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La Scène de la haine du portugais José de Almada Negreiros (1839-1970) est une uvre de jeunesse. Lexpression brutale mais contrôlée dune haine totale contre le bourgeois recouvre, dans ce texte, un impérieux besoin de libre épanouissement personnel.
Le ton du message est insolite, volontairement choquant. Luvre déborde dinnovations lexicales et syntaxiques, de tours paradoxaux, de blagues. Mais la haine sert dinstrument. De ce programme impératif, pourvu dune illustration riche et parfois émouvante, il ressort que rien ne remplace lexpérience de la vie individuelle dont le caractère es sacré. Cest Elle que lauteur exalte ici comme dans ses uvres postérieures les plus significatives et cette préfiguration ne lui confère que plus dintérêt.
Un compagnon de route dOrpheu, de Pessoa et du modernisme portugais, qui mourut en 1970 après une vie témoignant dune grande énergie créatrice. Dabord destinés à Orpheu, ces poèmes ne parurent intégralement que quarante-trois ans plus tard. (Patrick Kéchichian, Le Monde, 30 mars 1990)

Je Me dresse Pédéraste hué par des imbéciles,
Je Me divinise Prostituée, ex-libris du Péché,
et je hais tout ce qui nest pas Moi parce quon raille mon Moi !
Je Me Satanise Tare dans la Baguette de Moïse !
Le châtiment des serpents Mest rire dans les dents,
Mon chant est un Enfer brûlant !
Je suis Niagara-Rouge des sexes béants sous les fouets des cosaques !
Je suis Pan-Démon à trois Gueules, maladif de Goinfrerie !
Je suis Génie de Zarathroustra en Coupes de Marée Haute !
Je suis Rage de Méduse et Damnation du Soleil !

(...) Long poème imprécatoire, manifeste fiévruex écrit pendant les trois jours et les trois nuits de la révolution du 14 mai 1915, provocation belliciste et déclamatoire qui prend de front tous les tabous de la société bourgeoise lisboète. Par le troisième grand moderniste portugais, avec Fernando Pessoa (qui le considérait comme un homme de génie absolu) et Mario de Sa Carneiro.
Libération, 8 mars 1980.

 
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