Roberto Juarroz, Quatorzième poésie verticale,
Collection Ibériques, Corti, 1997.

Les poèmes qui composent la Quatorzième poésie verticale accompagnèrent les trois ou quatre dernières années de la vie de Roberto Juarroz. Le ton de l’ensemble est légèrement différent, car certains des textes ultimes reflètent une approche majeure de l’élément humain de la souffrance.
Ils furent ceux qui exigèrent de lui l’effort le plus grand pour atteindre l’équilibre nécessaire entre la parole personnelle et la construction esthétique, entre l’intuition de montrer et l’intuition de retirer.


 
    L’abîme n’admet pas l’ordre,
     le désordre non plus.
     Et nous savons que tout est un abîme.

     Pourtant,
     le jeu de la feuille et du vent
     s’achève toujours à l’endroit le plus exact.
     Et aucune feuille ne souille
     le lieu où elle tombe.

     Il se peut qu’une feuille ordonne
     ou peut-être désordonne
     une autre face de l’univers.


 
    Avec Juarroz, la poésie est dotée d'un pouvoir d'assomption, mais cette élévation (ou cet arrachement) n'a pas le ciel pour but, plutôt la rélité cachée, le supplément de réalité que le poème ajoute au réel. Chacun de ses textes est une fenêtre ouverte sur un monde inconnu, monde à l'écart de l'illusoire ici-bas autant que de l'incertain autre monde. Le secret de Juarroz est simple : il exige d'être présent au présent. L'écriture de Juarroz est simple.
     Elle est le chat d'une pensée en perpétuel mouvement, en perpétuel dépassement, et elle investit chacun de ses mots d'une force d'éveil.
         André Velter, Le Monde, 27 mai 1994.






Trad. de
S. Baron Supervielle
Préface L Cerrato
Édition bilingue
1997
288 pages
978-2-7143-0605-0
19 Euros