Paul Bénichou : L'Écrivain et ses travaux (Constant, Lamartine, La Rochefoucauld, Mallarmé, Racine, Rousseau). 

    On trouvera dans les portraits rassemblés ici (La Rochefoucauld, Rousseau, Constant, Mallarmé) une certaine unité de point de vue. Un écrivain ordinaire accrédite des valeurs, il affecte d’un signe de faveur ou d’aversion les figures de l’univers tendancieux que ses ouvrages représentent. En le prenant par là, l’œuvre est, au sens large, une exhortation. Peindre l’auteur à travers l’œuvre, c’est, pour l’essentiel, retrouver cet appel. Il est difficile d’oublier qu’il s’adresse aux autres hommes, c’est-à-dire avant tout à la société où l’œuvre est née, et où il est rare qu’elle naisse par pur hasard. En même temps qu’appel, elle est réponse, commentaire à des besoins que créent les conflits d’une époque. Mais entre ces conflits et l’œuvre qui y répond, le chemin passe par l’individu créateur, par ses problèmes à lui et par son expérience. C’est pour pouvoir vivre lui-même qu’il a construit l’édifice mémorable que la société retient et consacre ; et c’est par là que son œuvre, au-delà d’une crise historique, intéresse la condition humaine.
     La seconde suite d’études qu’on trouvera dans ce volume a pour objet des œuvres particulières. C’est ici, à un tout autre pôle de l’horizon critique, la matière littéraire qui domine la perspective, ce qu’une œuvre concrète doit signifier ne trouve son chemin qu’à travers des motifs déjà cristallisés, des expériences remémorées, des textes constitués ou ébauchés en d’autres circonstances, et moyennant leur combinaison ou leur altération. Les influences proprement spirituelles, le génie de la société et celui de l’individu n’agissent que par rencontre avec des formes et des matériaux.
     
Paul Bénichou

 
Ce volume contient :

FIGURES
L'INTENTION DES MAXIMES
J.-J ROUSSEAU : DE LA PERSONNE A LA DOCTRINE
CONFESSIONS NOUVELLES DE BENJAMIN CONSTANT
MALLARME ET LE PUBLIC

GENESES
LA GENESE D'ADOLPHE
SUR LES PREMIERES ELEGIES DE LAMARTINE
DELFICA ET MYRTHO

TRADITION ET VARIANTES EN TRAGEDIE
I. LE MARIAGE DU CID
II. ANDROMAQUE CAPTIVE PUIS REINE
III. HIPPOLYTE REQUIS D'AMOUR ET CALOMNIE
La tradition légendaire grecque et universelle ; - la tragédie antique ; - premières Phèdres en Italie et en France ; - Phèdre sous Louis XIV ; - la version racinienne.

LA BELLE QUI NE SAURAIT CHANTER
(NOTES SUR UN MOTIF DE POESIE POPULAIRE)



     
HOMMAGE À PAUL BÉNICHOU

CE GRAND CRITIQUE AVAIT COMPRIS QUE LA FRANCE EST LE PAYS QUI A INVENTÉ UN POUVOIR SPIRITUEL NOUVEAU : LA LITTÉRATURE, ET IL L’AVAIT CÉLÉBRÉE DANS DES ESSAIS MAJEURS, DONT LE SACRE DE L’ÉCRIVAIN ET LE TEMPS DES PROPHÈTES


     Paul Bénichou n’a cessé de professer des convictions à contre-pente, à contre-époque. Alors que l’air du temps dénigrait le discours explicite des auteurs sur leurs œuvres, au profit d’un sens caché détenu par une critique arrogante et omnisciente, lui tentait patiemment de «saisir le fil de leurs pensées sans trop les organiser». Alors que les intégristes du «texte» prétendaient s’y enfermer au mépris de tout autre savoir, lui se voulait attentif à la rencontre de l’œuvre conçue et de l’histoire vécue.
     Son esprit équanime, sa discrétion et surtout son humour lui auraient fait détester la propension de notre temps à porter aux nues les pensées dites «dérangeantes».
     Il s’agit de lire tout, sans chipoter, sans se fabriquer un Vigny ou un Nerval à la carte, et de lire tous : auteurs majeurs et mineurs, vedettes et seconds rôles, libelles oubliés, œuvrettes englouties, prophètes disparus.
L’unité de ce long itinéraire tient dans la découverte d’une spécificité française. La France est le pays qui a inventé un pouvoir spirituel d’un type nouveau dans la chrétienté et qui a nom littérature.
     Paul Bénichou tenait pour évident le fait que «de la Bible à Montaigne et de L’Iliade à Baudelaire soit possible la vaste communication qui nous inclut tous». La littérature comme patrie commune, c’est la foi que nous lègue ce très jeune esprit que d’être hors mode a miraculeusement préservé de se démoder, c’est-à-dire de vieillir.
     Le Nouvel Observateur, Mona Ozouf, 31 mai/6 juin 2001

     Paul Bénichou est né à Tlemcen en 1908 dans une famille juive algérienne. Interdit d’enseignement en 1940, il devient professeur en Argentine et regagne la France en 1949, après avoir publié «Morales du Grand Siècle», en 1948. Il entreprend alors l’immense enquête qui aboutira aux quatre grands volumes qui composent une histoire philosophique du romantisme français : «le Sacre de l’écrivain» (José Corti, 1973), «le Temps des prophètes» (Gallimard, 1977), «les Mages romantiques» (Gallimard, 1988), «l’Ecole du désenchantement» (Gallimard, 1992). Des livres sur le romancero espagnol, sur Nerval, sur Mallarmé et de très nombreux articles complètent ce majestueux ensemble critique.



  

Paul Bénichou

368 pages
1967
ISBN : 2-7143-0475-3
140 F