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Mireille Rosello : L'In-différence chez Michel Tournier.
Les grands romans de Michel Tournier, Vendredi ou les limbes du Pacifique, le Roi des Aulnes, Gilles et Jeanne et Les Météores sont hantés par lidée dun modèle instable qui se rapproche des concepts de double, de dualité, de paire, de couple, de gémellité, sans toutefois quaucune de ces catégories ne soit nécessaire ni suffisante pour lire les textes. Létonnant travail de lécriture, tour à tour proliférante ou épurée, témoigne dun vain effort pour découvrir le maître-mot qui rendrait compte de ce modèle encore inexistant.
Vendredi et Robinson, Abel Tiffauges et Nestor, Gilles et Jeanne, Paul et Jean, autant de héros indissociables, liés par des relations équivoques et qui se heurtent à un monde de signes dont la complexité refuse de se laisser emprisonner dans les systèmes binaires construits par le narrateur. Robinson nest pas seulement lorganisateur épris dordre et de thésaurisation auquel sopposerait un Vendredi solaire adepte de la dépense, le Roi des Aulnes nest pas seulement logre qui emporte les enfants mais celui qui les porte tendrement sur son dos, Gilles nest pas le monstre, le démon qui sert de contrepoint à la figure angélique de Jeanne. Une volonté tenace dinstaller des paradigmes cohérents est à luvre dans ces textes, mais elle est sans arrêt minée par une contre logique interne qui nous force à reconnaître que les différences au sein des éléments dun même paradigme sont souvent plus significatives que les différences qui ont servi à créer les deux paradigmes eux-mêmes.
Jean et Paul, les deux jumeaux indistinguables des Météores peuvent donc être considérés comme archétypaux. Ils posent les mêmes questions que lécriture de Tournier : comment peut-on être à la fois différent et parfaitement semblable sans tomber dans le silence ou le délire ? Peut-on inventer une in-différence qui contiendrait à la fois la différence et la similarité ?

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