Dominique Rabaté, Poétiques de la voix, éditions José Corti.


     Il sera, dans ce livre, question de voix, de la voix comme question. Car la littérature, depuis le tournant de la Modernité, semble vouée à chercher les modes d’inscription d’une présence qui se fuit dans sa trace écrite, vouée à interroger la dynamique d’une pluralité qui défait toute unité. Ce sont les modalités d’énonciation littéraire qu’invente la littérature moderne qui sont au cœur de la réflexion. Il ne s’agit plus de les penser en termes de genres mais comme des réponses à cette interrogation première : comment poser sa voix ?
     J’envisage donc l’écriture comme lieu de tensions, sans résolution, entre forme et force. Je cherche d’abord à entendre ces effets de voix, qui sont de véritables poétiques toujours singulières : le commentaire (de Blanchot, Céline, ou des Forêts) appelle la définition de postures subjectives nouvelles (l’écriture brève ou le monologue écrit). Le roman donne, lui, un autre espace de résonance à ces voix : il les contextualise de façon critique. Ouvrant l’espace romanesque à l’indicible, Joyce et Conrad créent des dispositifs qui tentent d’encadrer un mouvement qui se dérobe pourtant. Mouvement qui entraîne le vingtième siècle vers un au-delà du roman – que les œuvres de Sarraute ou Quignard représentent exemplairement.
     Crise du personnage, éparpillement des voix, mélancolie d’une forme pleine sont-ils notre lot ? Il me semble que la "malchance" de la littérature contemporaine est paradoxalement sa chance. Comme le montre Borges, la littérature doit retourner son impuissance, accepter de devenir un art du reste. Elle doit maintenir le défaut d’une traduction qui manquera toujours à notre désir – pour mieux le relancer.


     
Ce volume contient :


INTRODUCTION
PREMIERE PARTIE : POSER SA VOIX

1) L'insuffisance du commentaire (Blanchot)

2) L'impersonnel et l'indicible (Poèmes de Samuel Wood de des Forêts)

3) Quelques raisons d'être bref (Poe, Baudelaire et Valéry)

4) Enonciation d'outre-tombe (Poe, Faulkner, Beckett, Bernhard)

5) Portrait du lecteur en ennemi intime (le monologue chez Dostoïevski, des Forêts, Camus)

6) "Qu'on n'en parle plus" (Voyage au bout de la nuit de Céline)


DEUXIEME PARTIE : VOIX ROMANESQUES

1) Les voies de la paroles dans Dubliners (Joyce)

2) Epiphanies romanesques (Flaubert, Joyce, Tabucchi)

3) Le chuchotement de la sauvagerie : éthique et esthétique du roman dans Coeur des ténèbres (Conrad)

4) Le récit moderne et la promesse cathartique


TROISIEME PARTIE : AU-DELA DU ROMAN

1) Bakhtine chez Beckett et Bernhard : voix, idée et personnage dans la théorie dialogique

2) Le dedans et le dehors (Sarraute)

3) Mélancolie du roman : la fiction dans l'oeuvre de Quignard

4) Chance et malchance de la littérature : à la poursuite de "La Quête d'Averroës" (Borges)

328 pages
1999
ISBN : 2-7143-0704-3
21,34 Euros
Éditions José Corti