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Roger Munier : L'Ardente patience d'Arthur Rimbaud.
On peut interroger, dans la figure tumultueuse de Rimbaud, bien des aspects. Aucun deux nest satisfaisant, pris en lui-même et réduit à lui-même. Mais leur ensemble compose un profil quon tente ici de dégager, comme lunité malgré tout dun destin. Et cela à partir des textes, seuls vestiges de lui-même que Rimbaud a laissés, notamment dans le plus haut dentre eux Une saison en enfer, mais aussi bien dans tous les autres, y compris les Lettres, dAfrique ou dailleurs, une fois lécriture abandonnée.
Leur relecture part dune interprétation globale suivant laquelle le fond de lattitude rimbaldienne devant la vie et le monde, qui commande aussi bien les démarches dexistence que laventure poétique elle-même, est le refus du réel effectif, soit de lêtre qui fige, dans le temps même quil donne consistance de réalité. Le destin de Rimbaud fut dun bout à lautre de sa courte vie de tenter déchapper à lemprise du réel. Non du seul réel médiocre, mais du réel comme réel, cest-à-dire effectif, qui fait que lamour, par exemple, nest plus lamour dès quon aime, etc. Selon le propos de la Vierge folle, dans Une saison en enfer, il na cherché quà "sévader de la réalité". Et la vierge folle ajoute : "Jamais homme neut pareil vu." Laffirmation est de poids et doit être prise au sérieux dans un texte où tous les mots comptent. Cest la clef de linterprétation et le leitmotiv de la relecture. Cest aussi ce qui permet de retrouver lunité dun destin qui finalement et inévitablement échoua, dans la parole comme dans le silence qui la suivit, car on néchappe pas à leffectif.
Une telle interprétation est neuve. Elle suggère une autre approche du génie poétique de Rimbaud et nombre dIlluminations séclairent à sa lumière autant quelle fait mieux comprendre la rupture finale. Elle permet de prendre la mesure dun grandiose échec.

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