1839. Détails historiques : Laporte, Mme de Motteville ; les Mémoires de la marquise de Créquy ; le nom de Ponthieu ; Mme de Sévigné et les noms des frondeurs. Les lieux et leurs problèmes, contradictions chronologiques. La Mazarinade de Scarron. Relais des Jumeaux : Madame Louis XIV et le dix-septième siècle ; Britannicus : Hugo veut-il écrire une anti-tragédie ? Calderón, la Vie est un Songe, modèle probable des Jumeaux.
Un relais : « Ruy blas »
Les habits dun autre. Lavant-texte : entre Ruy Blas et les Jumeaux. Dernières brindilles.
Le drame interrompu
Un délai. Hésitations dans lécriture. Linachèvement du IIIe acte : témoignages contradictoires ; la leçon du manuscrit. La fin des Jumeaux : une reconstitution possible à laide des canevas subsistants. Linterruption : maladie ; les théâtres ; la censure ; incertitudes : la question de lAcadémie. Où se dissout le drame : panique des personnages devant lhistoire, éclatement et réduction des éléments du drame ; lidentité perdue. Seule lanalyse de lécriture peut nous apporter des éléments plus concluants.
Louverture des jumeaux
La transparence autobiographique. Le grotesque et la pulvérisation du théâtre. Louverture sur les Burgraves.
Écriture et pratique du théâtre
1) Le projet hugolien dinvestissement de la scène ;
2) Hugo ne sinsère pas dans la pratique dramaturgique de ses contemporains il refuse la tragédie, le mélodrame, le drame bourgeois et contemporain ;
3) Un mode particulier de rédaction (du schéma à lécriture) ;
4) Le drame modifié par la pratique de la scène ;
5) La réception : les critiques opposent à Hugo un contre-discours idéologique ;
6) Lhistoire de cette lutte séclaire à la lumière dune analyse de lécriture des drames.
DEUXIÈME PARTIE
I. STRUCTURES : LES GRANDES UNITÉS
A) Le modèle actantiel
Syntaxe du drame hugolien schémas des pièces quelques conséquences incertitudes sur les actants. Le cas particulier des Burgraves. Limites.
B) Deux espaces dramaturgiques: la division A/B
Origine de la division A/B dédoublement A/non A Une détermination sans ambiguïté. Ouverture et fermeture: A fermé, B ouvert une ouverture à sens unique. Lisibilité immédiate du système A/B l'exemple de la première scène de Marion de Lorme. Lucrèce Borgia. Le mouvement dramatique : analyse des pièces. Schémas simples : Marion de Lorme Le Roi s'amuse Lucrèce Borgia Angelo Ruy Blas. Schémas complexes : Marie Tudor, Hernani (changement de sens), le cas particulier des Burgraves ; les Jumeaux, schéma inerte.
Inventaire de lespace A
Personnages A par nature, A par situation. a) Les maîtres de A : le Roi, le Ministre, les Seigneurs (personnage collectif Lexique (redoublement du langage par les éléments de la régie): l'Or, la Clé, le Blason. b) Instruments de A: le sbire, le bourreau, le bouffon Lexique : léchafaud, la hache. c) Otages de A: la Femme, mouche et araignée. d) Lieu A : le Palais-Prison, Fête et fermeture Lexique: la Fête nocturne et le Flambeau. Mots-clefs dans le théâtre et dans la poésie lyrique: l'exemple de Noces et Festins.
Inventaire de lespace B
Le héros B : le héros non-A et la conquête de l'espace B.
Le truand et sa position particulière : le « loup libre ».
Le lieu B: espace ouvert ou fissuré ; la réduction du lieu B.
C) Le système A/B.
Généralités. Lois du système dans la dramaturgie hugolienne : raideur et caractére littéraire du système ; problèmes posés ; les lois, leur caractère logique. Conséquences dramaturgiques.
Hugo et le drame romantique
Le système A/B et ses implications idéologiques asymétrique, non-diachronique. Le «contenu» de A : A à la fois lordre, le luxe et le mal, loppression. Lespace B : confusion des sèmes ; B et lidéologie de progrès ; refus de lintégration, négation du «progrès » ; la migration de la valeur : la valeur B en B reste inerte. Il est nécessaire dapprofondir les sèmes de B. Le bouffon nest bouffon que sil est chez le roi.
