Juan Ramon Jimenez, Poésie en vers,
     Éditions Corti, novembre 2002.


     Trois ans après Piedra y cielo (Pierre et ciel) (1919), Juan Ramón Jiménez publia, au mois d’octobre 1922, la fameuse Segunda Antolojía poética (1898-1918). Il y avait rassemblé, après l’avoir soigneusement révisée, une grande part de sa production lyrique antérieure. À cette entreprise, toujours recommencée, de révision, ou de “reviviscence”, de ses poèmes, Jiménez se voua toute sa vie comme à un culte sans merci : “Épurer une poésie est pour moi – disait-il – une tâche aussi accablante que de concevoir l’infini.”
     Poesía en verso (1917-1923), prolonge ou renouvelle les thèmes, les images, la prosodie, le style de cet ensemble poétique, qui constitue, après une période romantique de sa jeunesse, la période symboliste de la maturité de l’écrivain. Il y atteint des sommets de son génie.
Poesía est composé d’un choix de cent vingt-neuf poèmes, écrits à diverses époques, déjà publiés ou restés inédits ; la liste des recueils auxquels appartiennent ces poésies, établie par l’auteur, est d’ailleurs expressément mentionnée au début du livre. Cette anthologie, – de même que Belleza, autre ensemble de pièces détachées – annonce, ou préfigure, des aspects de “l’Œuvre définitive” dont Jiménez ne cessera désormais de rêver, sans qu’il ait jamais pu la voir réalisée.





Je n’aimai plus l’étoile,
et je baissai les yeux ;
mais l’étoile en eux me revint,
comme – croyais-je – une fleur de neige.

Mais la fleur de neige était de nard
– de larme –, d’hermine ; et elle se défit,
et elle ruisselait à l’intérieur de moi.

Comme elle débordait, je me mis à pleurer ;
et sur le monde noir pleurai hermine et nard,
et toute une gloire d’étoiles dégelées.









Traduit par
Bernard Sesé
220 pages

ISBN : 2-7143-0795-7
16,50 Euros