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Miguel Torga, Portugal
Collection Ibériques, éditions José Corti.
La première édition de Portugal de Miguel Torga a paru à Coimbra en 1950.
Louvrage avait germé dans lesprit de lauteur dès le retour du voyage en Espagne, France et Italie objet du Quatrième Jour de La Création du Monde qui devait lui valoir dêtre emprisonné pour sa charge contre le fascisme. Dès ce voyage, Miguel Torga avait écarté lexil et choisi le retour dans sa patrie lucidement considérée comme le champ sacré de lamour et de lépreuve , dont il prévoyait quil ne pourrait plus sortir avant longtemps. Grand marcheur, il entreprit alors dexplorer son pays, en vue délaborer un Portugal curieux, bien à [lui], appris par tous les sens et compris dans toutes ses dimensions. Du nord au sud, du Minho à lAlgarve, en un itinéraire indépendant de découpages administratifs sans signification, Miguel Torga, avec une érudition acquise par les pieds, nous livre sa vision du bariolage de la couverture lusitaine. De chaque morceau, il veut déchiffrer les énigmes et concevoir les symboles. Trás-Os-Montes, où lon entre en traversant un désert de pierres, est un Royaume merveilleux ; les îles Berlengas sont une flotte alignée et aventureuse cheminant vers linconnu et annonçant le destin maritime de la nation ; lEstremadura, séculaire terre délection des créateurs, devrait être un parc national pour la préservation du lyrisme portugais ; le costume traditionnel du campino fournit lallégorie du Ribatejo : une ceinture écarlate et fougueuse à la taille du Portugal ; les figuiers nains de lAlgarve, où aucun Judas ne pourrait se pendre de remords, le désignent comme un paradis.
Lauteur qui ne sait, au long de ce cheminement, sil est vaincu par la signification allégorique ou envoûté par la réalité, écrit ainsi une invention du Portugal (selon la belle formule dun critique) qui est, en quelque sorte, la part ambulatoire et visionnaire de sa création du monde.

SAGRES
Sagres est aujourdhui un élan brisé, la flèche désignant une route perdue, réellement et symboliquement. Ici, le sens historique na été perpétué que par la fatalité de la durée naturelle, et cet âpre rocher, où la vie ne se résigne pas à renoncer, reste là, raidi en un geste inutile et obstiné, vêtu dun manteau de chardons, cilice dont il se mortifie.
Pseudopode hardi dun petit corps rétracté, son destin idéal devait être de rester éternellement un point de fuite dans la chair de la nation, une sorte de protubérance rebelle, à la volonté indomptable et aventurière. Dégagé des illusions sébastianistes, des nostalgies contemplatives et des envolées rhétoriques, alors il aurait pu devenir le point de départ, non plus des caravelles impossibles du passé, mais des voiliers possibles du présent.

Dans un élan dardeur inquiète, mal résigné aux mauvais coups de lHistoire, grâce à lénergie dun verbe restaurateur, Torga recrée le Portugal. Invention dun pays, comme dun trésor, dun monde (
) Torga, marcheur infatigable, tire gloire dune " érudition acquise par les pieds "! Et lune des grandes beautés de ce livre est bien ce cheminement, sensuel et savant, du Minho à lAlgarve, traversée nord-sud au cours de laquelle lécrivain se dépouille des richesses quil inventorie quil invente jusquau bain lustral dans la précieuse lumière de lAlgarve, " caressant avec la même tendresse le bon et le mauvais, le périssable et limpérissable ".
Jean-Marie Planes, Sud-Ouest, 14 février 1988.
Voyage intérieur à la recherche de ce quil faut bien appeler lâme dune nation, exercice de brillante rhétorique, poème damour brûlant et emphatique, Portugal (livre déjà ancien, 1950), est étrangement intemporel (
) Guide enflammé, saturé de culture et dhistoire, magicien qui connaît le secret des noms et des lieux, Torga invite le lecteur à partager sa propre ferveur. Il le conduit, toujours aussi sûr de son chemin, de " limmuabilité psychologique " de Porto ou de Coimbra à cette " fleur de pierre et de lumière " quest Évora, en passant par lAlentejo, province qui a " lampleur dun rêve infini et la réalité dun sol épuisé ".
Patrick Kéchichian, Le Monde,12 février 1988.
La géographie nest ici que sentimentale. Les noms de lieux chantent et se répondent. Ils dessinent ensemble une carte du tendre, et le miracle saccomplit : dans ces pages superbes, dun lyrisme et dune sensualité troublants, passe lombre dune éternité. Sil emporte Torga dans ses bagages, le voyageur daujourdhui ne sera pas dépaysé dans sa découverte réelle du Portugal. Ce parcours du cur, parcours de lâme, dépasse les contingences et les apparences pour nous livrer lessentiel, lintemporel.
Michèle Gazier, Télérama, 16 mars 1988.
Portugal témoigne de cet attachement-déchirement à un sol. Une sorte de radiographie profonde, à la fois géographique et ethnologique, littéraire et artistique, née des pérégrinations incessantes de lécrivain du nord au sud du pays (
) Livre dun " insatiable géophage, qui a besoin journellement de quelques kilomètres de nourriture ", Portugal est aussi celui de quelquun " qui se cherche là où il sest perdu " : " Moi, je me suis perdu en Portugal et cest en lui que je me cherche ".
Antoine de Gaudemar, Libération, 11 février 1988.
Tout amoureux du Portugal et de son terroir encore préservé comme par miracle, admirera ce livre plein de passion, mis en français par Claire Cayron avec un mimétisme stupéfiant. Ce qui nous est dit là, nous ne le trouverons dans aucun guide, aucun manuel ne saura nous le montrer. La langue dun poète y vibre dans tout son éclat.
Jacques Fressard, Les Langues néo-latines, 1° trim. 1989.
[Il existe également un papier du Figaro, signé Anne Muratori-Philippe, que nous ne pouvons transmettre, le journal ne nous ayant pas accordé le droit de reproduire tout ou partie d'article.]

 
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