Jacques Bony, Le récit nervalien : une recherche des formes, éditions José Corti. Édition José Corti. José Corti

      
Ce volume contient :

   INTRODUCTION

Ambition de la thèse : rendre à Nerval un statut d'écrivain.
Absence, jusqu'à une date récente, d'études sur l'écrivain Nerval, occulté par le personnage du poète maudit.
Objet de l'étude : rapports de l'œuvre nervalienne avec la littérature de son temps, sur le plan des théories esthétiques et sur celui de la technique.
Méthodes. Diachronie et synchronie. Nécessité de reconstituer le contrat de lecture. Acquis de la critique formaliste, rejet de ses terminologies.
Nerval écrivain : une profession consciemment choisie et scrupuleusement exercée. Des idées esthétiques dispersées, mais souvent originales.
Carrière de Nerval et recherche des formes. Trois caractères : dialectique fragment/ensemble ; jeu sur les frontières des genres ; désir et crainte du "je" autobiographique.
Plan de l'ouvrage : étude par genres, dont Nerval s'emploie à briser les cadres.


PREMIERE PARTIE. LES ESSAIS ROMANESQUES

I. Situation du roman.
Entrée tardive dans la carrière du roman, production peu abondante, textes brefs ou inachevés.
Situation paradoxale du roman entre 1848 et 1850 : roi des genres et genre mal reconnu. Sensibilité de Nerval aux questions de poétique du roman.

II. Le roman historique.
Théories et pratiques.
Intérêt de Nerval pour l'histoire et le document durant toute sa carrière. Scott ou Dumas ? les choix pour Le Marquis de Fayolle.
Espace et temps : influence de Balzac, originalité de Nerval ; Paris/Province, vertus et vices des deux camps.
Roman familial et roman historique : l'explication de l'inachèvement. Concilier sens de l'histoire et retour au passé, le genre est devenu impossible.

III. Le roman épistolaire.
Attachement constant de Nerval à ce type de récit. Brièveté de l'œuvre et surabondance des manuscrits. Situation du roman épistolaire en 1842.
Problèmes posés par les manuscrits : lettres ou projet de roman ? Classement et désignation des textes, impossibilité d'établir une chronologie.
Le choix d'un type : des modèles ? Fonctions de l'encadrement des lettres d'Un roman à faire. L'originalité du petit roman nervalien : la monodie masculine. Etude du roman et de sa technique, comparaison avec l'ensemble formé par le manuscrit Marsan.
Le Roman tragique et le danger d'écrire sa propre histoire.
Les essais romanesques, révélateurs du mouvement qui pousse Nerval à se confesser et des barrières qu'il oppose à ce désir. Le roman peut-il être encore le lieu d'une effusion au milieu du siècle ? D'autres voies sont à chercher.


DEUXIEME PARTIE. LE CONTE ET LA NOUVELLE

I. Terminologie et chronologie.
Peut-on distinguer l'un de l'autre ? Historique des définitions, confusion moins grande au XIXe siècle qu'on ne le dit généralement. Nerval établit une distinction.
Le choix du récit bref : goût ou contraintes économiques ? Nerval absent de la période de "folie du conte". Incidence du voyage sur l'écriture des contes et nouvelles. Délimitation du corpus.


II. Les contes.
Un conte folklorique ? La Reine des poissons. Nerval et l'art populaire. Contes populaires et contes littéraires. Théories du conte au XIXe siècle et place de Nerval dans ce débat. Nerval critique des contes d'autrui. La Reine des poissons : origines folkloriques, modèles littéraires, projection de l'univers personnel de l'auteur : le rêve et la vie, la duplication du héros.
Les légendes orientales, mise en scène de la transmission orale et thèmes analogues dans ces deux légendes et dans le conte précédent : rêve et vie, couple élémentaire à constituer, cataclysme mythique, mythe fondateur.
La mise à distance du conte : facétie, fantaisie, fantastique (distinction avec le merveilleux moins radicale qu'aujourd'hui). Le Monstre vert : conte historique sur le vieux Paris qui disparaît ou affaire d'actualité ? Thèmes profonds et intentions satiriques dans cette pochade. Monstre vert et Main enchantée produits du désenchantement ?
La Main enchantée et l'esprit bousingo : satire de la justice et de la société. Eustache anti-héros. Importance du travail de Nerval : sources historiques et littéraires, unification autour du motif de la Main, interprétations psychanalytiques possibles.
Absence de la première personne dans le conte : position confortable du conteur, lieu privilégié pour exprimer ses obsessions.

