Pierre Brunel, Éclats de la violence,
        édition critique des
Illuminations d'Arthur Rimbaud
        éditions José Corti, 2004.
Édition José Corti. José Corti

      Ce travail n’est pas celui d’un « tout jeune homme », et je me suis toujours gardé d’une quelconque identification avec l’auteur des Déserts de l’amour, qui est devenu celui des Illuminations. Achevé presque au terme d’une longue carrière universitaire, il est pourtant l’aboutissement d’une promesse ancienne. Pierre-Georges Castex, recevant l’un de mes premiers articles sur Rimbaud, me dit en effet : « Vous devriez publier une édition commentée des Illuminations ». Cette « série de superbes fragments », pour reprendre l’expression de Verlaine, constituait en effet pour lui le livre capital. »

Entre l’apparat critique et les prolongements, fallait-il donc avoir la prétention de glisser des commentaires, qui occupent finalement le plus grand espace dans ce livre ? « Commentaire », ce mot paraît bien scolaire, et guerrier à la fois si l’on pense à César. Rimbaud a choisi, à partir d’août 1870, et surtout en mai 1871, d’échapper au carcan de l’école. Même s’il était fils de militaire, la vie de caserne et la discipline de l’armée ont toujours été sa hantise.

Face aux Illuminations, la tentation est grande alors de jeter les livres, – à commencer par celui que je prépare. Mais les Illuminations sont là, devant nous. Avec ou sans commentaires, elles exercent toujours la même fascination. C’est à elles qu’il faut revenir, et à elles seules. Telle est du moins ma conviction à l’orée de ce volume et au terme d’un travail qui n’aura de périte pour moi que de me les faire plus précisément approcher.

     Presse


     Universitaire attentif à la poésie contemporaine (ce n'est pas si fréquent), Pierre Brunel est avant tout connu pour ses travaux sur Rimbaud, auquel il a consacré de très nombreux ouvrages. L'édition critique et commentée des Illuminations qu'il propose aujourd'hui (...) vient donc couronner – au moins provisoirement – une longue recherche. Disons-le d'emblée : il s'agit d'un monument d'ores et déjà incontournable pour qui cherchera maintenant à étudier d'un peu plus près (ou tout simplement à mieux lire) l'une des œuvres les plus novatrices, mais aussi les plus énigmatiques de notre histoire littéraire. Plus qu'avec la Saison (qui leur est antérieure), c'est avec les Illuminations, on le sait, que Rimbaud prend congé du premier pan de sa vie – et surtout de la poésie qui l'avait jusqu'alors incarnée. Mais ces pages décisives, où s'inventait autour de 1873-1874 une autre manière d'écrire dont les conséquences sont encore perceptibles aujourd'hui, posent depuis l'origine (la première édition date de 1886) le problème de leur déchiffrement – concernant l'établissement du recueil tout d'abord, et surtout sa compréhension : car, malgré leur fulgurance, ces textes résistent fortement à l'interprétation et préservent encore, pour l'essentiel, l'énigme qui les fonde. L'édition de Pierre Brunel remet tout à plat, si l'on peut dire, réunissant dans une seule volume la plupart des données et des références nécessaires. Chaque poème (en prose) est ainsi accompagné de sa fiche technique (source manuscrite, éventuelles variantes, orientation bibiographique) ; de notes détaillées (philologiques ou de portée plus générale) ; puis d'un commentaire substantiel où l'auteur résume, étaie, critique l'essentiel des lectures antérieures ; enfin – c'est une innovation heureuse pour ce genre publication –, des prolongements indiquent l'influence ou les répercussions que le texte a pu avoir sur certaines œuvres ultérieures (...). La lecture quasiment inépuisable de cet impressionnant volume sucite au moins deux commentaires immédiats. D'une part, le lecteur dispose désormais d'un outil à peu près exhaustif où les diverses hypothèses des auteurs antérieurs sont étudiées, prolongées ou réfutées avec une érudition qui n'exclut pas la conviction, au détour d'un paragraphe. D'autre part (Pierre Brunel le reconnaît lui-même), cette monumentale remise en perspective des gloses qui sont agrégées autour de l'œuvre n'ôte décidément rien à son mystère, même si chacun a su ou pu l'éclairer d'une manière partielle, lever ça et là les voiles : mais l'approche critique n'épuisera probablement jamais ces poèmes, qui demeurent, comme au premier jour, ouverts et repliés…sur leur secret.
     Yves di Manno, Vient de paraître, N°17, juin 2004.

