Arnaud Rykner : L'Envers du théâtre.
    La dramarturgie du silence, de l'âge classique à Maeterlinck.

     
Le théâtre ne s’écrirait-il que sur le mode de la parole ?
     À en croire la tradition dramatique française, de Corneille à Koltès, la réponse est oui. Oui sur tous les tons. Oui à tous les âges. Oui encore aujourd’hui souvent, où, pour bon nombre de spectateurs et de critiques, hors du verbe point de salut : le théâtre c’est le dialogue, avec ses stratégies discursives, avec ses beaux mots, bons mots, savourés délicieusement.
     Mais le dialogue comme fondement du théâtre, loin d’être une donnée éternelle et universelle, est le fruit de ce que Husserl aurait nommé une donation de sens. Il est le produit d’une esthétique et d’une éthique. Notre enquête nous a amené à analyser ces dernières pour comprendre l’origine du processus, ses mécanismes, et la façon dont ils se sont finalement grippés au point de faire éclater la machine.
     Car, à un certain moment de l’histoire du théâtre français, un renversement a eu lieu, fondateur de notre modernité dramatique. Si dans un premier temps la matière première du drame était tout entière dans la parole (quitte à ce que celle-ci soit, ici ou là, ponctuée de silence), dans un second temps le silence lui-même est devenu comme une trame dans laquelle des paroles, plus rares et moins efficaces, viennent s’insérer, humblement.
     De Racine à Maeterlinck, de Diderot à Zola, en passant par Marivaux, une histoire du théâtre s’écrit alors en creux, où l’on voit se dessiner les grands envieux du théâtre de notre temps.

     Arnaud Rykner a publié Théâtre du nouveau roman (José Corti), Nathalie Sarraute (Seuil), Mon roi et moi (Rouergue), Maurice Maeterlinck (Memini).

Ce volume contient :

 
PREMIERE PARTIE : ECRITURE DU SILENCE A L’AGE CLASSIQUE

Chapitre I : Le silence et le texte
1. Didascalies du silence
2. L’inscription du silence

Chapitre II : Silences implicites, silences nécessaires
1. Le silence de l’interlocuteur
2. Le personnage muet
3. Le personnage caché

DEUXIEME PARTIE : VERS UNE DRAMATURGIE DE LA PAROLE

Chapitre I : Une éthique de la parole
1. La parole absolue
2. Descartes et la question du verbe
3. Port-Royal et la raison du verbe

Chapitre II : Une esthétique de la parole
1. Théâtre, rhétorique, et pédagogie du vebe
2. La parole comme action
3. Négations du silence

TROISIEME PARTIE : UN CERTAIN SILENCE

Chapitre I : Racine et l’aphasie tragique
1. La parole en question
2. Dynamique du silence
3. Les deux silences raciniens : Britannicus et Bérénice

Chapitre II : " Ce qu’on appelle parler " - Marivaux et l’épreuve du silence
1. Le silence originel
2. Les deux " espaces " marivaudiens

QUATRIEME PARTIE : LA FIN D’UNE SUPREMATIE

Chapitre I : Diderot et la révolution du silence
1. La nature contre le langage et la parole dramatique
2. La pause et le temps : problème d’esthétique
3. Vers une nouvelle " grammaire universelle "

Chapitre II : Recherche de solutions : pantomime et tableau
1. Pantomime vs discours
2. La pantomime comme silence discursif
3. D’un silence analytique à un silence synthétique/De la pantomime au tableau
4. Esthétique de la durée et silence du public

Chapitre III : La dérive mélodramatique : une révolution confisquée
1. Codification et systématisation : le silence comme procédé mélodramatique
2. L’absolu mis en mots
3. Fascination/Aliénation : le silence comme piège de la conscience critique
4. Entre verbe et silence : schizophrénie du (mélo)drame

CINQUIEME PARTIE : VERS UN AUTRE THEÂTRE

Chapitre I : Eléments d’une dramaturgie zolienne : un silence épique
1. Zola et Diderot
2. Espace et milieu
3. Le poids du passé
4. La réification épique

Chapitre II : Pour une dramaturgie du silence : le retournement maeterlinckien
1. L’espace-temps du silence : du " naturalisme " au " symbolisme "
2. La marionnette épique
3. Le dialogue pulvérisé
4. Poétique du manque : du symbole au silence
5. L’utopie du verbe
6. Le silence fait l’action
7. Le tableau maeterlinckien : le face à face parole/silence)

320 pages
1996
ISBN : 2-7143-0582-2
150 F