Puissent ce livre et sa volonté de retour à la matérialité de l’œuvre humaine par-delà les simples formes de communication comme par-delà les automatismes de l’histoire, donner matière à réflexion à tous ces jeunes chercheurs en anthropologie poétique dont le travail si prometteur hésite encore, déchiré entre les tentations d’un formalisme qui débouche sur le jeu gratuit du non sens et la réintégration – et la réduction – purement existentielle, biographique ou psychanalytique aux déterminismes des situations historiques. La position philosophique délibérément anthropologique que j’ai prise il y a dix ans est une position de conciliation absolue et dialectique entre les contenus situationnels et les formes opérationnelles de l’œuvre humaine, elle rejette les polémiques spécieuses et stériles qui dressent face à face les tenants des structuralismes et ceux de l’ancienne explication socio-historique.
     Certes, l’on peut toujours réduire" les structures figuratives soit à leur forme algébrique, soit à leurs motivations biographiques et culturelles. Mais cette réduction n’apporte rien de plus à la démarche du critique artistique ou de l’esthéticien. Car la tâche essentielle des commentateurs est d’augmenter le plaisir que procure l’œuvre par une résonance humaine plus grande, par une compréhension plus séduisante. Et la réminiscence des grandes images ancrées au cœur du Grand "Singe Nu" que la société revêt par là culture, nous semble comme il y a dix ans susceptible d’aider au bonheur de la lecture ou de la délectation artistique. Une certaine critique, trop aidée par les dissections formalistes, s’est complu dans une autopsie des œuvres d’art toute imprégnée des culpabilités sado-masochistes que véhicule notre civilisation. Puisse ce livre faire palpiter au niveau des images et des mythes vivants l’œuvre romancière de Stendhal, puisse ce livre augmenter simplement le bonheur de lire. 

    

256 pages
1961
ISBN : 2-7143-0043-X
115 F