    Ces "Illuminations rayonnent, au sens propre : partant du texte qu'il embrasse en un réseau d'approches obligées auxquelles se résument les éditions dites savantes, Brunel ajoute d'abord une explication sémantique des principaux termes de chaque poème, fondée tout à la fois sur le recours aux dictonnaires du temps (Littré et les autres plus spécialisés) et sur les lectures de Rimbaud : ainsi le "vineux" de "Métrolitaine" permet-il d'évoquer un passage de "l'Odyssée" que le brillant helléniste de Charleville ne pouvait ignorer. Suit une lecture brillantissime où Brunel fait véritablement œuvre d'introduction. (...)
     Désormais rendus à eux-mêmes, les poèmes de Rimbaud sont enfin relus par des poètes (Claudel, Jouve, Bonnefoy, Auden, Luzi, Stétié, Elytis, Dotremont, etc.), des musiciens, des philosophes ou des romanciers. Sans oublier, au travers de Georges Periec ou Salvatore Quasimodo, l'inquiétant spectre d'Auschwitz que dessine "Ville".
     Daniel Couty, Le Nouvel Observateur, 5-11 août 2004.

     Mince, admirable et mystérieuse, l'œuvre de Rimbaud est souvent recouverte par une extraordinaire fortune mythologique. Peu d'écrivains ont bénéficié, ou souffert, d'un tel traitement posthume. Etiemble, dans les années 1950, tenta de dénoncer et de recenser le mythe. En 1991, le centenaire de la mort le réactiva. Mais, parallèlement, l'attention des spécialistes n'a jamais faibli. D'où le continent de commentaires et de gloses, dans lequel il est parfois difficile de se repérer. Pierre Brunel est l'auteur de plusieurs essais (notamment Arthur R. ou l'éclatant désastre, Champ Vallon, 1983) et d'éditions critiques d'Une saison en enfer (éd. José Corti, 1987) et, récemment, des Illuminations (Eclats de violence. Pour une lecture comparative des Illuminations, éd. José Corti, 764 p., 28 €). A l'approche du 150e anniversaire de la naissance de Rimbaud (20 octobre), nous l'avons interrogé sur la figure du poète et sur sa lecture de l'œuvre.
     
     Les images qui sont attachées à la figure de Rimbaud - génie précoce, révolté absolu, mystique, voyant, grand silencieux enfin ? - occultent-elles la lecture que nous faisons de son œuvre ?

     Peut-être le mythe a-t-il fini par cacher Rimbaud et, au lieu de dépenser son énergie à ôter les masques, à dénoncer les distorsions et à pourchasser les impostures, il vaut mieux étudier Rimbaud avec la rigueur qu'exigent ses textes et sans rien perdre de leur intensité, de la ferveur qu'ils inspirent, en particulier aux jeunes gens. Etiemble a fait un travail magnifique. Il est irremplaçable. Ne pensons donc pas à le remplacer.
En rééditant cette rentrée l'un des livres de Paterne Berrichon, Rimbaud le poète, j'ai voulu montrer qu'on pouvait faire un usage prudent et nuancé d'un livre qui, qu'on le veuille ou non, a marqué son temps, qui était devenu introuvable et qui peut encore parler à l'esprit et au cœur.
     L'originalité des célébrations de 2004 par rapport à celles de 1991 est qu'il s'agit de fêter une enfance - pour reprendre le beau titre de Saint-John Perse, qui fut l'un de ses grands admirateurs. Pour ma part, je suis donc moins sensible à l'évocation des derniers mois, si terribles et si bouleversants, dans Les Jours fragiles, de Philippe Besson, quel que soit le talent d'écriture de l'auteur, qu'à l'éclosion de la poésie de Rimbaud et à son constant renouvellement. Je disais : une naissance. Il vaudrait mieux dire : des naissances successives.
     Aucune des cinq figures que vous énumérez n'est négligeable, même celle du mystique (qu'il soit ou non "à l'état sauvage"). Ce sont cinq pistes de réflexion riches et indispensables. Elles appellent une réflexion toujours recommencée. Ceux qui se trompent le plus, au sujet de Rimbaud, sont ceux qui se croient porteurs d'une vérité, qui n'est que leur vérité.

