Charles Mauron, Psychocritique du genre comique : Aristophane, Plaute, Térence, Molière, éditions José Corti. Édition José Corti. José Corti
     
Ce volume contient :

CHAPITRE PREMIER. Introduction
Brève définition de la psychocritique. Sens donné ici aux mots " genre comique " : critère psychologique ; distinction nécessaire entre rire (ou comique en général), art comique et comique théâtral ; l’autonomie de l’art comique ; ses modulations.
Limites de ce travail : il ne veut être qu’une première étape. L’étude de Molière en a fixé concrètement l’orientation et le but. Les lieux communs du théâtre comique. Place de Molière dans ce travail.
 
CHAPITRE II. Rire, esprit et comédie
Inconscient, trait d’esprit et comédie. La théorie freudienne du rire. Le rire chez l’enfant. Le rire adulte. Le théâtre comique.
 
CHAPITRE III. Tragédie et comédie
La position liminaire du comique. Comique significatif et absolu. Attitude du spectateur devant un spectacle tragique, puis comique : l’incohérence affective. La réversibilité. Le renversement des situations angoissantes. Explique-t-il les lieux communs du comique ? Hypothèse de travail sur l’élaboration à plusieurs niveaux du comique théâtral.
 
CHAPITRE IV. Les variétés de l’esprit et la naissance de la grande comédie en France
Première recherche empirique : la théorie freudienne du trait d’esprit peut-elle nous aider à comprendre la naissance de la grande comédie en France (École des Femmes) ? Farce et comédie précieuse d’intrigue. Juxtaposition du tragique et du comique. Les portraits. L’esprit tendancieux, inoffensif. L’esprit tendancieux et farce, comédie d’intrigue et esprit inoffensif. L’intrigue de La Sœur. La synthèse des plaisirs concurrents. Molière et la plénitude de l’accord : L’École des Femmes.

CHAPITRE V. LA FANTAISIE DE TRIOMPHE
Le trait d’esprit est une variété relativement superficielle de l’art comique ; les tendances qui s’y expriment sont préconscientes et les forces qui les répriment, sociales. La technique seule est inconsciente. Regrets de la critique devant l’abandon des meilleurs auteurs au " bas "comique. Opinion contraire de Baudelaire et Stendhal. Cômoi, catharsis et art.
Première fantaisie de triomphe : victoire du fils sur le père ; Jekels. Le thème œdipien : la justification, sa projection sur la réalité, la régression infantile qu’il implique, son élaboration esthétique. Autre fantaisie : la mère terrible. La plaisanterie risquée et la structure de Mithridate. Tartuffe et Cléon : la satire. Fascination du mauvais fils ; l’angoisse d’abandon.
Rapport de la fantaisie et de la situation dramatique : E. Souriau. Analyse combinatoire et expérience vécue. Eros-Thanatos.

CHAPITRE VI. Plaisir et réalité dans la comédie nouvelle
Trait d’esprit et fantaisie de triomphe : ressemblances et différences. Dans le conflit des deux principes, plaisir et réalité, le personnage paternel ne représente le second qu’à partir de la comédie nouvelle. Les traits généraux de la comédie sont ainsi fixés pour longtemps. Rôle de l’imitation.
La Néa et sa dualité. Les fantoches : cuisinier et parasite, campagnard, soldat fanfaron. Esclaves et femmes. Emprunts à la tragédie, mais fatalité comique, expression d’une pensée magique.
Le Dyscolos. Obstacle et fourberie. Structure latente de la Néa. Explication de la monotonie par Legrand.
Le rire de Ménandre. L’aventure spirituelle de Térence ; l’Hécyre : le fils prend son destin en main. Etalement analytique (fabulae duplices) et oscillation entre ces deux niveaux psychiques. Viols et reconnaissances. Retour obligé au comique traditionnel. L’Héautontimoroumenos : au niveau supérieur, les points de vue du père et du fils se rapprochent, au niveau inférieur, le père est berné. Le fourbe thérapeute.
En dépit de quelques écarts vers le pathétique, le génie de Plaute est orienté vers le rire ; les trois thèmes principaux : conflit, narcissisme, vol d’identité. Le conflit avec le personnage paternel ; autonomie du fourbe. L’atmosphère du conflit : fascination d’un monde en mouvement constan ; elle s’accorde avec l’intrigue ; l’angoisse d’abandon flottante ;ses conséquences ; les fantaisies qui la recouvrent. Le thème du narcissisme : le Miles. Le vol d’identité, charnière entre la fantaisie oedipienne et les fantaisies narcissique. Le problème de Pascal. Impunité totale du voleur et angoisse du volé. Orientation irréversible du thème d’omnipotence magique.

CHAPITRE VII. La comédie ancienne
Deux faits importants : la polis ; son évolution rapide. Familiarité avec les hommes et les dieux. Le théâtre : sa signification psychique. Le chœur et sa signification. Transformation de la polis ; l’angoisse et le rêve de retour au passé qui en résultent. L’objet d’amour a été perdu : deuil et victoire sur la mort.
Division des comédies en deux groupes. Unité structurelle du premier. Le second offre une suite d’évasions où les femmes dominent. Identification du héros avec la mère retrouvée. Opinion de Toynbee. Les Oiseaux restaurent l’image de la mère perdue. Ifantilisme de la fantaisie de triomphe. Mères terribles. La comédie d’Aristophane est un trait d’esprit tendancieux ; la richesse de ce trait d’esprit. L’échec des autres moyens de salut : Euripide et Socrate. Le vrai Socrate ; Aristophane pur artiste.

CHAPITRE VIII. Retour vers Molière
Le triomphe de la mère retrouvée. Le jeu et l’art. L’art comique évolue de la fantaisie la plus archaïque à celle, plus récente, du père vaincu : résumé de cette évolution. Le grand apport médiéval : l’amour-passion ; son angoisse, d’origine incestueuse, est renversée en triomphe dans la fantaisie de cocuage. La seconde composante d’Œdipe reçoit droit d’expression.
Nous atteignons notre première étape. Nécessité de vérifications ultérieures. Trois brefs exemples sur le chemin de retour vers Molière ; les scènes comiques des Mystères médiévaux ; les personnages originaux de la Commedia dell’arte ; les sources espagnoles de Molière.
Ces études détaillées devraient pourtant s’inscrire dans une vision d’ensemble à laquelle ce travail voudrait avoir contribué.



190 pages
1964
ISBN : 2-7143-0112-6
90 F
Éditions José Corti