II. LE DRAME CARNAVALESQUE
A) Dune théorie du grotesque
Mikhaïl Bakhtine et la notion de Carnaval ; carnaval populaire, carnaval littéraire, écriture «dialogique». La Préface de Cromwell : la diachronie hugolienne du grotesque (et son parallélisme avec celle quétablit Bakhtine). Polysémie du grotesque : le rire, le fantastique, lhorreur, la mort ; la polysémie, racine du grotesque. Dramaturgie du Carnaval : liberté de lart et inversion des codes ; cassure du discours tragique ; cassure du discours historique ; inversion de laction, mise en question des actants ; mise en question du Je de lécrivain ; le paradoxe du théâtre : peut-il y avoir écriture dialogique à la scène ? Laffirmation du sublime et la prédominance du grotesque : le sublime et lunité perdue.
B) Le drame carnavalesque
Les actants. Le Je de lécrivain ne se dit dans le théâtre de Hugo, ni directement, ni indirectement. Le Je hugolien et son nom : la présence indirecte du nom : Jean. Le sujet : le sujet double, au départ polarisé ; le double nom du sujet, indice de sa double nature ; le sujet monstrueux et sa quête ; faiblesse du sujet ; faiblesse et fracture du sujet, au niveau de lhistoire ; dégradation du sujet historique du fait de son appartenance à un clan ; lexemple des Jumeaux, combinant toutes les formes daffaiblissement du suiet. Une dramaturgie du sujet volatilisé : le dévoilement progressif du sujet, laction liée à une crise du sujet, le désastre final. Le grotesque et le sujet : le rôle du bourreau. LObjet et son rapportavec le sujet : la réversibilité possible le rapport sujet-objet défini en fonction de la division intérieure du sujet ; échec du rapport et solitude du sujet. Adjuvant et opposant : ambivalence de leurs rôles ; ladjuvant destructeur et le traître-adjuvant ; évaporation du traître. Le Destinateur : le Grand Destinateur et lironie de la Providence, disposant laction pour le mal ; la prière inverse ; pas dintercesseur ; le creux de la fonction-destinateur et la place vide du personnage du père. LAction : Intronisation-Détronisation Analyse de laction des drames hugoliens en fonction de ce double mouvement. Chute du puissant. Carnaval : la double image de linversion de la puissance. Cromwell, premier exemple Marion de Lorme et Hernani en retrait par rapport à ce mouvement dramatique ; les fables de la décapitation ; Le Roi samuse ou la détronisation manquée ; Lucrèce Borgia et la parodie de la décapitation, présence du Carnaval-mort ; Marie Tudor et la détronisation du favori. Angelo, ou la détronisation «parlée» : le grotesque en retrait. Ruy Blas ou le Roi de Carnaval : carnavalisation de laction ; Les Jumeaux ou lescamotage du processus ; les Burgraves ou le passage du processus au sérieux. Inachèvement du processus carnavalesque. Le Carnaval et le Commandeur.
III. LÉCRITURE DES DRAMES
A) Une rhétorique : le roi samuse
1) Le code tragique et son inversion
Hugo accepte le code tragique : la tirade et lalexandrin ; importance de la tragédie historique en vers ; les discours. les grandes unités, et leur coïncidence avec les actes. Le personnage tragique et son inversion : constellations paradoxales division intérieure du sujet parole abusive distorsion de la psychologie tragique. Les trois unités et le jeu quelles autorisent : le jeu avec la durée ; « duplicité» et fissuration du lieu ; le lieu-cour des Miracles. Linversion de laction, le processus carnavalesque, et le déplacement du tragique. Le paradoxe du grotesque : absence de comique ou de parodie : la contestation du tragique est contestation sérieuse. Les scènes à micro-séquences : émiettement du dialogue et des personnages (acte I) ; les scènes contrapunctiques.
2) Le Discours dans le Roi samuse ou la Parole inutile
De quelques définitions. Le Discours et les actants. Importance du destinataire-spectateur. Discours et contexte.
Les discours
a) Le discours de Saint-Vallier. b) Le discours de Triboulet, Acte V, scène 1 ; le moi grotesque et lhistoire. c) Le second monologue de Triboulet, Acte V, scène 3. Quelques remarques pour conclure : exemples de discours de la dérision.
3) Décentrement du discours ou la dramaturgie de la vaine parole.