     Vous êtes l'auteur d'éditions critiques de Rimbaud. Cette science des textes est-elle indispensable ?

     Le travail philologique sur ces textes, faciles ou difficiles, a été conduit dans les vingt dernières années avec une rigueur et une science sans précédent (même Bouillane de Lacoste, qui restait enfermé dans la graphologie). André Guyaux, Steve Murphy, entre autres, ont fait faire d'énormes progrès à l'édition critique des textes (Illuminations, pour le premier, Poésies pour le second, en attendant, de la part de l'un et de l'autre, les Œuvres complètes). Dans les volumes que j'ai consacrés à Une saison en enfer et aux Illuminations, j'ai bénéficié d'un acquis considérable et des dernières découvertes. Pour moi, l'édition critique était le préalable de l'édition commentée qui était mon ambition véritable, sans doute naïve.
     Une approche de Rimbaud sans érudition est bien sûr non seulement possible, mais souhaitable ; j'allais même dire : prioritaire. Ces textes ne sont pas des grimoires. L'admirateur de sa poésie n'a pas à être un maniaque. D'où l'intérêt de la lecture par des élèves, par des comédiens et par des lecteurs de bonne foi.

     En quoi Rimbaud appartient-il à son siècle ou, au contraire, transcende-t-il son époque ?

     Le premier Rimbaud est inséparable de son temps, car il réagit à propos de l'événement (la déchéance de l'Empereur, l'invasion, la Commune, etc.). Pour d'autres raisons, le dernier aussi. Mais le mot-clé dans son œuvre est vite devenu "le dégagement rêvé" ("Génie", dans les Illuminations). C'est par ce dégagement qu'il transcende son époque et qu'il exerce sur nous l'éclat d'une indiscutable fascination.

     Propos recueillis par Patrick Kéchichian, Le Monde des livres, 24 septembre 2004.



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Avertissement 9
Note liminaire 35

Après le Déluge 39
Enfance I (63), II (73), III (83), IV (93), V 99
Conte 105
Parade 119
Antique 137
Being Beauteous 151
« Ô la face cendrée » 161
Vies (167), I (169), II (177), III, 183
Départ 191
Royauté 203
À une Raison 213
Matinée d’ivresse 227
Phrases 253
Textes du feuillet 12 267
« Une matinée couverte » 267
« J’ai tendu des cordes » 267
« Le haut étang » 267
« Pendant que les fonds publics » 267
« Avivant un agréable goût d’encre de Chine » 267
Ouvriers 279
Les Ponts 289
Ville 301
Ornières 315
Villes. – « Ce sont des villes ! » 327
Vagabonds 343
Villes. – « L’acropole officielle » 357
Veillées (369), I (373), II (379), III 383
Mystique 389
Aube 403
Fleurs 421
Nocturne vulgaire 429
Marine 441
Fête d’hiver 451
Angoisse 469
Métropolitain 483
Barbare 499
Fairy 519
Guerre 533
Solde 553
Jeunesse 569
I. Dimanche 573
II. Sonnet 579
III. Adagio 591
IV. « Tu en es encore à la tentation d’Antoine » 597
Promontoire 603
Dévotion 615
Démocratie 629
Scènes 645
Soir historique 661
Bottom 675
H 687
Mouvement 705
Génie 719


CONCLUSION 741

INDEX BIBLIOGRAPHIQUE 747

INDEX DES RAPPROCHEMENTS ET PROLONGEMENTS 755




Édition critique des Illuminations d'Arthur Rimbaud
800 pages
2004
ISBN : 2-7143-0853-8
28 Euros
Éditions José Corti