III. Les nouvelles.
Corpus malaisé à délimiter. La conception de la nouvelle au XIXe siècle : la brièveté et ses avantages, la rigueur de la construction, Baudelaire et Goethe. Le type mériméen : un seul exemple, suspect, Emile. Les divagations hoffmanniennes et le goût d'"une forme absolue et précise".
Les théories allemandes (Goethe, Tieck) comme celles de Poe et Baudelaire : insistance sur le rapport fond/forme, l'une des constantes de l'esthétique nervalienne.
Retour de Nerval à la nouvelle en 1852 : Les Nuits d'octobre et le problème du réalisme. Attitude ambiguë, limites du réalisme nervalien, peinture d'un monde familier, jamais sordide.
Le familier et l'exceptionnel : l'influence de Poe. Nouvelles connues en 1852 ; fraternité de pensée : l'étrange considéré comme catégorie du réel, logique du bizarre perçue par l'homme supérieur. Utilisation esthétique de cette tension entre étrange et naturel, moteur des récits de Poe comme ceux de Nerval.

IV. Techniques de la nouvelle nervalienne.
L'énigme : Sylvie récit "policier" ? le narrateur-enquêteur sur "l'affaire Adrienne" et sur sa propre enfance.
Autre procédé renforçant l'étrangeté : la mise en abyme, chansons et références littéraires dans Sylvie, mythe et théâtre dans Pandora.
Le rôle structurant de l'espace, présence constante dans les incipit ; originalité des incipit nervaliens. Instabilité spatiale du narrateur. Les pôles spatiaux et leurs significations. La résolution des tensions spatiales.
Les rapports de l'espace et du temps : ruines, expansion du temps compensant la concentration de l'espace, répétitions ; confrontations et métamorphoses des lieux. Confrontation des points de vue et doute jeté sur la réalité : procédés stylistiques originaux.
Les personnages : importance attestée par les titres, mais consistance ? Le déséquilibre dû à la première personne n'explique pas tout. Absence du patronyme, anonymat du narrateur : moyen d'éliminer le père ? Rareté des conflits dans les nouvelles. Absence totale de la mère et, plus généralement de la famille. Peu de rapports des personnages entre eux en dehors de ceux qui les unissent au narrateur.
Personnages réduits au regard posé sur eux, importance du costume. Le langage, obstacle à la communication. Les personnages assimilés aux objets du décor, utilisés comme éléments de combinaisons. Intérêt de Nerval pour la combinatoire narrative. Vertige du lecteur devant combinaisons et transformations : modernité du récit nervalien.


TROISIEME PARTIE. LA CONQUETE DU "JE"

I. L'année pivotale.
Rôle essentiel de l'année 1850 ; fécondité et tournat dans l'évolution ; fin du journalisme, réflexion sur la réflexion artistique, trois récits qui posent le problème de l'emploi du "je" : biographie, récit de voyage, anti-roman.

II. L'autobiographie d'un autre.
Le genre de la biographie au XIXe siècle, les choix de Nerval : marginaux et excentriques. La réflexion sur la condition de l'homme de lettres, sur les rapports vie/littérature.
Les Confidences de Nicolas : une autobiographie transposée et recomposée à la troisième personne. L'"histoire d'une vie littéraire", événements et ouvrages, rapports avec la littérature du XIXe siècle. Les choix de Restif : pourquoi et comment se raconter.
L'interprétation de Nerval et sa recomposition d'une vie qu'il met en désordre : procédés romanesques et refus d'inventer un destin. Accent mis sur la création littéraire.

