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Cest entendu : écrire est pauvre par rapport à voir. Mais une forme peut en parler une autre sans la cacher. Du moins un temps. Et si écrire sur la peinture en faisait la source dun nouveau bonheur ? Le langage ne serait plus le père à tuer qui dévore la sensation toute crue. Il donnerait du tableau plus quun avant-goût, le festin idéal qui laisse sur sa faim. Il apporterait un regard mis en suspens, capable de consommer autre chose que des impressions éloquentes et inutiles : son attente de lobjet.
Sil fallait défendre lobstination que les arts mettent à se parler les uns les autres, le cinéma uvrant sur le roman, la danse sur le théâtre, les livres sur les tableaux on invoquerait une mode perverse de la modernité. En oubliant comment ces aventures magnétisent les objets dont elles soccupent et élargissent leur spectre dinfluence. En oubliant quon ne résiste pas au spectacle sensuel du vol dun art par un autre, dune intelligence en déplacement.
Cest égal. La peinture qui est à elle seule un langage narrête pas de susciter des phrases qui ont chance, à leur tour, de devenir les yeux de lesprit.
Question de rêve. Ce nest pas Colette Beleys peintre qui contredira Lucette Mouline écrivain. Il arrive au livre de peindre sur parole et de garder les mots à vue. Faute de quoi naurait pas lieu le jeu où lillusion compte plus que le réel.
L. M.

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