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| Laurent Demanze, Encres orphelines, Pierre Bergounioux, Gérard Macé, Pierre Michon, éditions José Corti, 2008. Édition José Corti. José Corti Dans un temps de transmission empêchée et de tradition morcelée, la littérature contemporaine interroge les figures évanouies de l’ascendance. Tour à tour investigation généalogique et restitution biographique, les livres de Pierre Bergounioux, Gérard Macé et Pierre Michon s’écrivent à rebours de l’amnésie moderne. Car la modernité fait peu de cas des heures révolues et des êtres minuscules, des héritages secrets et des filiations traversières. Entre inquiétude et mélancolie, ces trois auteurs se ressaisissent d’un passé familial lacunaire, dans un souci de mémoire aux couleurs de deuil. C’est la mélancolie qui taraude ce livre. La mélancolie d’écrivains qui ne se résignent pas à faire le deuil des temps désuets. La mélancolie aussi de leurs récits de filiation, où se dit la figure fin de siècle d’un individu hanté par les fantômes de l’ascendance et par leurs désirs inaccomplis. La mélancolie, enfin, d’une mémoire encombrée par les souvenirs de lecture et l’aura des livres d’autrefois. C’est elle qui donne à ce livre sa tonalité funèbre, c’est elle encore qui module dans les textes de Pierre Bergounioux, Gérard Macé et Pierre Michon l’élégie d’un monde disparu. Mais cette teinte sombre, qui colore leurs écritures, ne se réduit pas aux inflexions de l’humeur ni aux sombres cogitations. Elle est aussi une passion de l’altérité, qui recueille les destins déshérités de l’ascendance et restitue leur éclat singulier. Il y va ainsi dans cette mélancolie contemporaine d’une éthique de la littérature.
Le livre de Laurent Demanze, on l’aura compris, va bien au delà de la seule analyse littéraire. Il propose une réflexion plus générale sur notre époque individualiste et sur le rôle désormais fragmenté de la mémoire et de la transmission. De ce tableau, se détache finalement un homme moderne mélancolique, nostalgique d’un temps qui le rattachait hier à une famille dont il était solidaire au risque de l’être à ses dépens. Ces récits de filiations expriment le besoin prégnant de chaque individu d’être lié à un passé, à une histoire, à une communauté Par Philippe Aubier, voir le reste de la note de lecture sur le site du Centre National du Livre. us l’appellation de « récit de filiation », le beau livre de Laurent Demanze s’attache à cerner une tendance de la prose française contemporaine, représentée ici par trois auteurs Pierre Bergounioux, Gérard Macé, Pierre Michon auxquels d’autres noms viennent s’ajouter occasionnellement1. Tendance ou plutôt genre, même si le terme n’est guère employé. Celui-ci se voit défini dès le « prologue2 ». Sur le plan poétique, le récit de filiation prolonge des formes auxquelles il emprunte et qu’il transgresse : le roman familial (Freud), le roman des origines (Marthe Robert) et le roman généalogique. Au premier cité, il emprunte un mode de narration qui reconfigure les rapports du sujet au monde familial, entre trahison et transfiguration, entre réel et fiction ; au roman des origines, il reprend un mode de composition marqué par l’entrecroisement de la mémoire familiale et de la mémoire intertextuelle ; au récit généalogique enfin, il dérobe une intention : celle de tenir compte de la longue durée. Le récit de filiation se distingue toutefois de ce dernier genre en ce qu’il ne raconte pas l’histoire d’une famille chronologiquement, des ancêtres aux descendants, comme c’était par exemple le cas chez Roger Martin du Gard ou Georges Duhamel ; mais, s’écrivant depuis le présent, il est le fruit d’une enquête et se présente sous une forme inachevée (collecte d’informations, bribes de passé). Par rapport aux deux premiers modèles cités, la différence principale réside dans le fait que le récit de filiation est « moins […] un roman qu[’]un récit » (p. 23). Marqué tout à la fois par la « méfiance et [la] fascination envers les fastes du roman » (ibid.), le récit de filiation privilégie à l’intrigue romanesque le travail critique d’interrogation du passé. (...) David Vrydaghis, Lire la suite sur Fabula
TABLE DES MATIÈRES
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416 pages 2008 9782714309747 24 Euros Éditions José Corti |
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