III. La recomposition du voyage.
Le genre du récit de voyage et l'emploi de la première personne ; l'usage de la lettre et la fragmentation du récit : un "je" peu compromettant. La conception du voyage nervalien fixée dès sa première lettre de voyage.
Les grands modèles et les goûts personnels de Nerval, originalité du narrateur. Influence du Rhin. La description nervalienne.
Le sens de Voyage en Orient avant et après 1850 : publications précédentes et Scènes de la vie orientale axées sur la recherche de la femme. Influences du Saint-Simonisme, quête de la femme et quête religieuse. Originalité des Nuits du Ramazan : absence d'aventures du narrateur-héros, déséquilibre en faveur de l'Histoire où se trouve reportée la question du couple mystique. L'adjonction des Nuits du Ramazan bouleverse le sens : le Voyage en Orient se terminera sur l'œuvre d'Adoniram et sur la fondation d'une lignée, non sur la conclusion d'une histoire d'amour du narrateur.

IV. L'anti-roman comme recherche.
Les Faux Saulniers : synthèse et rupture. Modèles et originalité, littérature et politique, arbitraire gouvernemental et arbitraire esthétique. Portrait du narrateur-voyageur en écrivain, adoption du "je", mais refus du regard rétrospectif.
Les digressions et leurs rapports : prédominance du livre. Jeu de variations sur les formes romanesques et les étapes du travail de l'auteur, lettres et feuilletons.
Les retrouvailles avec le Valois et les souvenirs, désir de se raconter réprimé une dernière fois par le morcellement du texte et le vagabondage : Les Faux Saulniers, forme même de l'hésitation.


QUATRIEME PARTIE. L'AUTOBIOGRAPHIE ?

I. Définitions et poétique.
Terme légitime pour Nerval, écarté des ouvrages modernes ? Il affirme pourtant son intention en 1854. Œuvres trop brèves ? argument insuffisant. Peut-on considérer l'ensemble des œuvres ultimes comme une autobiographie ?
Les définitions modernes et leur application à Nerval, discussion, bien-fondé des exigences retenues par les critiques. L'autobiographie au milieu du XIXe siècle : apparition du terme et justification ; emploi par Nerval. Vogue du roman personnel dans les années trente, des confidences dans les années cinquante. Accueil de la critique et attitude de Nerval.
Caractères et poétique : modèles, âge, mobiles, projet, épisodes obligés : naissance, parents, vocation. Chronologie. Originalité de Nerval.

II. Les récits de 1852.
Discontinuité recherchée : prose et vers, assemblages insolites, mais regard rétrospectif assumé. Recherche du sens d'une jeunesse, mise en parallèle de sa jeunesse, de la jeunesse de sa génération, de ses œuvres de jeunesse, de la jeunesse de la poésie française. Le nouveau personnage du narrateur/héros et ses problèmes : continuité autobiographique et crise, restriction du point de vue. Hasard ou destin ? problème posé en 1854-1855 par Promenades et Souvenirs.

III. Une autobiographie totale (Aurélia).
Le problème du genre et la genèse : étude médicale et récit d'événements, les problèmes épineux de la justification. Les "modèles" avoués et le nouveau projet autobiographique. Connaissance de soi et connaissance de l'univers. Comment transmettre l'expérience ? Comment donner un sens ?
Une écriture nouvelle : consécution et conséquence, logique imposée au lecteur, réel et rêve ; utilisation d'un narrateur intermédiaire ; variété des points de vue.

IV. Donner un sens à son existence ?
Le fragment et l'ensemble : Pandora + Aurélia ? Sylvie + Aurélia ? Le choix du statut indépendant pour Aurélia, la structure initiatique et le passage au mythe. La construction possible d'un ensemble.


CONCLUSION

Une vie littéraire au XIXe siècle. Vie et littérature mêlées. Lucidité de Nerval sur les choix ouverts à l'écrivain. Conquête du "je" ou enfermement dans le même cercle ? La mission de l'écrivain. L'invention d'un langage.
Les frontières des genres : prose et poésie, littérature et science. Modernité de l'écriture nervalienne : un Nouveau Récit, peinture de l'homme moderne et de ses déchirements.



448 pages
1990
ISBN : 2-7143-0391-9
160 F 24,39 Euros
Éditions José Corti