Discours redoublé par la régie Discours sans destinataire ; la question du public ; le discours-bouteille à la mer ; Qui parle ? le discours du mort, le discours du masque. Comment Hugo brouille la communication. Vacuité du contenu sémantique du discours. Inadéquation du discours au contexte. Dialogisme : la voix de lAutre. Contexte et superposition. Le comédien et le pluriel du texte. Discours et poétique dramatique. Raminagrobis et la souris ou le procès avorté. Le qui-perd-gagne du procès. Où laccusé court au-devant de la sentence, ou le plaidoyer se mue en accusation et laccusation en vaine provocation. La rhétorique de la souris devant le juge Rami- nagrobis. Caliban parle : lhomme du peuple parle lhistoire, sans avoir le droit ni le moyen de le faire ; inefficacité de la parole non étayée sur la puissance ; nommer lautre. La parole parlementaire : mise en péril du pouvoir de la parole ; la force des choses.
B) Du mélodrame au drame
Une poétique du Drame : Lucrèce Borgia
1) Mélodrame et tragédie. Structure, code actantiel, signification idéologique. Présence du mal ; la vertu bourgeoise dans le camp sadique du malheur ; évacuation du mal social. Politique du mélo. Lucrèce Borgia et le mélodrame : des actants de mélodrame ? Ficelles mélodramatiques. leur inversion : poison et reconnaissance. Éclatement du mélodrame. Lucrèce et le code tragique : tragédie familiale, tragédie des Grands concentration tragique.
2) La double structure : le sujet Gennaro et sa quête ; échec et structure itérative. Lucrèce, sujet monstrueux ; destruction du schéma mélodramatique ; Lucrèce, drame non-manichéen. Les actants : Gennaro, objet divisé ; les adjuvants-opposants. Absence du destinateur.
3) La fête : le Souper à Ferrare (Acte III, sc. 1) la fête : lectures possibles le référent sociologique ; introduction du Carnaval dans lespace aristocratique. Scène première de lacte III : 8 séquences ; le cas particulier de la séquence 7 et de sa réécriture pour la scène. La dispersion dramaturgique dans cette scène. La fête et lespace-temps carnavalesque ; éléments carnavalesques et espace-temps du carnaval, espace de la dérision ; les deux voix, tragique et dérision. La fonction poétique : mise en abyme ; le paradigme Borgia ; le double registre ; lambivalence. Lecture et lectures : drame hugolien et poétique de lécart.
IV. UNE SYMBOLIQUE DE LHISTOIRE
Une symbolique de lhistoire
Préliminaires : le saut symbolique ou le langage indirect. La Prétace de Ruy Blas ; la symbolisation propre à Hugo et les méthodes pour la lire ; difficultés.
A) Une dramaturgie de lobjet : régie et symbole
Quest-ce que lobjet au théâtre ? une classification possible. 1) Lobjet historiquement daté et son fonctionnement sur laxe métonymique ; lobjet relais du passé ; lobjet et la lisibilité des signes qui le constituent. 2) Les objets-clefs et la métaphorisation : leur petit nombre ; le double registre ; une combinatoire ; métaphorisation. 3) Retour à la métonymie : le double fonctionnement de lobjet et le double registre ; individu et société ; la tension historique.
B) Une symbolique du récit
Triangulation métaphorique de la fable ; mythes et récits : les trois grands schémas. 1) Le retour offensif du passé : sa signification et son renvoi à lhistoire. 2) La décapitation-castration : le texte du Rhin ; lancienneté du schéma ; son histoire chez Hugo et son rapport au moi ; Le Roi samuse ; Lucrèce Borgia ; Marie Tudor, miroir de la révolution de juillet. 3) Ruy Blas et le Mythe de Caïn : a) lhomme du peuple au pouvoir ; b) Caïn et le mal historique ; c) lillusion du rôle historique ; d) la mort de lhistoire. Analyse du Bon Appétit, Messieurs. 4) Les Jumeaux et le silence de Hugo.
CONCLUSION
Le théâtre en question
Hugo dramaturge aujourdhui. Un théâtre épique ; dramaturgie de la distance, dramaturgie de la violence. Le projet hugolien et sa destruction. Le Je du dramaturge et loccultation du sujet. Le discours de lÂne. Sade et la destruction. Traverser la profondeur. Le refus. Le moi de lInfini. La réponse de lautre. La Ménippée-Maglia ou le Roi et le Bouffon.
Appendice : Le Roi samuse, acte V, 1 et 3, Lucrèce Borgia, acte III, 1
Bibliographie
Index des noms propres
Index des uvres, titres, projets
Table

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