C’est entendu : écrire est pauvre par rapport à voir. Mais une forme peut en parler une autre sans la cacher. Du moins un temps. Et si écrire sur la peinture en faisait la source d’un nouveau bonheur ? Le langage ne serait plus le père à tuer qui dévore la sensation toute crue. Il donnerait du tableau plus qu’un avant-goût, le festin idéal qui laisse sur sa faim. Il apporterait un regard mis en suspens, capable de consommer autre chose que des impressions éloquentes et inutiles : son attente de l’objet.
     S’il fallait défendre l’obstination que les arts mettent à se parler les uns les autres, le cinéma œuvrant sur le roman, la danse sur le théâtre, les livres sur les tableaux on invoquerait une mode perverse de la modernité. En oubliant comment ces aventures magnétisent les objets dont elles s’occupent et élargissent leur spectre d’influence. En oubliant qu’on ne résiste pas au spectacle sensuel du vol d’un art par un autre, d’une intelligence en déplacement.
     C’est égal. La peinture qui est à elle seule un langage n’arrête pas de susciter des phrases qui ont chance, à leur tour, de devenir les yeux de l’esprit.
     Question de rêve. Ce n’est pas Colette Beleys peintre qui contredira Lucette Mouline écrivain. Il arrive au livre de peindre sur parole et de garder les mots à vue. Faute de quoi n’aurait pas lieu le jeu où l’illusion compte plus que le réel.
     L. M.

152 pages
illustrée
1987
ISBN : 2-7143-0190-8
12Œ0 F