Julia Przybos, L'entreprise mélodramatique, éditions José Corti. Édition José Corti. José Corti
     
Mélodrame… mélodramatique… Loin de désigner un seul phénomène et de préciser une seule qualité, ces termes peuvent prêter à confusion. D'aucuns y recourent pour parler des spectacles populaires mêlés de musique nés au lendemain de la Révolution, d'autres combien plus nombreux, en ont fait des termes susceptibles d'exprimer leur mépris pour tout ce qu'ils estiment n'être que sentimentalisme, facilité, voire simplification… D'autres enfin se plaisent à reconnaître dans les pièces du Boulevard les premiers fruits d'une puissante imagination qui nourrira par la suite les romans de Balzac et de Henry James, les westerns hollywoodiens et les feuilletons télévisés. Confusion d'emploi ? Non pas. Plutôt polysémie qui a le mérite de nous introduire à la nature complexe et changeante du mélodrame.
     Il s'agira ici de penser le mélodrame comme théâtre, donc comme fait social. La composition des pièces étudiées se situe entre les années 1800 et 1830, approximativement depuis les premiers succès du genre jusqu'à l'essor du drame romantique que le mélodrame a dû combattre pour garder la faveur du public. En dépit des différences politiques, cette période présente un trait commun essentiel : le contrôle de la vie théâtrale par le pouvoir.
     Le mélodrame genre simpliste ? Soit. Simple ? Pas précisément. Sujette aux crises de véritable "mélodramanie", la vie théâtrale sous l'Empire et la Restauration est un phénomène important qu'il convient d'examiner sous différents angles. Seule une analyse qui rend compte de la spécificité du phénomène permettra d'en saisir la complexité. Entrepris au début de cet essai, l'examen des conditions de production et de consommation ne saurait suffire à révéler la véritable nature du mélodrame. Afin d'entreprendre une analyse complète, il faudra déterminer d'une part à quel besoin psychologique le mélodrame tend à répondre, et d'autre part, l'envisager d'un point de vue esthétique, déceler l'idéologie qui le sous-tend et étudier les moyens dont dispose la propagande à son égard. Il s'agira, en outre, d'interroger les affinités possibles entre notre culture de masse et le drame populaire qui, pendant trois décennies, a dominé les scènes secondaires de Paris et de la province. Trouvera-t-on ces propos de quelque utilité pour l'étude du mélodrame soviétique, des films du troisième Reich ou encore des feuilletons télévisés à l'eau de rose ? Dans ce cas le désir le plus profond de l'auteur sera réalisé.


          
Ce volume contient :



200 pages
1987
ISBN : 2-7143-0206-8
120 F 18,29 Euros
Éditions José Corti