Pierre-Georges Castex, Le conte fantastique en France,
    de Nodier à Maupassant, éditions José Corti. Édition José Corti. José Corti


     "Le conte fantastique se définit en France comme un genre autonome aux environs de 1830, sous l'influence d'Hoffmann. Quel rôle ont joué les jeunes critiques du Globe (Jean-Jacques Ampère, Duvergier de Hauranne, Sainte Beuve) dans la mise en lumière de ce phénomène littéraire ?      
     Différence entre le fantastique et le merveilleux traditionnel : le fantastique se caractérise par une intrusion brutale du mystère dans le cadre de la vie réelle ; il est généralement lié aux états morbides de la conscience qui, dans les phénomènes de cauchemar ou de délire, projette devant elle des images de ses angoisses ou de ses terreurs."
     Pierre-Georges Castex esquisse ici l'histoire d'un genre qui a connu au XIXe siècle une fortune presque constante et qui a été illustré, de Nodier à Maupassant, par de nombreuses œuvres.

     
Ce volume contient :

     
PREMIERE PARTIE : PERSPECTIVE D'ENSEMBLE.

Chapitre Premier : Renaissance de l'irrationnel.
Vers 1770, le triomphe de la philosophie coïncide, pas tout à fait fortuitement, avec un regain de curiosité pour les doctrines ésotériques.

Chapitre II : Le précurseur français.
Sous l'influence de l'illuminisme, la littérature d'imagination va se renouveler. Grand rôle joué dans ce renouvellement par Jacques Cazotte, véritable créateur du conte fantastique français. Significative évolution de Cazotte lui-même.

Chapitre III : L'initiateur allemand.
Hoffmann révélé en France par le Dr Koreff, son ami. Koreff documente Loève-Veimrs, qui entreprend de traduire l'oeuvre du Berlinois. Autres agents de sa gloire posthume : Jean-Jacques Ampère, Saint-Marc Girardin.

Chapitre IV : L'âge d'or.
Grande curiositéé pour le mystère vers 1830. Travaux scientifiques sur le magnétisme animal et sur les états seconds de la personnalité. Les Beaux-Arts et le monde imaginaire : peinture (Delacroix, Boulanger), illustration (Tony Johannot), caricature (Ramelet), opéra (Le Freischütz, Robert le Diable), ballet (La Sylphide, La Tentation), musique instrumentale (La Symphonie fantastique). Prestige satanique du virtuose Paganini.

Chapitre V : L'équilibre.
À une période d'engouement inconsidéré succède bientôt une période de réaction systématique ; puis un équilibre s'établit ; et la tradition fantastique atteste sa continuité.

Chapitre VI : Le renouveau.
Après 1850, le conte fantastique évolue sous des influences nouvelles - Progrès de la psychiatrie et de l'électro-magnétisme ; Développement du spiritisme et restauration de la magie ; Évolution du goût littéraire.

Chapitre VII : Le regain.
Après 1850, nouveaux contes de Mérimée, de Gautier ; nouvelles vagues de conteurs : Erckmann-Chatrian, Claude Vignon, Henri Rivière ; Villiers, Lautréamont, Maupassant - Rajeunissement de l'inspiration ; Renouvellement de la technique.


     
DEUXIEME PARTIE : LES MAITRES DU GENRE.

Chapitre Premier : Nodier et ses rêves.
Nodier n'est pas seulement "le chef du parti légitimiste de la féérie française". Sous les dehors de la nonchalance, il cache un tempérament inquiet, une sensibilité toujours à vif et souvent meurtrie. Sa vie intérieure transparaît dans ses fictions ; son univers fantastique révèle son romantisme profond.

Chapitre II : Balzac et ses visions.
Balzac, génie visionnaire, rêve de peindre l'homme, non seulement dans ses relations avec ses semblables, mais avec les anges et les démons, à la recherche de l'Absolu. Le fantastique exprime sa philosophie, répond à son souci le plus profond, à ses ambitions les plus hautes.

Chapitre III : Gautier et son angoisse.
La légende du poète olympien. Le vrai Gautier : sa sensibilité ; son sens des "correspondances" ; sa superstition. Sa fidélité à l'inspiration fantastique.

Chapitre IV : Mérimée et son art.
Contrairement aux apparences, Mérimée est un inquiet, lui aussi : la confidence indirecte du Vase étrusque. Mais en exerçant son métier d'écrivain, il conserve une étonnante maîtrise de soi. Il apparaît, dans ses contes fantastiques, comme un dilettante de la peur.

Chapitre V : Nerval et son drame.
Tout le drame d'une existence s'exprime dans la création fantastique de Nerval : de la rêverie aux hantises ; du fantastique imaginé au fantastique vécu.

Chapitre VI : Lautréamont et sa frénésie.
L'œuvre de Lautréamont est l'expression la plus intense de la frénésie romantique ; peut-être aussi, avec l'œuvre de Rabelais, le répertoire d'inventions fantastiques le plus riche dans toute la littérature française.

Chapitre VII : Villiers de l'Isle-Adam et sa cruauté.
Conte fantastique et conte cruel. Interférence des deux notions chez quelques conteurs et tout particulièrement chez Villiers. Ses mythes fantastiques sont des expressions successives d'une pensée à la fois vague et fervente, qui veut arracher la créature à la misère de sa condition relative pour la transporter dans l'éternel.

Chapitre VIII : Maupassant et son mal.
Maupassant souffre d'un mal héréditaire auquel se superpose une syphilis acquise. L'évolution du mal apparaît à travers une oeuvre jusqu'au bout lucide, mais peu à peu envahie par une atroce angoisse.

    
 CONCLUSION

     Heine prétend que les Français n'ont pas la tête fantastique. Est-ce tellement vrai ? Nécessité d'accorder pourtant que les conteurs français ont, dans l'ensemble, plié le genre aux lois particulières d'un esprit national : ils sont plus soucieux que les conteurs allemands d'un effet à produire et veillent en général à ordonner leurs visions ; ils s'abandonnent moins volontiers à la poésiee du mythe et s'intéressent davantage au drame du héros, qui est souvent une projection d'eux-mêmes. - Quelles raisons d'ordre social expliquent le succès des contes fantastiques au XIXe siècle. - Quelles chancess de survie et de nouvel épanouissement offre cette inspiration dans la littérature française d'aujourd'hui. Concurrence jusqu'à un certain point victorieuse du roman policier. Cependant, continuité d'une tradition fantastique. Du symbolisme au surréalisme. Le fantastique et l'angoisse de l'homme contemporain.


470
pages
1951
ISBN : 2-7143-0222-X
24,39 euros
Éditions José Corti